Fermer les commentaires pour ouvrir le débat
Cet article part d'un exemple concret : les fils Facebook de nos élus. Pas pour les montrer du doigt, mais pour comprendre ce que demande la tenue d'un fil public, ce qu'on y trouve quand on regarde vraiment, et ce que j'en tire pour le mien.
La démarche : prévenir, puis vérifier
- Relever. En septembre et octobre, j'ai relu les commentaires sous les publications publiques de neuf élus bisontins, de toutes tendances, avec une grille explicite : injure, menace, propos visant une origine ou une religion, sexisme ou homophobie, accusation de crime contre une personne nommée.
- Prévenir. Le 19 octobre, chacun a reçu une lettre listant, lien par lien, les commentaires concernés : 1 232 en tout, dont 636 que je classais clairement « à retirer », le reste « à examiner ». Avec un délai, le 2 novembre, et un rappel du droit (Avant de porter plainte, modérez vos pages).
- Vérifier. Après l'échéance, j'ai rouvert les liens un par un.
⚖️ Pourquoi c'est l'affaire de l'élu. Dans l'arrêt Sanchez c. France (CEDH, Grande Chambre, 15 mai 2023), la Cour a validé la condamnation d'un élu pour des commentaires de tiers qu'il n'avait pas retirés de son mur. Le titulaire du compte peut répondre de ce qu'il laisse en ligne.
Ce qu'on a trouvé
Il faut distinguer deux choses que ma grille mettait dans le même panier « à retirer » :
| Signalés | Plus visibles | Part | |
|---|---|---|---|
| Propos graves (menaces, appels à la violence, haine visant une origine, une religion, un sexe ou une orientation, accusations de crime contre une personne nommée) | 110 | 53 | 48 % |
| Injures simples (« bouffon », « connard », « gauchiasse »…) | 526 | 83 | 16 % |
« Plus visible » veut dire que le lien ne mène plus au commentaire : il a pu être masqué ou supprimé par l'élu, ou effacé par son auteur. Chiffres de la vérification du 2 novembre ; certains élus ont continué à trier après.
Plusieurs élus ont retiré la totalité ou la quasi-totalité des propos graves, et laissé une partie des injures par choix : ils estiment que « minable » ou « bouffon » relèvent du débat politique, même vif, et ne veulent pas restreindre l'expression de ceux qui les critiquent. C'est une position défendable. La frontière entre l'injure et la critique rude se discute, et c'est au titulaire du fil de la tracer. Ce qui ne se discute pas, ce sont les menaces et la haine : il en reste 57 en ligne, concentrées sur deux pages.
Je ne publie pas le détail par élu : le but n'est pas un classement.
Ce que les élus m'ont répondu
Plusieurs m'ont écrit ou appelé. Sans les nommer, trois façons de faire se dégagent :
- Retirer l'illicite, garder le débat rude. Les menaces et propos haineux sont supprimés, les critiques sévères restent.
- Supprimer massivement et porter plainte. Un élu m'a renvoyé un décompte précis : 66 commentaires retirés sur 76, 3 conservés comme preuves pour des plaintes, 7 jugés acceptables.
- Exiger un argument. Masquer ou bloquer tout message qui n'apporte rien au débat, pour que l'espace serve à des propositions, pas à des injures.
Tous disent la même chose de leurs limites : pas d'équipe dédiée, une vidéo qui reçoit plus de 1 700 commentaires en quelques jours, des filtres par mots-clés qui ratent les insultes inventives et bloquent des mots innocents. Un élu m'a écrit qu'il modère « au maximum » mais en oublie beaucoup, et qu'il ne connaissait pas les filtres de modération de Facebook. Une élue récente m'a confié qu'elle appréhende parfois d'ouvrir ses commentaires. Un autre a cessé de lire ses messages : la moitié sont des insultes, et il n'a plus « la capacité mentale, morale, physique » d'y replonger chaque jour. Il laisse aussi certains messages racistes en ligne, volontairement, pour montrer ce qu'il subit, et reconnaît avec franchise qu'il lui arrive de répondre trop vivement à ceux qui le harcèlent, dans un climat politique où il est « extrêmement dur de ne pas monter en pression ». Presque tous m'ont demandé la même chose : un moyen simple d'automatiser. Et la violence ne passe pas que par les commentaires : il y a aussi les publications qui accusent, à tort, en les citant.
