Le samedi 18 juillet 2026, la Ville de Besançon a inauguré en grande pompe son horloge florale restaurée, au pied de la gare Viotte — le lendemain de l'arrêté préfectoral plaçant tout le Doubs au niveau « crise sécheresse », le plus haut seuil de restrictions.

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Ma thèse L'eau de l'horloge n'est pas de l'eau potable, et la Ville s'en défend — je donne ses arguments, honnêtement. Mais ne nous laissons pas enfermer dans ce seul débat, car le problème est triple. Un discours de déni d'abord : le maire affirme que « personne ne prévoyait » la canicule, quand le préfet, la veille, disait exactement l'inverse. Un contretemps politique ensuite : inaugurer un monument ornemental en fanfare, sous escorte policière, au moment même où l'État demande à chacun de se serrer la ceinture. Un mauvais arbitrage enfin : même recyclée, l'eau est une ressource rare et limitée, et ces 3 m³ par semaine versés dans du décoratif éphémère, c'est autant qui ne va pas à ce qui dure et sert — des arbres, des légumes, de l'ombre. L'eau n'est pas vraiment le cœur du problème — juste sa partie visible. Le vrai sujet, c'est le récit — nier ce qu'on sait — et le choix — le beau et l'éphémère plutôt que l'utile et le durable.

Ce qui s'est passé, dans l'ordre

Vendredi 17 juillet 2026. Le préfet du Doubs, Rémi Bastille, place l'ensemble du département en « crise sécheresse » (arrêté n° 26_N3_Doubs), le niveau maximal. Les restrictions sont dures et explicites : interdiction d'arroser les pelouses, les massifs fleuris et les plantes en pots. Les seuls usages encore permis — potagers et arbres plantés depuis moins de deux ans — le sont uniquement entre 20 h et 8 h, et les services de l'État recommandent les systèmes économes de type goutte-à-goutte. (arrêté préfectoral du 17 juillet 2026 — à lire en entier ; Mesures sécheresse 2026 — préfecture du Doubs ; VigiEau) Le même jour, le préfet tient un propos qui vaut avertissement (j'y reviens plus bas).

Samedi 18 juillet 2026. Ludovic Fagaut, maire, et Guillaume Bailly, adjoint aux espaces verts, inaugurent l'horloge florale au pied de la gare Viotte. Selon L'Est Républicain, quelques habitants sont présents — et une douzaine de policiers quadrillent les abords, « dans l'éventualité où des opposants auraient eu l'idée de manifester ».

L'objet. Une mosaïque végétale de 40 m² et six mètres de diamètre, 8 000 plants, restauration d'une tradition bisontine (la ville se revendique capitale du temps). Le chantier a mobilisé 413 heures de travail des agents pour la partie végétale, plus 160 heures pour la restauration du mécanisme, confiée à la société Prêtre et Fils, à Mamirolle, qui a créé un nouveau rouage.

L'eau : ce que la Ville répond — et ce qu'elle passe sous silence

Si je veux être honnête, je dois commencer par les arguments de la Ville, parce que c'est le point où l'indignation spontanée se trompe de cible — avant de voir ce qu'ils escamotent.

Les 8 000 plants sont des espèces méridionales et succulentes, « choisies pour leur résistance à la sécheresse ». (Les succulentes — les « plantes grasses » : sedums, joubarbes, agaves, échéverias, cactées… — stockent l'eau dans leurs feuilles et se contentent normalement de très peu d'arrosage. Si l'horloge en est réellement composée, 75 mm par semaine devient d'autant plus difficile à justifier. Et à ce jour, la Ville n'a pas publié la liste exacte des espèces et variétés plantées — c'est l'une des cases que je demande plus bas à remplir.) D'après le maire, l'horloge « n'a besoin que de peu d'arrosage, 3 m³ par semaine », par micro-aspersion, un cycle tous les trois à quatre jours. Surtout, cet arrosage se fait exclusivement avec de l'eau de récupération : les prélèvements sur le réseau d'eau potable sont interdits, et l'eau provient des cuves de la piscine Mallarmé, qui rejette environ 250 m³ par semaine — une eau qui sert aussi à 38 nouvelles stations de fleurissement, aux terrains de la Malcombe, au stade Léo-Lagrange, aux Orchamps et au terrain de rugby. Le maire précise que ce dispositif est en place depuis le passage en « alerte renforcée » (il cite le 26 juin).

