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Ce que j'ai vu au premier conseil municipal de Besançon

27 mars 2026

Je suis un citoyen bisontin. J'ai regardé l'intégralité du conseil municipal d'installation en vidéo, puis je l'ai transcrit, recoupé avec la presse et les textes de loi. Voici ce que j'en retiens, le plus factuellement possible, pour que chacun puisse se faire son propre avis.

Index vidéo — pour vérifier par vous-même

La vidéo intégrale est disponible sur le site de la Ville de Besançon et sur Vimeo.

Les timecodes ci-dessous sont des liens directs vers les passages concernés dans l'article. Utilisez-les pour naviguer rapidement.

Ce que j'ai vu et entendu — résumé factuel

Un basculement historique

Ce 27 mars 2026, à 17h, j'ai assisté à un événement que Besançon n'avait pas connu depuis 73 ans. Pour la première fois depuis Henri Régnier (RPF, maire de 1950 à 1953), un maire de droite prend les commandes de notre ville. Ludovic Fagaut (LR-Modem), élu au second tour le 22 mars avec 53,29 % des voix face à Anne Vignot (46,71 %), dispose d'une majorité de 42 sièges sur 55. Depuis 1953, Besançon avait connu quatre maires de gauche sans interruption : Jean Minjoz (1953-1977), Robert Schwint (1977-2001), Jean-Louis Fousseret (2001-2020) et Anne Vignot (2020-2026). C'est une page qui se tourne.

[Sources : France Bleu — Qui est Fagaut, premier maire de droite depuis 1953Wikipedia — Liste des maires de BesançonFrance 3 — Résultats 2e tourWikipedia — Élections municipales 2026 à Besançon]

L'ouverture : une minute de silence et un discours du doyen qui donne le ton

La séance est présidée par le doyen d'âge, Mohammed Aït-Ali, comme le prévoit l'article L2122-8 du CGCT. Elle s'ouvre par une minute de silence en hommage à Lionel Jospin, ancien Premier ministre décédé le 22 mars à 88 ans, et à Jens Boettcher, sculpteur créateur du Minotaure de Besançon, décédé à 93 ans.

Ce qui m'a frappé, c'est que le discours du doyen va bien au-delà du rôle protocolaire. Il qualifie la liste adverse de porteuse d'« une certaine idéologie » et présente la liste Fagaut comme étant « au service de toutes les Bisontines et Bisontins » — en opposition implicite. Anthony Poulin (opposition) dénoncera plus tard cette prise de parole comme allant « au-delà des prérogatives prévues par le CGCT » et relevant potentiellement de « qualifications juridiques diffamatoires » (vidéo à 01:31:16).

[Source : transcription vidéo — timecodes 00:10:16 à 00:11:00]

L'élection et le discours de Fagaut : les signaux forts

Fagaut est élu avec 42 voix sur 55 (13 abstentions/blancs de l'opposition). Son discours d'investiture est long et solennel. J'en retiens les annonces concrètes, parce que c'est là-dessus qu'on pourra le juger :

  • Sécurité : « le recrutement, la formation et l'armement de nos policiers municipaux très rapidement » et le « déploiement de caméras de vidéoprotection » (01:02:10)
  • Citadelle : « ce soir, la citadelle, notre acropole, enfin elle brillera de mille feux » (01:03:04)
  • Drapeau : « le drapeau bisontin aux armoiries avec notre aigle flottera à nouveau sur la façade de l'hôtel de ville » (01:03:04)
  • Stationnement : « adaptant le coût du stationnement, notamment entre midi et 14 heures » (01:02:54)
  • Attractivité : réhabilitation du Kursaal en auditorium, marché de Noël 2026, horloge florale
  • Formule polémique : « Besançon dit non à la résignation et non à l'idéologie mortifère » (01:04:24)

[Source : transcription vidéo — timecodes 00:54:20 à 01:04:42]

Les 16 adjoints : ce que la hiérarchie révèle

J'ai noté l'ordre des délégations parce qu'il dit beaucoup sur les priorités :

