Besançon, février 2026
Je ne me reconnais pas dans les élections municipales telles qu'elles existent aujourd'hui. Pas parce que je serais contre la politique. Mais parce que ce qui s'y joue ne me représente pas.
À chaque municipale, c'est la même scène : des listes, des partis, des têtes de liste, des promesses, des programmes ficelés à l'avance. Une course. Une compétition. Un affrontement organisé.
Or une ville n'est pas un champ de bataille idéologique. Une ville est un lieu de vie. Une ville est faite de gens différents, contradictoires, parfois incompatibles. Et c'est très bien comme ça. Il n'est ni souhaitable, ni réaliste que tout le monde soit d'accord.
Ce qui me pose problème, ce n'est pas le désaccord. C'est l'invisibilisation.
Aujourd'hui, soit tu entres dans un parti, soit tu disparais politiquement. Si tu refuses l'étiquette, si tu ne veux pas jouer la logique partisane, tu n'as plus de place.
Une idée simple : un conseil municipal qui ressemble à la ville
Je crois qu'il faut renverser la logique : arrêter de faire des municipales une course pour « gagner » et en faire un moment pour composer un conseil municipal réellement représentatif.
Je rêve d'un conseil municipal qui reflète la composition réelle de la ville : les sensibilités partisanes, oui — mais aussi celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucun parti.
Parce que sans parti ne veut pas dire sans avis, ni sans légitimité.
Mesurer la représentativité : partis… et citoyens sans parti
Concrètement, on peut faire quelque chose de très simple : mesurer les pourcentages de sensibilités dans la population en droit de vote — y compris la part des citoyens sans parti — et attribuer les sièges du conseil municipal sur cette base.
Mais pour que cette représentativité ait un sens réel, encore faut-il sortir de l'opacité actuelle. Je pense qu'il faudrait une règle simple et assumée : que les partis politiques publient publiquement, de manière vérifiable et contrôlable, le nombre réel de leurs membres encartés à l'échelle de la ville.
Pas des estimations. Pas des discours. Des chiffres.
Cela permettrait de savoir clairement quelle part de la population choisit effectivement l'adhésion partisane, et quelle part s'y refuse. Ce serait une base honnête pour penser la représentation municipale.
Exemple fictif
Population : 10 000 personnes en droit de vote
- Parti A : 18 % → 18 % des sièges
- Parti B : 12 % → 12 % des sièges
- Parti C : 9 % → 9 % des sièges
- Parti D : 6 % → 6 % des sièges
- Citoyens sans parti / non affiliés : 55 % → 55 % des sièges
Si, dans une ville, il y a plus de citoyens sans parti que de citoyens avec partis, alors le conseil municipal doit l'assumer : il y aura plus de citoyens non affiliés représentés.
Aujourd'hui, ces citoyens sont souvent rangés dans l'abstention, l'indécision ou le désintérêt. Moi je crois qu'ils constituent un groupe politique légitime : une manière de dire « je veux participer, mais pas être capté ».
La campagne comme temps d'écoute
Dans ce modèle, la campagne électorale ne devrait pas servir à vendre des solutions toutes faites, mais à remonter les besoins essentiels du quotidien : logement, mobilité, école, santé, solitude, espaces publics, culture, travail, vieillissement, jeunesse, liens sociaux.
Pas pour dire « voilà la solution ». Mais pour dire : voilà ce qui compte, voilà ce qui manque, voilà ce qui doit être travaillé.
Ensuite, ces besoins deviennent la base du travail collectif du conseil municipal. Pas le programme d'un camp. Parce que l'objectif n'est pas de gagner contre l'autre, mais de faire avancer la ville ensemble, dans la complexité, dans la polyphonie.
Sortir du théâtre majorité / opposition
Je ne rêve pas d'une ville sans conflits. Je rêve d'une ville où le conflit n'est plus transformé en match permanent.
Aujourd'hui, on fabrique une majorité qui impose et une opposition qui s'oppose. Et pendant ce temps, le quotidien des gens continue.
Je veux un conseil municipal où chacun représente une part réelle de la ville, et où le travail est orienté vers les besoins — pas vers l'ego, la carrière, l'image ou la posture.
Le maire, dans cette vision, n'est pas un chef tout-puissant. Il est un garant du cadre : il tient les conditions d'écoute, de débat et de travail pour que toutes les voix puissent exister.
Comment choisir les personnes qui siègent au conseil municipal ?
La représentativité ne suffit pas. Il faut aussi une manière juste de désigner les personnes qui vont siéger.
Je ne crois pas à la personnalisation excessive, ni aux figures providentielles. Je crois à des mécanismes simples, lisibles et contrôlables.
Plusieurs pistes sont possibles.
1. Des listes ouvertes par sensibilité, pas verrouillées par des partis
Chaque sensibilité (parti ou groupe de citoyens sans parti) dispose d'un nombre de sièges proportionnel à son poids réel dans la ville.
Mais au lieu de listes fermées décidées en amont, les listes sont ouvertes :
- les personnes se déclarent volontaires,
- elles exposent leur motivation, leur lien à la ville, leur disponibilité,
- sans programme clé en main.
Les citoyens votent alors pour des personnes, à l'intérieur d'une sensibilité, et non pour une tête de liste.
2. Tirage au sort parmi des volontaires
Pour les citoyens sans parti — et même au-delà — une part des sièges pourrait être attribuée par tirage au sort parmi des volontaires.
Pas n'importe comment :
- volontariat explicite,
- information claire sur le rôle et le temps demandé,
- accompagnement et formation minimale.
Le tirage au sort permettrait d'introduire des profils qui ne se présenteraient jamais dans un système classique, tout en évitant la professionnalisation politique.
3. Mandats courts, non cumulables, et rotation
Quelle que soit la manière de désigner, je crois à des mandats courts, non cumulables, avec une logique de rotation.
Siéger au conseil municipal ne devrait pas être une carrière, mais un temps de contribution.
La rotation permet :
- d'éviter la confiscation du pouvoir,
- de maintenir un lien vivant avec le quotidien,
- de rappeler que personne n'est propriétaire de son siège.
4. Droit de retrait et de remplacement
Enfin, je crois important que les conseillers puissent se retirer s'ils ne s'y retrouvent plus — sans drame, sans scandale.
Le siège n'appartient pas à la personne, mais à la sensibilité qu'elle représente.
Un mécanisme de remplacement simple permettrait de préserver la continuité sans figer les individus.
Ces pistes ne sont pas un modèle figé. Elles sont des manières de penser autrement la question du choix : moins de compétition, plus de responsabilité collective.
Ce texte n'est pas un programme
Ce manifeste n'est pas une solution clé en main. C'est un déplacement.
Un refus de la course aux partis.
Une exigence de représentativité.
Un retour au centre : le citoyen, la ville, le quotidien.
C'est un texte subjectif. C'est mon avis. Mon point de vue.
Mais je sais une chose : je ne veux plus être gouverné par un système qui ne me représente pas.