Pour les arbres de moins de deux ans, la Ville dit avoir obtenu du préfet, le 17 juillet, une dérogation l'autorisant à pomper 70 m³ par semaine dans le Doubs — « relativement raisonnable sachant que le Doubs a un débit de 16 m³ par seconde », plaide Ludovic Fagaut.

Mon constat de méthode Deux choses sont vraies, et je les dis clairement — l'eau ne vient pas du réseau potable (le procès en « gaspillage d'eau potable » est donc infondé), et elle provient d'un dispositif de récupération astucieux. Mais la Ville passe deux choses sous silence. D'abord, « peu d'arrosage » est faux : 3 m³ sur 40 m², c'est ~75 mm par semaine, deux à trois fois la dose d'une pelouse d'été, par micro-aspersion (le mode le moins économe). Ensuite et surtout, cette eau recyclée n'est ni gratuite ni illimitée : le dispositif n'offre que deux mois d'autonomie au stade qu'il alimente en priorité (j'y reviens). Chaque mètre cube versé dans un massif décoratif éphémère est un mètre cube en moins pour un usage durable. « Recyclée » ne veut pas dire « sans conséquence ». (Sur la date de l'« alerte renforcée », le compte est réglé : le maire cite le 26 juin, mais ce jour-là seuls les secteurs Haute-Chaîne et Plateau calcaire jurassien y basculaient — Besançon, comme tout le reste du département, n'y est passée que le 3 juillet. Reste à confirmer le seul débit de rejet de Mallarmé, cohérent cela dit avec les ~20 000 m³/an documentés dans la délibération du Plan Eau.)

Là où ça coince vraiment

1. « Personne ne prévoyait » — sauf que si

C'est la phrase qui fait basculer le dossier. Le maire justifie le calendrier ainsi :

« Quand on a lancé cette opération au mois de mars, personne ne prévoyait qu'il allait y avoir quelques épisodes de canicule. » — Ludovic Fagaut

Le même week-end, le 17 juillet, le préfet du Doubs disait précisément le contraire :

« Cette année n'est pas une exception, elle deviendra la norme. Il suffit de se retourner sur les cinq dernières années. On a eu plusieurs grandes sécheresses, alors qu'autrefois, c'était une toutes les deux ou trois décennies. Il y a une accélération évidente. » — le préfet du Doubs

Et le préfet n'invente rien : il ne fait que répéter ce que le GIEC documente depuis des décennies. Dès son premier rapport d'évaluation, en 1990, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat annonçait un réchauffement global et la multiplication des extrêmes. Rapport après rapport — jusqu'à l'AR6 (2021-2022) —, la conclusion s'est durcie : les vagues de chaleur et les sécheresses deviennent plus fréquentes et plus intenses, et l'Europe de l'Ouest, la France en tête, figure parmi les zones où le signal est le plus net. Dès l'AR5 (2014), le GIEC pointait le pourtour méditerranéen et l'ouest de l'Europe comme zones à risque, projetant des sécheresses plus longues et, à +1,5 °C de réchauffement, jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de morts annuelles liées à la chaleur en Europe — les villes en première ligne. Nous y sommes. « Personne ne prévoyait » n'est donc pas seulement démenti par le préfet la veille : c'est démenti par trente-cinq ans de science climatique publiée, relayée, martelée. Ce n'était pas imprévisible ; c'était annoncé.

Deux hommes, deux jours d'écart, deux planètes. L'un décrète l'état de crise en expliquant que la crise devient structurelle ; l'autre inaugure le lendemain en expliquant que personne ne pouvait savoir. Ce n'est pas une question d'eau. C'est une question de rapport à la réalité.