RangAdjoint·eDélégation
1reEmmanuelle Huot-CusenierRH, services à la population, égalité F/H
2eJean-Pascal ReyesSécurité, lutte contre les incivilités, stationnement
3eMyriam LemercierPolitique de la ville, vie des quartiers, vie associative
4eFabrice TaillardFinances, coopération territoriale
5eIsabelle BordatÉducation, enfance, jeunesse, famille
6eClément DarcqAffaires sociales, CCAS
7eAnnie GauthierCulture, patrimoine historique, espaces culturels
8eSerge CouesmesAttractivité, commerce, artisanat, foires et marchés
9eChristine WertheCitadelle, patrimoine Vauban-UNESCO, tourisme
10eGuillaume BaillyUrbanisme, environnement, espaces verts, biodiversité
11eEsther SzwarcSanté, prévention, handicap
12ePascal OrlandiInfrastructures, voiries, grands travaux, transitions écologiques
13eEmmanuelle MeunierRelations internationales, jumelages
14eFrédéric ParisSports, équipements sportifs
15eVéronique JelchModernisation de l'action publique, évaluation
16eDidier GendraudCitoyenneté, laïcité, mémoire, démocratie participative

La sécurité au 2e rang, une délégation dédiée à la citadelle (9e), et l'environnement au 10e rang avec la transition écologique rattachée aux voiries/grands travaux (12e) : c'est une rupture nette avec les mandatures précédentes.

[Sources : transcription vidéo — timecodes 00:46:40 à 00:50:45, France Bleu]

Le discours d'investiture de Fagaut — résumé et analyse

Le discours dure environ 10 minutes (00:54:20 à 01:04:42). C'est un texte très écrit, manifestement préparé, qui suit une structure classique de discours d'investiture. Je l'ai découpé en blocs pour qu'on puisse en discuter.

1. Les remerciements (00:54:20 — ~3 min)

Fagaut remercie dans l'ordre : les Bisontins, les agents municipaux, son équipe, puis sa famille — son épouse, ses enfants Capucine, Sacha et Arthur, et les parents « qui, d'où ils se trouvent, veillent sur nous ». C'est un passage personnel, assez rare dans un discours d'installation municipal. Il installe une tonalité émotionnelle.

2. L'ancrage historique et la rupture assumée (00:57:00 — ~2 min)

Fagaut inscrit son parcours dans la durée : « Mon histoire avec cette ville a commencé il y a 30 ans, sous le mandat de Robert Schwint. » Il rend un hommage mesuré aux prédécesseurs (« ceux qui ont su préserver notre patrimoine ») avant de poser la rupture : « Après 73 ans d'une même majorité, Besançon tourne une page. Ce n'est pas un jugement sur le passé, mais l'affirmation d'un nouveau chapitre. »

J'ai trouvé cette partie habile : il reconnaît l'héritage sans le dénigrer, tout en affirmant clairement le changement. C'est du rassemblement par le haut.

3. Les cinq « exigences » — le cœur idéologique (00:59:00 — ~3 min)

C'est la partie la plus structurée. Fagaut articule sa vision autour de cinq « exigences » qu'il martèle avec un effet d'anaphore (une figure de style qui consiste à répéter le même mot ou groupe de mots en début de phrases successives — comme le célèbre « Moi, président de la République... » de Hollande en 2012) :

ExigenceCe qu'il ditCe que j'en retiens
Rassembler« Besançon ne sera forte que si elle est unie. Unie dans sa diversité, unie dans ses ambitions »Thème classique de la droite de gouvernement — unité nationale déclinée au local
Agir« Jamais l'immobilisme n'a été aussi dangereux »Attaque implicite contre la mandature Vignot sans la nommer — l'accusation d'immobilisme est un classique de l'alternance
Protéger« Ceux qui souffrent ou qui sont victimes d'une délinquance exacerbée et sans limite »C'est la phrase la plus marquée à droite du discours. « Exacerbée et sans limite » : c'est un diagnostic sécuritaire fort, qui justifie l'armement de la PM annoncé ensuite
Justice« Justice sociale, justice territoriale, justice environnementale, nous ne laisserons personne de côté »Il reprend des termes habituellement portés par la gauche — une manière de signaler qu'il ne gouvernera pas « que pour la droite »
Résultat« On ne se contentera pas de promesses, nous livrerons des réalisations »Engagement concret, mais aussi pression sur sa propre équipe. C'est la phrase qui pourra lui être renvoyée dans 2 ans

4. La méthode — démocratie de proximité (01:01:00 — ~1 min)

Fagaut annonce : conseils de quartier renforcés, tournées terrain avec les services municipaux, réunions publiques avec permanence dans chaque quartier, référents de quartier, assises thématiques (commerce, sécurité, attractivité, transition écologique, santé). C'est un programme de démocratie participative qui reprend, ironiquement, des outils souvent associés aux mandatures de gauche. À suivre si ça se concrétise.