Un seul ne m'a ni répondu ni accusé réception du courrier. Dont acte ! 😉
De la moquerie à la menace
Quelques-uns des 500 commentaires restants, cités tels quels (noms remplacés par [X]) :
| Niveau | Exemples |
|---|---|
| Moquerie | « Quel méga blaireau. » · « Le gros bébé fasciste est vexé. 😭 » |
| Insulte franche | « Ta gueule connard » · « Pour qui il se prend l'étron dégarni ? » |
| Humiliation | « Droitardé consanguin dégénéré » · « Tu trempes ta plume ou ton clavier directement dans une fosse à purin pas vrai ? C'est sûrement ton habitat naturel ! 🤣 » |
| Origine, religion | « Encor des bicos voilà toujours les memes qui foutent la merde » · « Les Walakbar tuent. Décapitent. Violent. Égorgent. » |
| Sexisme, homophobie | « viens donc me le dire en face.. tafiole » · « calme toi la tapineuse de service pauvre idiote » |
| Accusation de crime | « [X] et [X] assassin pedo criminels de Besançon » |
| Menace | « J espère que ce [X] sera pris dans une fusillade quand il entendras les balles siffler au-dessus de sa tête » · « Un délinquant une rafale de mitraillette, et un coup de grâce dans la tête » |
En nombre : 443 injures simples, 19 accusations de crime visant une personne nommée, 12 propos visant une origine ou une religion, 12 propos sexistes ou homophobes, 11 menaces ou appels à la violence (un commentaire peut cumuler plusieurs catégories).
Trois choses qui m'ont frappé
- L'insulte ne connaît pas d'étiquette. « Gauchiasse » et « droitard », « facho » et « collabos des islamistes » : elle vise tout le monde, sous les pages de tous les élus, y compris ceux qui ne se reconnaissent dans aucun camp.
- On s'insulte surtout entre commentateurs. Une grande partie des messages ne vise pas l'élu mais un autre internaute. Le fil devient un ring entre inconnus, et l'élu en est l'hôte, pas forcément la cible.
- Quelques comptes pèsent lourd. Un même auteur a posté le même message accusatoire neuf fois, sur plusieurs pages.
Ce n'est pas simple
Je ne jette la pierre à personne. Un élu publie souvent, chaque publication attire des dizaines ou des centaines de commentaires, souvent le soir, et les réponses s'emboîtent les unes dans les autres. Facebook offre peu d'outils sur un profil : un filtre de mots, guère plus. Retirer un commentaire, c'est s'exposer au reproche de censure ; le laisser, c'est en répondre. Même avec une liste toute prête, lien par lien, c'est des heures de travail. Et c'est aussi une charge morale : lire des centaines d'insultes, dont certaines vous visent, n'a rien d'anodin.
C'est difficile, oui. Mais « c'est trop compliqué » n'est pas une raison pour laisser faire. Quand on tient un fil public, on en a la charge : si on ne peut pas le modérer, on le ferme, ou on se donne les moyens de le tenir. Laisser en ligne une menace de mort parce qu'on n'a pas eu le temps, c'est déjà la cautionner un peu.
Peu importe l'algorithme
On connaît la mécanique : l'algorithme de Facebook pousse ce qui fait réagir. Une publication qui déclenche trois cents commentaires furieux touche plus de monde qu'une publication qui en reçoit dix polis. Pour quelqu'un qui a besoin d'être vu, la tentation est réelle de laisser la bagarre tourner : elle travaille pour lui.
Ce n'est pas une impression : selon des documents internes publiés en 2021, les « Facebook Papers », Facebook a compté pendant des années une réaction de colère cinq fois plus qu'un « j'aime », et un commentaire bien plus encore, avant de constater que cela favorisait la toxicité et de ramener la colère à zéro.
Je refuse ce marché. La violence n'a pas sa place dans la notoriété. Une audience gagnée sur des insultes, des menaces et des propos racistes n'est pas une audience, c'est un dommage collatéral qu'on encaisse à son profit. Il faut le dire clairement : on doit condamner l'usage de la violence, d'où qu'elle vienne, et condamner tout autant la non-modération, qu'on la justifie par l'algorithme ou par le manque de temps.
On est tous responsables
Chaque insulte laissée en ligne rend la suivante plus normale, et chaque réponse sur le même ton fait monter la suivante d'un cran. C'est une course, et personne ne l'arrêtera seul. La responsabilité est partagée : celui qui écrit, celui qui « like », celui qui répond sur le même ton, celui qui tient le fil, et la plateforme qui en vit. Chacun a un levier : ne pas répondre à l'insulte par l'insulte, ne pas l'applaudir, la signaler, et, sur son propre fil, se donner des règles et les moyens de les tenir.