2. La mise en scène à contretemps

Une inauguration officielle, un maire et son adjoint devant l'objectif, une douzaine de policiers pour tenir d'éventuels contestataires à distance — le tout au lendemain du plus haut niveau d'alerte sécheresse. Même en admettant que l'horloge soit sobre en eau, le symbole envoyé à des habitants sommés de ne plus arroser leur balcon est calamiteux. On ne reproche pas ici une dépense d'eau ; on relève un décalage de tempo entre la parole publique (« restreignez-vous ») et le geste public (« célébrons notre fleurissement »). Deux commentaires de lecteurs, sous l'article de L'Est Républicain, résument le malaise : l'un parle d'une politique qui « nous emmène dans le mur », l'autre d'élus qui « s'affichent avec ridicule ».

3. Le label dont la Ville se targue dit, lui, de lever le pied

Besançon est labellisée « 3 fleurs » au concours des Villes et Villages Fleuris — sur un maximum de 4 fleurs. Elle courait après la quatrième dès 2015 (le jury national était venu le 25 août 2015, guidé à l'époque par Anne Vignot, alors adjointe à l'environnement).

Or ce label a changé d'ère. Sa grille nationale rénovée met désormais la gestion de la ressource en eau au cœur de l'évaluation. Les recommandations aux communes sont explicites : « préserver la ressource en eau », des « systèmes de récupération et de gestion raisonnée de l'eau », le « choix de plantes vivaces économes en eau » — jusqu'à la « suppression progressive des jardinières gourmandes en arrosage ». Autrement dit, le référentiel horticole national ne récompense plus le fleurissement spectaculaire ; il pousse à la sobriété.

Un doute demeure, d'ailleurs : le label prime les vivaces laissées en place ; une horloge florale, elle, est traditionnellement une mosaïque replantée chaque saison — l'exact inverse de la sobriété visée. Massif pérenne ou mosaïque éphémère ? La Ville ne l'a pas précisé — encore une case à confirmer.

La nuance, à décharge : en choisissant des succulentes et de l'eau recyclée, Ludovic Fagaut n'est pas frontalement à contre-courant de la technique promue par le label. Mais l'esprit de la démarche — moins d'ornemental gourmand, plus de gestion résiliente — cadre mal avec une inauguration triomphale d'un massif décoratif érigé en étendard politique. La Ville peut cocher la case technique tout en trahissant l'intention.

4. Le projet « climat » que son propre conseil a voté — dix mois plus tôt

Quand le maire arrose l'horloge à l'eau de Mallarmé et se targue d'« agir avec responsabilité », il s'appuie sur une infrastructure qu'il n'a ni conçue ni décidée. Le système de récupération des eaux de la piscine Mallarmé pour arroser le complexe Léo-Lagrange a été voté le 18 septembre 2025, sous la mandature Anne Vignot (EÉLV). L'intitulé exact de la délibération (n° 008078) commence par deux mots : « Changement climatique ». Coût : 997 207 € TTC (dont 316 000 € de l'Agence de l'Eau et 515 006 € de la Ville), rapporté par Jean-Emmanuel Lafarge.

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Le vote — adopté à l'unanimité : 53 pour, 0 contre, 0 abstention Ludovic Fagaut, alors conseiller d'opposition, était présent ce soir-là (il portait même une procuration). L'acte ne détaille pas les votes nominatifs, mais une unanimité sans une seule voix contre ne laisse aucune zone d'ombre : le futur maire n'a pas voté contre ce dispositif d'adaptation climatique — il l'a laissé passer, sinon soutenu.

Le rapprochement est cruel. Dix mois avant d'inaugurer son horloge en jurant que « personne ne prévoyait » la sécheresse, il siégeait dans le conseil qui adoptait, à l'unanimité, un dispositif explicitement baptisé « changement climatique » — pensé précisément pour sécuriser l'arrosage en période de restriction. On ne peut pas voter la parade en septembre et découvrir le problème en juillet. Le « personne ne prévoyait » n'est donc pas contredit par le seul GIEC ou le seul préfet : il l'est par le conseil municipal de Besançon lui-même. (délibération n° 008078 du 18 septembre 2025 — PDF officiel)

