Article citoyen — Nicolas, habitant et travailleur du quartier Battant, Besançon
Introduction
Je vis à Battant. J'y travaille aussi. Ce quartier, je le traverse chaque matin, je l'observe depuis mes fenêtres, je le fréquente à des heures différentes, dans des humeurs différentes. Depuis quelques semaines, je l'entends nommé dans des réunions publiques de campagne, associé à des mots comme rodéos urbains, insécurité, offre de transport insuffisante.
Ces sujets existent pour certains. Mon expérience est différente : je vis à Battant depuis dix ans, j'y circule à toutes les heures, et je ne me suis jamais senti en insécurité. Je n'y ai jamais croisé de rodéo urbain. Je ne suis peut-être pas quelqu'un qui a peur facilement — je le reconnais. Le ressenti d'un quartier est éminemment subjectif. Il varie selon les personnes, les heures, les parcours de vie. Ce que je pose ici, c'est mon expérience. Pas une règle. Je me suis dit qu'il pouvait être utile de poser par écrit ce que j'observe — un point de vue parmi d'autres, qui fait partie de ce qu'est Battant. Le lecteur fera de ces éléments ce qu'il voudra.
Un quartier, c'est d'abord des gens
Ce qui me frappe en premier à Battant, c'est la densité du lien ordinaire. Les bonjours dans la rue. La voisine du dessus qu'on croise à la boulangerie. Le monsieur du troisième qu'on aide avec ses courses. La dame âgée du quartier qu'on prend soin de saluer, dont on vérifie qu'elle va bien, à qui on pense à apporter de l'eau les jours de canicule. Le commerçant qui lève son rideau le matin et avec qui on échange deux mots le temps d'un coup de main. Les agents de nettoyage de la ville qui commencent leur tournée. Une patrouille de police qui passe. Les pompiers en manœuvre. Les enfants qui descendent à l'école, cartable sur le dos. Les habitants qui déposent leur compost à l'angle de la rue Mayence. Les gens qui attendent leur bus. Les touristes descendus de la gare qui demandent leur chemin. Les personnes sans domicile stable à qui on accorde un instant — un échange, un regard, un sourire. Les fêtards qui rentrent se coucher à l'aube, croisant ceux qui commencent leur journée. Ces gestes ne font pas la une. Ils constituent pourtant l'essentiel de ce que j'appelle la vie de quartier.
Je constate que ces échanges existent, quotidiennement, entre des personnes d'âges très différents — des familles avec enfants, des personnes âgées qui vivent ici depuis des décennies, des jeunes actifs, des artisans installés depuis longtemps. Cette coexistence n'est pas parfaite. Elle est réelle.
Le dimanche matin au marché
Le marché du dimanche matin est, pour moi, l'un des moments les plus lisibles de ce qu'est Battant. On y vient acheter des légumes, du fromage, du pain. On y reste parce qu'on croise quelqu'un. On repart vingt minutes plus tard que prévu.
J'observe que ce tout petit marché rassemble des habitants de profils très divers. Il constitue un espace de brassage que peu d'autres dispositifs urbains produisent aussi naturellement. Ce n'est pas une politique publique. Ce n'est pas un projet de mandat. C'est une habitude collective qui tient, semaine après semaine.
D'ailleurs, remonter ou descendre la rue Battant prend toujours plus de temps que prévu. On ne peut pas y rester incognito quand on y vit. Ma fille pourrait en témoigner — elle qui soupire parfois : "Papa, on y va, ça fait 20 minutes et on a fait 10 mètres…"
Le café du matin
La rue Battant a ses propres horaires. Le matin, c'est le PMU, le Porto Bar, le Bousbots — ouverts à partir de 8h, ou presque. C'est ma rue du matin. On s'y arrête pour un café debout au comptoir et le premier "bonjour, comment tu vas aujourd'hui ?" de la journée. En fin d'après-midi et le soir, le Séquane et le Bacchus prennent le relais — pour clôturer une journée bien active.
C'est, pour moi, ce qu'une rue de quartier peut offrir de mieux — un endroit où l'on se retrouve, du matin jusqu'au soir.
Les artisans, les commerçants, les restaurants
Le quartier abrite un tissu commercial et artisanal dense et varié. De la restauration rapide, des coiffeurs et barbers, des ateliers d'artistes, des galeries, des artisans, des services de proximité, des services de soins ... Deux écoles — une maternelle, une primaire — sont implantées dans le quartier. Ces présences ne sont pas anecdotiques : elles signifient que des familles choisissent de vivre ici, que des professionnels choisissent d'y travailler, que la vie ordinaire s'y organise.
Je note aussi que le commerce de proximité est fragilisé, ici comme dans beaucoup de centres-villes. Pourquoi exactement ? Je ne sais pas tout — changement des habitudes de consommation, sans doute, et sûrement d'autres facteurs que je ne maîtrise pas. Ce que j'observe, c'est que malgré cela, des commerces tiennent, changent, bougent, vivent, s'adaptent. Certains commerçants évoquent les bornes comme une cause de leurs difficultés. Je comprends ce ressenti. Je suis convaincu que ce n'est pas le facteur principal.