Je commence par le mien. Un fil ouvert à tous, sans règle et sans outil, ne se modère pas. Voici ce que je mets en place sur mon propre compte, et comment je vais gérer mes commentaires.
Mon profil devient un fil de billets d'humeur
Ce que je publie sur mon profil, ce sont des nouvelles, des liens, des coups de cœur et des coups de gueule. Rien de tout ça n'appelle un débat sous la publication. Ceux qui veulent réagir ont un outil parfait pour le faire : le partage. On partage sur son propre fil, avec son avis au-dessus.
- chacun reste propriétaire de son fil, et responsable de ce qui s'y dit ;
- je n'ai plus rien à modérer, ou presque ;
- la discussion a quand même lieu, chez celui qui l'ouvre, devant son propre public.
💡 Le droit va dans le même sens : ce que vaut l'arrêt Sanchez pour un élu vaut pour chacun. Le commentaire le plus facile à modérer, c'est celui qui n'a pas pu être posté.
Le tuto : quinze minutes pour un fil tranquille
Ce qui suit vaut pour tout le monde, et d'abord pour les élus. Tout se fait depuis un ordinateur, une fois, en un quart d'heure.
Étape 1 — Ouvrir la bonne page de réglages
👉 Le raccourci : facebook.com/settings/?tab=followers_and_public_content ouvre directement la bonne page, une fois connecté.
Sinon : votre photo en haut à droite → Paramètres et confidentialité → Paramètres, puis dans le menu de gauche, section « Audience et visibilité », Followers et contenu public. Ne vous égarez pas dans « Assistance confidentialité » : ces réglages n'y sont pas.




🔍 Cliquez sur une capture pour l'afficher en plein écran, puis faites défiler avec les flèches.
Étape 2 — Réserver les commentaires aux amis
Qui peut commenter vos publications publiques ? → Ami(e)s. Facebook ne propose que trois choix ici : Public, Ami(e)s et leurs ami(e)s, Ami(e)s. Vos publications restent visibles de tous ; seuls vos amis commentent.

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Deux limites, que Facebook signale lui-même : les personnes identifiées dans une publication, et leurs amis, peuvent parfois commenter quand même (évitez d'identifier des gens dans vos billets publics) ; et ce réglage peut être changé publication par publication.
Étape 3 — Fermer la porte de derrière
Informations de profil publiques → Ami(e)s. Votre photo de profil, votre couverture et votre bio sont toujours publiques, et ce réglage décide qui peut les commenter. Laissé sur Public, c'est là qu'atterrissent les insultes une fois le reste fermé.

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Étape 4 — Activer le filtre de mots
Masquer les commentaires contenant certains mots sur votre profil → ajouter une liste. Les commentaires contenant ces mots sont masqués pour tout le monde, sauf leur auteur et ses amis. Facebook attrape aussi les variantes avec chiffres, symboles ou fautes d'orthographe. Les commentaires masqués restent consultables dans la section « Masqués par vous » de chaque publication.

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Voici la liste que j'ai construite à partir des 1 232 commentaires du relevé. À copier-coller :
connard, connasse, conne, abruti, crétin, débile, bouffon, tocard, baltringue, ordure, taré, blaireau, trouduc, trou du cul, enculé, pute, salope, pédo, dégénéré, attardé, mongol, gauchiasse, droitard, cassos, cuve à pisse, pue la pisse, tête de bite, ta gueule, va te faire foutre, nique, bicot, tafiole, tapineuse, pupute, crevard, fumier, vermine, enfoiré, bâtard, gros con, pauvre con, petit con, sale con, merdeux, neuneu, imbécile, guignol, clown
Ce qu'elle vaut, mesuré sur le relevé : elle aurait masqué un commentaire signalé sur trois (394 sur 1 232), pour 4 commentaires ordinaires sur 1 000 masqués à tort (36 sur 9 382). On peut y ajouter facho, merde, assassin et putain : on monte à 40 % des commentaires signalés, mais aussi à 1 % de faux positifs, parce que ces mots servent aussi dans des échanges vifs mais légitimes. À chacun de tracer sa ligne.