Fact-check

1. « Personne ne prévoyait qu'il allait y avoir quelques épisodes de canicule » (Ludovic Fagaut)

Verdict : Faux (ou, au mieux, déni de tendance) La sécheresse 2026 n'est pas un aléa surgi de nulle part : le département était déjà sous restrictions renforcées avant l'inauguration, et le préfet a explicitement qualifié, le 17 juillet, ces épisodes de norme à venir et non d'exception. Surtout, la multiplication des canicules et des sécheresses est annoncée par le GIEC depuis son premier rapport de 1990, avec une certitude qui n'a cessé de croître jusqu'à l'AR6 (2021-2022) — l'Europe de l'Ouest étant l'une des régions les plus exposées. Dire que « personne ne prévoyait » n'est donc pas défendable. Et il n'a pas à chercher si loin : en septembre 2025, le conseil où il siégeait votait à l'unanimité un dispositif d'adaptation au « changement climatique » (voir § 4).
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Petit rappel, taquin mais sourcé Le 27 mars 2026, lors de l'installation du conseil, le doyen d'âge présentait le nouveau maire comme un élu doté d'une « grande connaissance des dossiers ». Soit. On comprend alors mal comment une telle maîtrise a pu ignorer le dossier que le GIEC tient ouvert depuis 1990 : celui des canicules et des sécheresses appelées à devenir plus fréquentes et plus intenses. Bien connaître ses dossiers, c'est aussi connaître celui-là.

Sources : GIEC — 6ᵉ rapport (AR6) · Reporterre — le GIEC et l'Europe (AR5) · macommune — le Doubs en crise · France 3 — alerte renforcée

2. « L'horloge n'a besoin que de peu d'arrosage, 3 m³ par semaine, en eau de récupération »

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Verdict : Partiellement vrai — le « peu » est trompeur L'origine de l'eau est vraie : cuves de la piscine Mallarmé, pas le réseau potable — le reproche de « gaspillage d'eau potable » est infondé, et à l'échelle de la ville le volume reste modeste (~3 personnes en conso domestique). Mais « peu d'arrosage » ne résiste pas au calcul : 3 m³ sur 40 m², c'est ~75 mm par semaine — quand une pelouse d'agrément se contente de 25 à 30 mm en plein été, et des succulentes de bien moins. L'horloge reçoit deux à trois fois la dose d'une pelouse, pour des plantes vendues comme sobres. « Peu » relève du récit, pas de la mesure.

Sources : L'Est Républicain, 19 juillet 2026 (déclarations du maire) ; conso domestique moyenne 145 L/hab/j — notre-environnement.gouv.fr.

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Note technique — le mode d'arrosage compte autant que la dose La Ville arrose l'horloge par micro-aspersion, pas au goutte-à-goutte. Or c'est le mode le moins économe : l'aspersion mouille le feuillage et la surface du sol, avec de fortes pertes par évaporation — accrues en plein soleil et en épisode caniculaire —, pour une efficience de l'ordre de 70 à 80 %. Le goutte-à-goutte, qui dépose l'eau directement au pied des plantes, atteint 90 à 95 %, soit 20 à 30 % d'eau économisée à effet équivalent. Détail qui pique : l'arrêté « crise sécheresse » interdit purement et simplement d'arroser les massifs fleuris — l'horloge en est un. Si la Ville peut malgré tout l'arroser, c'est qu'elle utilise de l'eau de récupération, hors du champ des restrictions (qui visent les prélèvements dans le réseau et le milieu). Reste le mode choisi : là où l'État recommande partout le goutte-à-goutte, la Ville arrose par aspersion, la méthode la moins économe.