5. Les annonces concrètes (01:02:00 — ~2 min)

C'est le passage le plus important pour le suivi citoyen. Je les ai listées :

AnnonceCitation exacteTimecode
Armement PM + caméras« le recrutement, la formation et l'armement de nos policiers municipaux très rapidement ainsi que le déploiement de caméras de vidéoprotection »01:02:10
Mendicité« la lutte contre la mendicité agressive »01:02:10
Kursaal« la réhabilitation du Kursaal pour en faire cet auditorium à haut niveau acoustique »01:01:30
Zones d'activité« développement de zones d'activité économique en lien avec Grand Besançon Métropole »01:01:30
Marché de Noël« nous travaillerons très rapidement sur le marché de Noël 2026 »01:02:40
Horloge florale« notre horloge florale retrouvée »01:02:40
Citadelle« la mise en lumière de la citadelle ainsi que son animation »01:02:50
Rives du Doubs« nos rives du Doubs que nous devons faire vivre »01:02:50
Partenariats musées européens« les partenariats européens avec nos musées que nous lancerons sans tarder »01:02:50
Stationnement« adaptant le coût du stationnement, notamment entre midi et 14 heures »01:02:54
Embouteillages« mettant un terme aux embouteillages »01:02:54
Drapeau« le drapeau bisontin aux armoiries avec notre aigle flottera à nouveau sur la façade de l'hôtel de ville »01:03:04
Illumination citadelle« ce soir, la citadelle, notre acropole, enfin elle brillera de mille feux »01:03:04

6. La conclusion polémique (01:04:24)

Et puis il y a cette phrase : « Besançon dit non à la résignation et non à l'idéologie mortifère. »

C'est le moment qui a fait basculer le ton de la soirée. « Idéologie mortifère » vise directement la gauche et les écologistes — c'est Anne Vignot qui le dira explicitement dans sa réponse (01:08:34). Dans un discours qui prônait le rassemblement pendant 9 minutes, cette formule est une charge. C'est aussi un marqueur politique clair : Fagaut pose qu'il ne s'agit pas simplement d'alterner, mais de combattre une vision de la société.

Le contraste entre le « je serai le maire de toutes et tous » et « l'idéologie mortifère » est, à mon sens, la contradiction la plus révélatrice de ce discours. On ne peut pas promettre le rassemblement et qualifier ses adversaires de « mortifères » dans la même prise de parole.

Mon analyse globale

C'est un discours de maire de grande ville, pas de maire de quartier. Le ton est présidentiel, les anaphores sont travaillées, les références historiques sont là (Hugo est cité par le doyen, Schwint par Fagaut). Sur le fond, je retiens trois choses :

  1. L'ambition affichée est très large : sécurité, attractivité, patrimoine, stationnement, transition écologique, démocratie participative, embouteillages, marché de Noël... Tout y est, ce qui rend le suivi d'autant plus nécessaire — on ne peut pas tout faire en même temps.
  2. Le mot « sécurité » structure tout : c'est le premier domaine concret abordé, c'est l'exigence de « protéger » qui introduit la « délinquance exacerbée et sans limite », c'est l'armement de la PM qui est la première mesure annoncée. Le reste (Kursaal, stationnement, horloge florale) vient après.
  3. Ce qui manque : aucune mention du logement, aucune mention de la précarité étudiante (Besançon est une ville universitaire), rien sur les transports en commun (alors que Vignot avait lancé la gratuité partielle), et la transition écologique n'apparaît que dans la liste des « assises thématiques » — pas comme une priorité structurante.

[Source : transcription vidéo intégrale — timecodes 00:54:20 à 01:04:42]

L'incident : le refus de parole et le départ de l'opposition

C'est le moment le plus tendu de la soirée, et celui qui mérite qu'on s'y attarde.