⚠️ Un filtre ne fait pas tout. Il rate les deux tiers des commentaires problématiques : les menaces écrites sans gros mot (« J'espère qu'il sera pris dans une fusillade »), les propos racistes déguisés, les accusations. Il soulage ; il ne dispense pas de lire.
Étape 5 — Les autres réglages du même écran
| Réglage | Conseil | Pourquoi |
|---|---|---|
| Qui peut me suivre | Public | les inconnus vous lisent sans devenir « amis » |
| Qui peut voir vos followers sur votre profil | Ami(e)s ou Moi uniquement | rien n'oblige à exposer qui vous lit |
| Qui peut voir les personnes et les Pages que vous suivez ? | Ami(e)s ou Moi uniquement | idem |
| Notifications de publications publiques | Public | vous êtes prévenu quand un inconnu partage ou réagit : vous pouvez intervenir vite |
Le sélecteur d'audience propose aussi des listes, comme « Amis proches » ou « Ami(e)s sauf connaissances ». Elles servent à choisir qui voit une publication, pas qui la commente.

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Intitulés relevés en novembre 2026 ; Facebook les change régulièrement.
Étape 6 — Au cas par cas, sur chaque publication
Le menu « … » → Qui peut commenter votre publication ? permet d'aller plus loin sur une publication donnée. Pour un billet d'humeur, je ferme les commentaires ; pour une publication qui tourne au pugilat, je les ferme après coup.
Étape 7 — Faire le ménage dans ses amis
Le réglage « Amis » ne vaut que ce que vaut la liste d'amis. La mienne s'est remplie au fil des années de gens que je ne connais pas vraiment. Je la trie, une fois, avec un critère simple : je garde celles et ceux avec qui je passe des moments en vrai, autour d'un verre ou d'un repas.
- je retire les comptes que je ne reconnais plus : rien ne les prévient ;
- les autres restent abonnés s'ils le souhaitent : ils continuent de me lire, ils ne commentent plus ;
- la liste « Accès restreint » pour les cas délicats : ils restent amis en apparence mais ne voient que le public ;
- je n'accepte plus de demande d'ami d'un inconnu : il peut s'abonner.
🍻 Vous n'êtes plus dans ma liste d'amis ? Vous savez ce qu'il vous reste à faire : mes disponibilités sont ici. Le premier verre est pour vous.
Ne pas être ami n'empêche pas de me lire : on peut s'abonner à mon profil sans me demander en ami, et voir mes billets publics, sans les commenter. La liste d'amis est plafonnée à 5 000, le nombre d'abonnés ne l'est pas. Et pour débattre, il y a la page.
Le débat a sa page : Les Forgerons de Résonance
Il y a des sujets qui méritent le débat : une décision municipale, un fact-check, un projet de quartier. Pour eux, j'ai créé une Page Facebook, Les Forgerons de Résonance. Une page peut porter votre nom ou celui d'un sujet. Ce n'est pas un profil, et c'est tout son intérêt :
- elle est faite pour le public : tout le monde peut la suivre et commenter ;
- elle a de vrais outils de modération (voir plus bas) ;
- elle se gère à plusieurs, avec des rôles (admin, modérateur) ;
- elle est accessible par l'API de Meta : un programme peut lire ses commentaires, les masquer ou les supprimer. Ce n'est plus possible sur un profil personnel depuis 2018.
J'invite mes amis, et les autres, à la suivre
Une page vide ne sert à rien. Depuis la page : « … » → Inviter des amis, puis on coche. Je le fais au moment du tri : celles et ceux que je retire de mes amis reçoivent une invitation à suivre la page. Ils ne perdent rien, ils changent de porte. Et pour ceux qui ne sont pas mes amis, la page a son lien, que je glisse dans mes billets : « le débat, c'est là-bas ».
👉 Pour suivre le débat : facebook.com/Les Forgerons de Résonance, puis S'abonner.
📌 J'annonce la règle. Une publication épinglée sur la page dit ce que j'accepte et ce que je retire : « Critiquez ce que les gens disent et font, pas ce qu'ils sont. » Ça désarme beaucoup de choses, et ça me couvre quand je masque.
Comment je gère mes commentaires
Les réglages ne font pas tout. Voici les règles que je me donne, sur mon profil comme sur la page :
- Je modère tous les jours, le soir, en un passage : les nouveaux commentaires, réponses comprises.
- Je masque sans exception les injures, menaces, propos visant une origine, une religion, un sexe ou une orientation, et les accusations sans source contre une personne nommée. Y compris quand elles vont dans mon sens. Une insulte qui me soutient reste une insulte.