Combien boit l'horloge, comparée à un vrai jardin ? À surface égale (40 m²), en plein été :

Plantation (sur 40 m²)Besoin hebdoVolume / semaine
Succulentes / xérophytes (les plantes de l'horloge)~5-15 mm0,2-0,6 m³
Jardin / massif ordinaire~20-25 mm0,8-1,0 m³
Pelouse d'agrément~25-30 mm1,0-1,2 m³
Potager gourmand (tomates, courgettes…)~30-40 mm1,2-1,6 m³
Horloge florale (chiffre réel annoncé)~75 mm3,0 m³
"
À surface égale, l'horloge florale boit environ deux fois un potager — sauf qu'un potager, lui, nourrit.
— l'arbitrage, en une phrase

Sous toutes les références horticoles (succulentes, jardin, pelouse, potager), l'horloge est arrosée au-dessus de la moyenne. (Ordres de grandeur variables selon climat, sol et exposition ; la canicule bisontine tire vers le haut de ces fourchettes.)

Et ce qu'on aurait pu faire d'utile avec ces mêmes 3 m³ / semaine :

Usage alternatifCe que 3 m³ / semaine permettent
Arroser de jeunes arbres (plantés depuis < 2 ans)~30 à 60 arbres maintenus en vie chaque semaine — de l'ombre et de la fraîcheur pour des décennies
Irriguer un potager d'été~100 à 120 m² — soit 300 à 600 pieds de tomates arrosés chaque semaine, ou les légumes frais d'une à deux personnes sur la saison (~120 kg/an)

Voilà l'arbitrage réel : les mêmes 3 m³ font vivre une quarantaine d'arbres d'avenir, ou nourrissent deux personnes en légumes — ou décorent, le temps d'un été. La ressource n'est pas « gaspillée » au sens de l'eau potable ; elle est mal allouée : du beau et de l'éphémère, quand le climat qui vient réclame de l'utile et du durable. Et c'est exactement ce que dit, à sa manière, le label Villes et Villages Fleuris en mettant l'eau au centre : fleurir pour être beau n'est plus un objectif en soi.

Sources : arrosage jeune arbre — pépinières spécialisées, Cité Verte ; besoins potager — Terre Vivante, Produire Bio.

3. « Un choix assumé en cohérence avec les enjeux climatiques de notre temps » (Ludovic Fagaut)

Verdict : Faux — un habillage « vert » (greenwashing) Il faut lire ce que le maire dit ailleurs dans la même interview : « On embellit notre ville. […] On agit avec responsabilité sur le développement de notre ville, son attractivité, son rayonnement par le fleurissement. » Voilà le but réel, énoncé par lui : l'image, l'attractivité, le tourisme.

Une horloge florale n'est pas une réponse au dérèglement climatique — c'est un objet décoratif et éphémère conçu pour plaire. Rien, dans ce projet, ne relève d'une réflexion climatique : ni ombrage, ni désartificialisation des sols, ni sobriété hydrique (au contraire — ~75 mm/semaine par aspersion). Le référentiel censé faire autorité, le label Villes et Villages Fleuris, demande précisément l'inverse : moins de plantations gourmandes en eau. Et que l'eau soit recyclée n'y change rien : recycler l'eau d'un objet inutile au climat ne rend pas cet objet « climatique ».

Accoler « cohérence avec les enjeux climatiques » à ce geste, c'est exactement ce que l'ADEME appelle le greenwashing : habiller d'arguments écologiques un produit ou une démarche qui ne l'est pas réellement, sans preuve ou de façon trompeuse. Depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, une allégation environnementale n'est licite que si elle est « précise, vérifiable et proportionnée » : celle-ci n'est aucune des trois.

Et là, j'assume mon avis, au « je » Ce n'est pas une maladresse, c'est de la manipulation par l'apparence. On repeint en « responsabilité climatique » un choix d'affichage et d'ego ; on inaugure en fanfare, sous escorte policière, en pleine crise sécheresse ; et on demande aux gens d'y voir de l'écologie. C'est, à mes yeux, prendre les gens pour des naïfs : repeindre en vert un geste qui n'a rien d'écologique. Et c'est précisément ce mécanisme — appeler « climat » ce qui va à l'encontre du climat — qui ruine la confiance et nous fait collectivement perdre le temps qu'on n'a plus.

Sources : Ministère de la Transition écologique — les allégations environnementales & le greenwashing ; définition du greenwashing (ADEME) ; loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et Résilience) ; L'Est Républicain, 19 juillet 2026.