Les faits, dans l'ordre :

  1. Après son discours, Fagaut accorde la parole à Anne Vignot « en tant que maire sortante », sans chronomètre (01:05:38). Il précise d'emblée : « les groupes politiques n'étant pas forcément constitués, il n'y a qu'une seule prise de parole ».
  2. Vignot s'exprime librement. Elle défend son bilan, interpelle Fagaut sur l'éclairage de la citadelle et la nidification, et dénonce le terme « idéologie mortifère » (01:05:50 à 01:10:28).
  3. D'autres élus d'opposition demandent la parole — notamment Séverine Véziès et Anthony Poulin. Fagaut refuse : seule Vignot, en tant que cheffe de file de la liste du 2e tour, pouvait parler.
  4. Aline Chassagne demande une suspension de séance (01:15:15). Cinq minutes de concertation.
  5. L'opposition revient. Anthony Poulin prend la parole sur le point 5 (charte de l'élu) et pose le débat juridique (01:29:42 à 01:36:51). Il invoque :
    • L'article 15 du règlement intérieur : 2 prises de parole de 5 minutes par élu
    • La jurisprudence du Conseil d'État sur le droit d'expression de la minorité
    • Le fait que le règlement intérieur de 2020 s'applique toujours
  6. Fagaut répond (01:34:54 à 01:38:40) :
    • L'article 15 concerne les « débats ordinaires », pas la séance d'installation
    • Les groupes politiques ne sont pas formellement déclarés (il n'en a « pas accusé réception »)
    • Il a le pouvoir de police de l'assemblée (art. L2121-16 CGCT)
  7. Poulin avertit : « si vous maintenez votre position, vous nous contraignez à quitter cette assemblée » (01:36:51).
  8. Fagaut : « je ne fonctionne pas au chantage » (01:37:56).
  9. À 18h35, les 13 élus d'opposition quittent le conseil. Anne Vignot tient une conférence de presse sur le parvis et qualifie les votes suivants d'« illégaux ».
  10. La suite de la séance (charte de l'élu, CCAS, CAO, délégations, syndicats mixtes) se déroule avec les 42 élus de la majorité seuls. Le quorum (28) reste atteint.

[Sources : transcription vidéo intégrale, France Bleu — Un premier conseil très houleuxmacommune.info — Conseil en direct]

Ce que disent les textes — l'analyse juridique du droit de parole

C'est le point qui m'a le plus interpellé, alors je suis allé vérifier dans les textes. Je partage ici ce que j'ai trouvé, en essayant d'être le plus honnête possible sur les arguments des deux camps.

Ce que dit le règlement intérieur de Besançon (2020, toujours en vigueur)

J'ai récupéré le règlement intérieur adopté le 9 octobre 2020 (PDF officiel sur l'OpenData Grand Besançon). Voici les deux articles clés :

Article 15 — Débats ordinaires

« La parole doit être demandée au Maire ; aucun membre du Conseil Municipal ne peut prendre la parole sans l'avoir obtenue. Les Conseillers Municipaux prennent la parole dans l'ordre déterminé par le Maire. Nul ne doit être interrompu lors d'une prise de parole. A l'exception du rapporteur d'une proposition, nul n'intervient plus de deux fois sur la même question, à moins que le Maire ne l'y autorise. Chaque élu dispose d'un temps de parole de cinq minutes pour chacune de ses interventions. »

C'est l'article invoqué par Anthony Poulin. Fagaut répond que cet article ne s'applique qu'aux « débats ordinaires » et pas à la séance d'installation.

Article 28 — Création des groupes politiques

« Tout groupe politique doit réunir au moins deux Conseillers Municipaux, dont un élu responsable de groupe. Un modèle de déclaration collective de groupe est à disposition auprès de la Direction de l'Administration Générale, service gestion des assemblées. Ce service accuse réception des déclarations et en informe le Cabinet du Maire. »

Point important que j'ai relevé : c'est le service administratif (Direction de l'Administration Générale) qui accuse réception, pas le maire personnellement. Quand Fagaut dit « je n'en ai pas accusé réception », il confond peut-être son rôle avec celui du service. L'opposition affirme avoir déposé la déclaration de constitution de groupe avant la séance.

[Source : Règlement intérieur du conseil municipal de Besançon, 9 octobre 2020 — texte extrait par mes soins]

Ce que dit la loi (CGCT)

J'ai consulté plusieurs articles du Code général des collectivités territoriales :

  • Article L2121-16 : le maire a la « police de l'assemblée ». C'est l'argument principal de Fagaut. (Légifrance)
  • Article L2121-19 : « Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales ayant trait aux affaires de la commune. » Ce texte ne fait aucune distinction entre séance d'installation et séance ordinaire. (Légifrance)
  • Article L2121-17 : garantit à chaque conseiller le droit de s'exprimer sur les sujets soumis à délibération et de proposer des amendements. (Nausica Avocats — Droits des élus d'opposition)