- Je masque plutôt que je supprime : la trace reste, et l'auteur n'a pas le sentiment d'être effacé.
- Je ne réponds jamais à une insulte, ni par une insulte, ni par une leçon. Je masque, et je passe.
- Je bannis après récidive : un compte qui revient après un premier masquage ne commente plus la page.
- Je laisse la critique, même dure, même injuste, tant qu'elle vise ce que je dis ou fais et pas ce que je suis.
- Je ne fais pas de la colère un moteur : si une publication tourne au pugilat, je ferme ses commentaires plutôt que de laisser l'algorithme s'en régaler.
Les outils de modération d'une page
Commençons par l'évidence : le meilleur moyen d'éviter les commentaires haineux, c'est de désactiver les commentaires. Pas de commentaire, rien à modérer, et la publication dit ce qu'elle a à dire. Sur une page comme sur un profil, chaque publication publique a son réglage « Qui peut commenter ? » (menu « … » de la publication). Le restreindre aux seuls profils mentionnés revient à fermer les commentaires : à faire pour un message qui n'appelle pas de débat, ou qui part en vrille. Oui, ça a un prix : l'algorithme attend du clivage, et une publication sans commentaires touchera moins de monde. C'est exactement le marché que je refuse plus haut : une portée achetée avec des insultes ne vaut pas la peine. Et le partage reste ouvert : ceux qui veulent réagir le font chez eux, sous leur nom, et c'est autant de portée. Le débat, lui, peut se tenir ailleurs, là où on s'est donné les moyens de le tenir. Si vous gardez les commentaires ouverts, voici de quoi les tenir.
Dans Facebook, sans rien installer
Pour un élu, c'est souvent là que tout se joue : la plupart communiquent par une page. Basculez sur la page, puis dans ses paramètres (ou Meta Business Suite → Paramètres → Modération) :
| Outil | Ce qu'il fait |
|---|---|
| Filtre de grossièretés | masque automatiquement les commentaires contenant des grossièretés courantes |
| Mots bloqués | masque tout commentaire contenant un mot de votre liste : reprenez celle de l'étape 4, complétée des noms et surnoms qui reviennent chez vous |
| Assistant de modération | masque selon des critères : lien, compte sans photo, compte récent, mots-clés… |
| Masquer / supprimer / bannir | à la main, sur chaque commentaire, ou bannissement d'un compte de la page |
Masquer est souvent mieux que supprimer : l'auteur et ses amis voient encore le commentaire, personne d'autre. Pas de cri à la censure, et la trace reste si l'on doit porter plainte.
Avec l'API Graph, pour aller plus loin
Pour une page, l'API de Meta permet d'automatiser ce que l'on ferait à la main :
- lire les commentaires d'une publication :
GET /{id-publication}/comments; - masquer un commentaire :
POST /{id-commentaire}avecis_hidden=true; - supprimer :
DELETE /{id-commentaire}; - être prévenu de chaque nouveau commentaire, en temps réel, par un webhook sur le champ
feedde la page.
Il faut une application Meta et un jeton de page avec les permissions pages_read_user_content et pages_manage_engagement. Rien de tout ça n'existe pour un profil personnel, qui n'a qu'un filtre de mots : c'est une raison de plus pour débattre sur une page.
Un outil gratuit pour les élus : Modérer ses commentaires
Presque tous les élus m'ont demandé un moyen simple d'automatiser. J'en ai fait un, gratuit et sans inscription : Modérer ses commentaires, sur opendata.alusage.fr.
- Une seule liste : les commentaires récents de vos pages Facebook, et ceux du compte Instagram professionnel qui leur est relié, réponses comprises.
- Vos mots à repérer : vous écrivez votre liste (celle de l'étape 4, vos surnoms récurrents), et l'outil met de côté les commentaires « à regarder ».
- Agir en un clic : répondre, masquer, réafficher, supprimer, bannir l'auteur (sur Facebook).
- Garder la preuve : une fiche par commentaire, prête pour un signalement sur Pharos, et un journal de vos actions, exportable pour une plainte.
🔒 Tout reste dans votre navigateur. Vos clés, les commentaires et le journal ne passent par aucun serveur, pas même le mien : la page n'a le droit de parler qu'à Facebook. Le code est libre (licence AGPL) et tient dans un seul fichier, publié sur GitHub : chacun peut le vérifier.