4. « Besançon est 3 fleurs, sur 4 possibles, et le label met désormais la gestion de l'eau au cœur »

Verdict : Vrai Besançon détient bien le niveau 3 fleurs (maximum : 4). La grille nationale rénovée du label intègre explicitement la gestion raisonnée de la ressource en eau et recommande la suppression progressive des jardinières gourmandes en arrosage. (Vérifié : Besançon conserve ses 3 fleurs ; dans le Doubs, seules Montbéliard, Mandeure et Saint-Julien-lès-Montbéliard affichent 4 fleurs — liste officielle.)

Sources : macommune — la 4ᵉ fleur pour Besançon ? (2015) · Villes et Villages Fleuris — missions du label · critères d'évaluation du jury.

Le coût, cette inconnue — le tableau que je veux faire remplir à la mairie

Un dernier point, et pas le moindre : combien a coûté cette horloge ? Au-delà de l'eau, il y a l'argent public. À ce jour, aucun coût global n'a été rendu public : on connaît des heures (413 h d'agents pour le végétal, 160 h pour le mécanisme), un prestataire (Prêtre & Fils), mais pas la facture. J'ai d'ailleurs cherché : aucun marché public n'a été publié pour cette horloge — ni au nom de Prêtre & Fils, ni pour le réseau d'arrosage — que ce soit dans le fichier national des marchés (DECP, plus de 3 millions de lignes) ou dans l'open data du Grand Besançon. La prestation est donc passée sous le seuil de 40 000 € HT, en gré à gré : parfaitement légal, mais invisible dans les bases publiques. Le seul repère budgétaire connu, c'est que le nouveau maire a multiplié par cinq le budget fleurissement de la ville — de 50 000 à 250 000 € par an.

Alors je pose le tableau, avec ses trous, et je demande à la Ville de le remplir pièces et factures à l'appui — c'est de l'argent public, la transparence n'est pas une faveur :

PosteCe qu'on saitCoûtPreuve à fournir
Main-d'œuvre horticole413 h d'agents? (ordre de 15-20 k€ à coût chargé)relevé d'heures + coût horaire chargé
Restauration du mécanisme160 h — Prêtre & Fils (Mamirolle), nouveau mécanisme?facture Prêtre & Fils
Gros œuvre / socle / dalle?devis ou marché de travaux
Plants (8 000, succulentes / méridionales)8 000 plants?facture fournisseur + liste des espèces / variétés, ou coût de production en régie
Réseau d'arrosage (micro-aspersion)installation + raccordement à l'eau recyclée?devis / facture d'installation
Automatisation, minuterie, gestionprogrammateur + entretien saisonnier? / ancontrat de maintenance
TOTAL?récapitulatif certifié

Tant que ces cases restent vides, « pensé avec intelligence » et « responsabilité » ne sont que des mots. Je les remplirai — avec les réponses de la mairie, ou avec leur silence.

Ce que je retiens

Je n'écris pas pour dire qu'une horloge florale est un crime écologique — ce serait malhonnête. Mais je n'écrirai pas non plus qu'« au moins l'eau est recyclée, donc tout va bien » : ce serait gober l'argument qui sert précisément à clore le débat. Ce qui me paraît indéfendable, c'est le récit (le déni) et le choix (consacrer une ressource rare — même recyclée, même limitée à deux mois d'autonomie — à du décoratif éphémère, quand le climat qui vient réclame de l'utile et du durable).

Un élu qui, le lendemain d'un arrêté de crise, explique doctement que « personne ne prévoyait », pendant que le représentant de l'État explique que ce sera désormais la norme, ne fait pas de la politique environnementale : il fait de la communication à contretemps — joli comble pour la capitale du temps, qui sait restaurer un mécanisme d'horlogerie à la perfection mais peine à lire l'heure qu'il est. Et mobiliser une douzaine de policiers pour protéger une inauguration de massif fleuri, dans une ville où l'on demande aux gens de ne plus arroser, c'est transformer un geste d'embellissement en démonstration de force symbolique. Le fleurissement peut être beau, utile, populaire. Encore faut-il ne pas le brandir comme un pied de nez au bon sens collectif.