Ce que dit la jurisprudence

  • La réponse ministérielle au Sénat du 15 janvier 2015 (question n°12842) confirme : « la liberté de parole des conseillers municipaux, qui ont droit à l'expression pour les affaires inscrites à l'ordre du jour » — sans distinction de type de séance. (Sénat)
  • La Cour administrative d'appel de Versailles a censuré un règlement intérieur qui limitait l'opposition à six minutes de parole par séance entière, jugeant cela comme une « atteinte manifestement excessive au droit d'expression ». (Maire-Info)

Ce qui soutient la position de Fagaut

  • La Maison des Communes de Vendée indique : « La séance d'installation du conseil municipal est uniquement consacrée à l'élection du maire, la détermination du nombre de postes d'adjoint(s) et à leur désignation. » Cela suggère que les prises de parole politiques ne font pas partie de l'ordre du jour obligatoire. (source)
  • L'article 15 du RI est bien intitulé « Débats ordinaires », ce qui peut s'interpréter comme excluant la séance d'installation.
  • L'ancien règlement intérieur continue de s'appliquer, mais on peut argumenter que ses dispositions sur les « débats ordinaires » ne visent pas la séance d'installation, qui a un objet restreint et procédural.

Mon constat

J'ai cherché honnêtement, et je n'ai trouvé aucun texte qui dise explicitement que le règlement intérieur ne s'applique pas à la séance d'installation. L'argument de Fagaut repose sur une interprétation par analogie — pas sur un article de loi.

À l'inverse, plusieurs textes (L2121-19, L2121-17, réponse ministérielle) garantissent le droit d'expression des élus en séance du conseil, sans distinguer les types de séance.

Le fait que Fagaut ait accordé la parole à Vignot (sans chronomètre) mais refusé aux autres élus d'opposition crée une inégalité de traitement entre membres du même conseil. C'est ce point qui pourrait, à mon avis, poser problème devant un tribunal administratif.

Ce que je comprends sur la question des groupes politiques : Fagaut dit « les groupes ne sont pas constitués, donc seule la cheffe de liste parle ». Mais en relisant les textes, je constate que le droit de parole est un droit individuel de chaque élu, pas un droit collectif des groupes. L'article L2121-19 du CGCT dit : « Les conseillers municipaux ont le droit d'exposer en séance du conseil des questions orales » — il parle des conseillers, pas des groupes. L'article L2121-17 garantit à chaque conseiller le droit de s'exprimer. Et l'article 15 du RI de Besançon lui-même dit « chaque élu dispose d'un temps de parole de cinq minutes » — pas « chaque groupe ».

Donc que les groupes soient constitués ou non, ça ne change rien : Séverine Véziès et Anthony Poulin ne sont pas moins conseillers municipaux qu'Anne Vignot. Ils ont été élus le même jour, installés au même moment, et siègent au même titre. D'ailleurs, c'est exactement ce que Poulin dit à 01:31:16 : « étant constaté que tous les groupes politiques ne sont pas constitués et donc que la règle prévaut que chaque individu peut prendre la parole dans cette assemblée ». Son raisonnement est l'inverse de celui de Fagaut : pas de groupes = droit individuel de chacun, pas pas de groupes = silence pour tous sauf la cheffe de file.

Un juge administratif regarderait probablement deux choses : d'abord l'inégalité de traitement (sur quel critère Vignot peut parler mais pas Véziès ?), et ensuite la proportionnalité — le maire a le pouvoir de police de l'assemblée (L2121-16), mais ce pouvoir doit être exercé de manière proportionnée. Refuser toute parole à 12 élus sur 13 de l'opposition, ça me semble difficile à justifier comme « proportionné ».

[Sources compilées : Sénat — Temps de parole, question n°12842Sénat — Scrutin électronique, question n°00167Nausica AvocatsMaison des Communes de VendéeBanque des Territoires — Installation des conseilsMaire-InfoATD 31 — Haute-Garonne Ingénierie]

Fact-check — ce que j'ai pu vérifier

Pour chaque affirmation, j'ai cherché les sources et je donne mon verdict avec le raisonnement. Vous pouvez vérifier par vous-même avec les liens.

1. « Premier maire de droite depuis 1953 »

Verdict : ✅ VRAI

Henri Régnier (RPF, industriel) a été maire de 1950 à 1953. Jean Minjoz (SFIO puis PS) lui a succédé, ouvrant 73 ans de municipalité de gauche ininterrompue. L'affirmation est exacte et confirmée par toutes les sources.