Je note que certains de ces commerces et artisans sont installés depuis longtemps. D'autres sont arrivés récemment. Ce renouvellement, je l'observe comme un signe de vie, pas d'instabilité. Les enfants de beaucoup de ces commerçants vont à l'école du quartier — ce détail tisse un lien supplémentaire entre les familles et les commerces, entre les habitants et ceux qui font vivre la rue au quotidien.
J'entends aussi, parfois, des anciens du quartier dire que c'était mieux avant. Ce ressenti existe. Il mérite d'être entendu, lui aussi. Comme pour l'insécurité, c'est éminemment subjectif — et c'est précisément ce qui en fait quelque chose de réel pour ceux qui le vivent. Peut-on pour autant résumer le quartier à cela ?
La vie associative
Battant dispose d'un tissu associatif actif. Des associations culturelles, des initiatives de solidarité de proximité, des collectifs informels organisent régulièrement des événements, des permanences, des temps de rencontre.
J'identifie dans cette vie associative un indicateur de vitalité civique que les seuls chiffres de délinquance ne capturent pas. Elle suppose de l'engagement bénévole, de la confiance entre voisins, une forme d'attachement au territoire. Ces trois éléments me semblent présents à Battant.
Les familles, les enfants, les personnes âgées
Je vois des enfants jouer dans la rue, dans les parcs, dans les arrière-cours. Je vois des personnes âgées faire leurs courses à pied, saluer les commerçants, s'asseoir sur les bancs. Je vois des parents accompagner leurs enfants à l'école le matin.
J'observe aussi que la mise en service des bornes a changé quelque chose dans la rue. Le trafic de transit a diminué. L'espace public s'est, à mon sens, progressivement réapproprié — plus de monde à pied, plus d'enfants dehors, plus de gens assis.
Ces présences sont, pour moi, un signal. Un quartier dans lequel des personnes vulnérables — enfants, personnes âgées — continuent de circuler librement est un quartier qui fonctionne. Cela ne signifie pas qu'il est sans problèmes. Cela signifie, pour moi, qu'il n'est pas réduit à ses problèmes.
Se déplacer depuis Battant
Le quartier Battant est desservi par plusieurs modes de transport. La gare de Besançon-Viotte est accessible à pied en quelques minutes. Le réseau Ginko propose des lignes de tram et de bus qui desservent le quartier et permettent de rejoindre les différents secteurs de l'agglomération. Les vélos VeloCité complètent cette offre pour les déplacements de proximité. Pour les automobilistes, plusieurs parkings périphériques — plus de 1 600 places au total — sont situés à quelques minutes de marche du cœur du quartier, ce qui place la majorité des commerces à environ 5 minutes à pied depuis n'importe lequel d'entre eux ¹.
L'ensemble de ces informations est consultable sur ginko.voyage. Le lecteur peut y vérifier les lignes, les horaires et les stations directement.
¹ Source : Ville de Besançon — Battant prochain quartier apaisé, février 2024.
Ce que j'observe — en conclusion
Je veux ici formuler quelques constats, en essayant d'être aussi précis que possible.
Ce que je constate sur le quartier : Battant est un quartier populaire, dense, hétérogène. Il présente des difficultés réelles — tension autour de certains usages de l'espace public, fragilité de certains commerces, questions de mobilité. Ces difficultés coexistent avec une vie de quartier dense, un lien social vivant, un tissu associatif et commercial actif.
Ce que j'observe dans le cadre de la campagne : Dans les communications de campagne, les médias et les discours politiques de manière générale, le quartier Battant apparaît principalement à travers le prisme de l'insécurité et des rodéos urbains. Cette entrée est légitime — ces sujets méritent d'être traités. Je note qu'elle laisse de côté une part significative de ce que ce quartier est au quotidien. Je note également que l'article de macommune.info du 27 février 2026 (macommune.info) présente une posture résumée dans la formule "la peur va changer de camp" — formulation qui ancre la lecture du quartier dans un registre de confrontation.
Je ne tire pas de conclusion sur les intentions. Je partage ce décalage entre la représentation véhiculée et ce que j'observe en vivant ici.
Ce que je ne sais pas : Je ne sais pas si mon expérience est représentative. Je vis et travaille dans une partie du quartier, à certaines heures. D'autres habitants vivent Battant différemment, avec des expériences que je ne partage pas. Ce texte est un point de vue situé, pas un bilan exhaustif.
Donnez de la voix !
Dans cet esprit, j'ai lancé quartierbattant.fr — un site citoyen et bénévole dont l'ambition est simple : donner la parole aux habitants, aux commerçants, aux acteurs associatifs et aux collectivités qui font vivre le quartier. Partager des informations, créer du lien, faire ensemble, se retrouver. Il est à ses débuts, prêt à vivre avec vous, avec nous. Il sera ce que nous en ferons. Peut-être qu'au fil des contributions, il deviendra lui-même un reflet de la mixité du quartier — une description vivante, collective, qui s'écrit dans le temps.
Quelques sources ...
- Article macommune.info : "La peur va changer de camp", 27 février 2026 — macommune.info
- Ginko Voyage — offre de transport en commun de Besançon : ginko.voyage
Je partage ce texte comme contribution à un débat que je souhaite fondé sur les faits. Toute correction factuelle est la bienvenue.