Et il faut le dire clairement : ça ne va pas s'arranger. On le sait, c'est écrit, c'est prévu. Prendre au sérieux la contrainte climatique, ce n'est pas gérer une mauvaise année en croisant les doigts pour que la suivante soit meilleure — c'est lire le rapport du GIEC et en tirer la seule conclusion qui vaille : ce sera comme ça toutes les années, et de plus en plus. Une politique publique responsable ne planifie pas pour le climat d'hier en espérant des étés cléments ; elle planifie pour le climat qui vient, celui des crises sécheresse à répétition. Inaugurer aujourd'hui un dispositif dépendant de dérogations et d'eau de récupération en plaidant l'imprévu, c'est raisonner à l'envers : traiter comme une exception ce que la science nous dit être la règle. La question n'est plus « comment passe-t-on cet été ? » mais « à quoi ressemble une ville qui vit avec la sécheresse structurelle ? » — et une horloge florale n'y répond pas.

Et qu'on ne me dise pas que « ce n'est que 3 m³ » — je l'entends déjà. À l'échelle de la ville, oui, c'est peu. Mais à l'échelle de ce massif de 40 m², l'usage est démesuré : deux fois un potager, plusieurs fois ce que ces plantes réclament vraiment. Et surtout, c'est la somme de tous ces « ce n'est que » — un massif ici, un éclairage là, une dérogation ailleurs, chacun assumé à rebours de ce que le climat exige — qui, mis bout à bout, rend la planète un peu moins vivable chaque année. Ce n'est pas rien. C'est même exactement le raisonnement — « ce n'est qu'un détail, faisons-nous plaisir » — qui nous a menés où nous sommes. Voilà pourquoi j'en fais un article, et pourquoi j'assume le « je » : c'est mon analyse, mon avis, étayé par des sources auxquelles je fais confiance et par ce que mesurent et rapportent les gens qui, eux, arrosent un arbre ou un potager avec ces mêmes mètres cubes.

La vraie question que je me pose, citoyen : à quel moment décide-t-on qu'un symbole du passé (« l'identité horlogère ») pèse plus lourd que le signal qu'on envoie sur l'avenir ?

Ce que je vais surveiller

  • La facture réelle de l'opération (413 h + 160 h d'agents, restauration du mécanisme) — au-delà de l'eau, l'affectation des moyens publics mérite d'être documentée.
  • La confirmation sur pièce du rejet de la piscine Mallarmé — le maire annonce 250 m³/semaine, le projet documente ~20 000 m³/an.
  • Le statut du label au prochain passage du jury régional, et si la Ville continue de viser la 4ᵉ fleur avec un fleurissement de ce type.

Clin d'œil — et ma propre empreinte

Soyons cohérents jusqu'au bout : écrire ce billet a une empreinte, moi aussi. Je l'ai rédigé avec l'assistance d'une IA (recherche de sources, vérifications, mise en forme), et l'IA consomme énergie et eau — refroidissement des datacenters compris. Le blog l'affiche sans tricher, tout en bas de page : cet article pèse environ 46 mL d'eau (il écope même d'un honnête D — l'IA, ça se paie, et je l'assume).

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Le calcul dans l'autre sens Les 3 m³ que l'horloge boit chaque semaine, c'est 3 millions de millilitres : de quoi écrire environ 65 000 articles comme celui-ci. Trois mètres cubes par semaine, au choix : une horloge décorative éphémère le temps d'un été… ou 65 000 analyses citoyennes, une quarantaine d'arbres d'avenir, les légumes de deux familles. C'est tout le propos — et la transparence, contrairement au fleurissement, ne coûte presque rien.
Note de l'auteur Rédigé le 19 juillet 2026 par un citoyen bisontin. Cet article n'engage que moi. J'ai cherché à être factuel et à donner à chacun de quoi se forger son avis — y compris les arguments de la Ville, que je crois avoir présentés loyalement. Plusieurs chiffres restent à confirmer sur pièce ; je mettrai l'article à jour. Si vous repérez une erreur, contactez-moi : je corrigerai.