[Sources : Wikipedia — Liste des maires de BesançonFrance 3 — 73 ans de politique socialisteFrance Bleu]

2. Armement létal de la police municipale « très rapidement »

Verdict : ⚠️ PARTIELLEMENT VRAI — faisable mais pas « très rapidement »

Fagaut déclare à 01:02:10 : « le recrutement, la formation et l'armement de nos policiers municipaux très rapidement ». C'est légalement possible sans vote du conseil : la décision relève du maire (art. L511-5 du Code de la sécurité intérieure). Mais la procédure nécessite :

  1. Une demande nominative au préfet pour chaque agent
  2. Une convention de coordination avec la police nationale (obligatoire dès 3 agents)
  3. Une formation CNFPT au maniement des armes
  4. L'autorisation préfectorale

Les armes autorisées sont les pistolets 7,65 mm et revolvers .38 spécial (art. R511-12 CSI). En pratique, la procédure prend plusieurs mois. Le « très rapidement » est optimiste.

[Sources : Légifrance — CSI art. R511-12 à R511-29policemunicipale.fr — ArmementWeka — Cadre réglementaire]

3. « Les groupes politiques n'étaient pas constitués »

Verdict : ⚠️ JURIDIQUEMENT CONTESTABLE

J'ai détaillé cette question dans la section juridique ci-dessus. En résumé : Fagaut a des arguments (séance à objet restreint, article 15 visant les « débats ordinaires »), mais aucun texte de loi ne lui donne explicitement raison. L'opposition affirme avoir déposé sa déclaration de groupe avant la séance. Et l'article 28 du RI prévoit que c'est le service administratif qui accuse réception, pas le maire.

[Sources : voir section juridique complète ci-dessus]

4. Citadelle illuminée dès le soir du 27 mars

Verdict : ✅ VRAI — promesse tenue dès le premier soir

Fagaut annonce à 01:03:04 : « ce soir, la citadelle, notre acropole, enfin elle brillera de mille feux ». Et effectivement, la citadelle était bien illuminée dans la soirée du 27 mars. Promesse faite, promesse tenue — c'est suffisamment rare pour le noter.

Contexte utile (mais qui ne change pas le verdict) : le projet de ré-illumination était déjà en cours sous la mandature Vignot. L'éclairage avait été coupé en septembre 2020 (vétusté du système de 1996) et un nouveau système LED à 843 265 € était prévu pour fin mars 2026. Fagaut a choisi d'en faire un geste symbolique fort de son premier soir — c'est de la communication politique, mais sur le fond, l'infrastructure était prête. Anne Vignot l'a d'ailleurs interpellé en séance sur le respect des périodes de nidification (01:07:56), un point qui reste à surveiller sur un site UNESCO.

[Sources : macommune.info — Éclairage remis en fonctionnementFrance 3 — Citadelle éclairée moins chercitadelle.com — La lumière réinvente la Citadellepleinair.net — Essais sous vigilance environnementale]

5. Score de 53,29 %

Verdict : ✅ VRAI

21 781 voix sur 40 876 suffrages exprimés = 53,29 %. Confirmé par la transcription (le doyen le lit à 00:20:20), par Wikipedia, France 3, France Bleu et les résultats préfectoraux. Participation au 2e tour : 61,51 % (42 221 votants).

[Sources : Wikipedia — Élections municipales 2026 BesançonFrance Bleu — Résultats]

6. « 42 sièges sur 55 »

Verdict : ✅ VRAI

Calcul conforme au code électoral : la liste en tête reçoit la prime majoritaire de 28 sièges (55/2 arrondi). Les 27 restants sont répartis à la proportionnelle au plus fort reste entre les listes ayant dépassé 5 %. Résultat : 42 Fagaut, 13 Vignot. Confirmé par le vote du maire (42 voix à 00:36:57).

[Sources : Wikipedia — Élections municipales 2026 Besançonmacommune.info — Victoire historique]

7. Départ de TOUTE l'opposition

Verdict : ✅ VRAI

J'ai vérifié dans la transcription : après la suspension de séance, Fagaut constate « c'est un peu gênant quand même que l'opposition ne soit pas là » (01:24:15). Les votes suivants se font à 42 voix unanimité, confirmant l'absence des 13 élus de l'opposition. France Bleu confirme le départ en bloc.