La mise en route prend une dizaine de minutes, une seule fois : créer une petite application sur le site développeurs de Meta (elle reste privée, sans validation), et coller trois valeurs. L'outil vous guide pas à pas. Il ne décide rien à votre place : c'est vous qui lisez, et vous qui tranchez.
Echo : la modération dans Odoo
Un mot sur mon métier, pour ceux qui ne me connaissent que par mes billets. Avec ma société, Alusage, je travaille sur Odoo, un logiciel de gestion libre utilisé par des entreprises, des associations et des collectivités : comptabilité, ventes, site web, projets, tout au même endroit. J'installe Odoo, je l'héberge, je l'adapte, et je développe des applications qui s'y ajoutent, publiées sur la boutique officielle d'Odoo.
Les outils natifs des réseaux restent basiques, et leur API demande un développeur. C'est pour ça que nous développons chez Alusage Echo, une application Odoo qui publie sur vos réseaux et en ramène les commentaires :
- une file unique : les nouveaux commentaires de vos pages arrivent dans une liste ;
- un tri préalable avec une grille explicite (menace, injure, propos visant une origine ou une religion, accusation sans source contre une personne nommée…) : ce qui est net, ce qui est à apprécier, ce qui peut rester ;
- une décision humaine : ce qui est net peut être masqué d'office, mais seulement masqué, donc réversible. Il attend dans une liste où vous validez, réaffichez ou supprimez, en un clic. Rien n'est supprimé sans que vous l'ayez décidé ;
- une trace : ce qui a été retiré, quand et pourquoi.
C'est la grille que j'ai utilisée pour les lettres aux élus. Avec un tel outil, les 1 232 commentaires du relevé se traitent en une soirée.
⚙️ Echo tourne déjà sur mes propres comptes : la page Les Forgerons de Résonance, Instagram, TikTok, LinkedIn et YouTube remontent leurs commentaires dans la même file. Un guide pas à pas et une formation en ligne sont en préparation pour que vous puissiez vous en faire une idée concrète.

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Une publication s'écrit une fois et part partout : le message commun, puis une version par destination quand il faut l'adapter (un reel pour Facebook et Instagram, un short pour YouTube, un texte plus posé pour LinkedIn). Les commentaires, les vues et les partages reviennent ensuite sur la même fiche.

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Je peux vous accompagner
Si vous gérez une page (élu, association, commerce, collectif) et que vous voulez reprendre la main sur vos commentaires, avec Echo ou simplement avec les réglages de cet article, je peux vous accompagner : dans le cadre de mon activité, ou en don en conscience, vous donnez ce que vous estimez juste. 👉 Écrivez-moi en précisant votre situation.
Et les autres réseaux ?
| Réseau | Où régler | Ce que je conseille |
|---|---|---|
| Paramètres → Commentaires ; Mots masqués | commentaires ouverts aux abonnés que vous suivez, filtre activé | |
| X (Twitter) | à la publication : « Qui peut répondre ? » | « Comptes que vous suivez » pour les billets d'humeur |
| à la publication : paramètres des commentaires | « Relations uniquement » ou commentaires désactivés | |
| Threads | à la publication : « Qui peut répondre » | « Profils que vous suivez » |
En résumé
- Le profil est ma maison : billets d'humeur, commentaires réservés aux amis ou fermés.
- Ceux qui veulent réagir partagent, chez eux, sous leur nom.
- J'ai trié mes amis : je garde ceux avec qui je partage un verre ou un repas ; les autres s'abonnent, ou prennent rendez-vous.
- Le débat a sa page, Les Forgerons de Résonance, avec une règle écrite, et j'y invite tout le monde.
- Je modère chaque jour, sans exception de camp : je masque l'insulte, je laisse la critique.
- La page se modère avec des outils : filtres de Facebook, l'outil gratuit pour les élus, et bientôt Echo.
- Ni l'algorithme ni le manque de temps n'excusent la violence laissée en ligne.
Un mois après les lettres, 500 commentaires « à retirer » sont toujours en ligne. Ce n'est la faute de personne en particulier : c'est ce qui arrive quand on ouvre sa maison à tous les passants sans se donner les moyens de la tenir. Arrêter la course à la violence commence chez soi, sur son propre fil.
Où me suivre
Le débat se tient sur Les Forgerons de Résonance. Mes chaînes, elles, rassemblent tout ce qui me passionne : esprit critique, Odoo et logiciel libre, IA maison, Minecraft, le tiers-lieu Le 97. Choisissez votre porte.
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