[Sources : transcription vidéo — timecodes 01:24:15 et 01:41:01, France Bleu]

8. Promesse de 100 policiers municipaux / doublement des caméras

Verdict : 🔍 À VÉRIFIER — écart important

Je n'ai pas trouvé ces chiffres précis dans le discours d'installation : Fagaut parle de « recrutement » et « armement » sans quantifier. C'est une promesse de campagne. Les effectifs actuels de la PM bisontine se situent entre 52 et 69 agents selon les sources. L'objectif de ~100 impliquerait un quasi-doublement, un défi majeur vu la pénurie nationale de candidats aux concours de gardien de PM.

[Sources : pleinair.net — Effectif PM Besançonma-police-municipale.fr — Besançon]

9. Affiliation partisane de Fagaut

Verdict : ⚠️ DOUBLE APPARTENANCE — pas de mensonge, mais une ambiguïté

Fagaut est membre de Les Républicains (investiture officielle LR été 2025) ET de Nouvelle Énergie pour la France (mouvement de David Lisnard). Le soir de l'élection, Lisnard a revendiqué Besançon comme « ville Nouvelle Énergie ». Fagaut a clarifié le 25 mars : « ma famille politique, ce sont les Républicains ». La liste portait les logos LR, Modem, UDI, Centristes et NE. La double appartenance est autorisée par les statuts LR.

[Sources : macommune.info — LR ou Nouvelle Énergie ?France Bleu — Qui est FagautFrance 3 — De prof de sport à maire]

10. Légalité du refus de parole à l'opposition

Verdict : ⚠️ JURIDIQUEMENT RISQUÉ

Voir mon analyse complète dans la section juridique. En bref : Fagaut a des arguments, mais aucun texte ne dit explicitement que le RI ne s'applique pas à la séance d'installation. Plusieurs textes du CGCT et la jurisprudence protègent le droit d'expression de la minorité sans distinction de type de séance. Ce point pourrait faire l'objet d'un recours devant le tribunal administratif.

[Sources : voir section juridique ci-dessus]

Ce que je retiens — en tant que citoyen

Sur le style de gouvernance

Ce qui m'a frappé, c'est le contraste entre le discours rassembleur de Fagaut (« je serai le maire de toutes les bisontines et de tous les bisontins ») et ce qui s'est passé concrètement moins d'une heure plus tard : un refus catégorique de laisser parler des élus d'opposition, une phrase cinglante (« je ne fonctionne pas au chantage »), et une séance qui se termine avec 13 sièges vides. On peut penser ce qu'on veut de l'opposition, mais quand on promet le dialogue et le rassemblement, la première soirée devrait en donner l'exemple.

Sur les risques juridiques

Je ne suis pas juriste, mais trois points me semblent fragiles :

  1. Le refus de parole pourrait être attaqué devant le tribunal administratif. Si le juge considère que le droit d'expression des minoritaires a été bafoué, les délibérations adoptées après le départ pourraient être annulées — même si le quorum était techniquement atteint.
  2. Les votes de l'opposition sont formellement réguliers (quorum de 28 atteint avec 42 présents). Mais un recours pourrait viser le fait que le départ a été provoqué par un refus de parole contestable.
  3. Le discours du doyen d'âge, dont le rôle est protocolaire (art. L2122-8 CGCT), est allé bien au-delà de ses prérogatives. Anthony Poulin a évoqué des « qualifications juridiques diffamatoires ».

Ce que je vais surveiller

  • 23 avril 2026 (prochain conseil) : le nouveau règlement intérieur doit être adopté sous 6 mois. C'est un moment clé pour les droits de l'opposition. Je regarderai ce qui est proposé.
  • Budget primitif 2026 : annoncé pour le mois prochain. C'est le premier vrai test : est-ce que les priorités budgétaires correspondent aux promesses ?
  • Armement de la PM : je suivrai le calendrier de la convention de coordination avec la police nationale.
  • Illumination de la citadelle : est-ce que les contraintes environnementales (nidification, trame noire) sont respectées sur ce site UNESCO ?
  • Effectifs PM : recruter 30 à 50 agents dans le contexte national actuel, je demande à voir.

Toutes les sources utilisées

Presse locale et nationale

Sources institutionnelles et juridiques

Encyclopédie

Source primaire


Ludovic Fagaut est le maire de Besançon