Conseil municipal de Besançon du 17 septembre 2026. Une polémique en trois actes : un billet de presse, un démenti du maire, une réponse du journal. Chacun invite l'autre à vérifier. J'ai pris l'invitation au sérieux : j'ai téléchargé la séance, je l'ai transcrite en entier, et je suis allé regarder l'image, seconde par seconde, à l'endroit exact où les versions divergent. Voici ce que j'y ai trouvé — et ce que je n'y ai pas trouvé.
Tout ce qui suit est vérifiable. La séance est en ligne, horodatée, avec sa transcription intégrale et ses formats ouverts téléchargeables : opendata.alusage.fr/conseil-municipal — séance du 17 septembre. Chaque affirmation de cet article porte son timecode. Vous n'êtes pas obligés de me croire : vous êtes invités à contrôler.
Les faits, dans l'ordre
17 septembre, 17 h. La séance s'ouvre par une séquence protocolaire : les 20 ans du jumelage avec Charlottesville. Discours, traductions, et à 00:25:48 la remise de la médaille de la Ville à Juandiego Wade, maire de Charlottesville. La délégation quitte la salle vers 00:27:02. Le maire enchaîne sur l'ordre du jour à 00:27:55. Le conseil durera 8 h 07 et se clôturera à 08:07:09.
Le même soir, 19 h 42. L'Est Républicain met en ligne un billet signé A.G., titré « Micro coupé pour Anne Vignot ». Il raconte l'accolade du maire de Charlottesville à l'ancienne maire au moment de son départ, et cite Anne Vignot : « Il vient de refuser de me donner la parole pour saluer le maire de Charlottesville. »
La même nuit, 07:54:18 de séance — soit treize minutes avant la clôture, pendant l'examen du rapport 52 sur la vidéoprotection — le maire lit le billet en direct et s'en prend à l'élue :
Quinze secondes plus tard, à 07:55:02 :
— « Est-ce que je peux parler ? » — « Non, vous allez m'écouter. Vous allez m'écouter parce que c'est moi aujourd'hui qui dirige cette séance. Vous ne dirigez plus la séance depuis 4 mois. »
19 septembre. Le maire publie un démenti : le journal aurait « monté une histoire de toute pièce », « personne » n'aurait demandé la parole, et — la formule est jolie — « à Besançon, on coupe des rubans pour inaugurer. Pas des micros ». Il conclut en invitant à vérifier : « Le conseil municipal est filmé et la séance est consultable en ligne, par tout le monde, journalistes compris. Trois minutes de visionnage suffisent. »
Le même jour, le journal répond par un second billet, signé Willy Graff, qui relève que « jamais dans l'article évoqué par Ludovic Fagaut n'est écrit ni suggéré le terme "couper la parole" ».
Acte I — Savoir lire
Reprenons calmement, puisque tout le monde s'invite mutuellement à la rigueur.
Le maire écrit : « J'apprends dans l'Est Républicain que j'aurais "coupé le micro" à Mme Vignot. » Il met des guillemets. Ces guillemets sont exacts — mais ils citent le titre. Dans le corps du billet, le mot « micro » n'apparaît pas une seule fois. Ce qu'on y lit, c'est une citation d'Anne Vignot : « Il vient de refuser de me donner la parole ».
Le journal, lui, se défend en écrivant que « couper la parole » ne figure nulle part dans l'article. C'est vrai. C'est même deux fois vrai, puisque « couper le micro » n'y figure pas davantage — sauf dans son propre titre, qu'il oublie de mentionner.
Et en séance, le maire prête à l'élue une phrase qu'elle n'a pas prononcée : « Ce qui est marqué, c'est que je vous ai coupé la parole. » Ce n'est écrit ni dans l'article, ni dans la bouche d'Anne Vignot, qui le lui dit sur le moment — « je n'ai pas dit que vous avez coupé la parole ».
Trois formules, donc, pour un seul incident : couper le micro (le titre du journal), couper la parole (ce que le maire croit lire, et ce dont le journal se défend), refuser de donner la parole (ce qui est effectivement écrit, et ce qu'affirme l'élue). Ce ne sont pas des synonymes. Refuser la parole est une décision de présidence ; couper un micro est un geste technique. On peut faire la première sans jamais toucher au second.
Résumons : chacun répond avec application à une phrase que l'autre n'a pas écrite. Et c'est précisément au milieu de ce malentendu que le maire reproche publiquement à un journaliste, nommé et désigné du doigt depuis son fauteuil de président de séance, d'avoir « mal rédigé ».
Acte II — Ce que montre l'image
Le maire propose de vérifier sur le replay. Excellente idée. Allons-y — mais correctement, parce que le replay ne dit pas ce qu'on croit qu'il dit.
Premier constat, méthodologique : l'audio ne peut rien prouver ici. Dans cette salle, une demande de parole se formule en appuyant sur le bouton d'un pupitre. Un bouton ne fait pas de bruit. Chercher une demande de parole dans la bande-son, c'est chercher une couleur dans une radio. Il fallait donc regarder l'image.
J'ai récupéré la séquence en 1080p et je l'ai décomposée image par image, une par seconde. Voici le résultat.
De 00:26:51 à 00:27:02 — soit pendant les onze dernières secondes de la séquence protocolaire, juste avant que la délégation ne quitte la salle — un micro du conseil porte sa bague lumineuse allumée en vert. Il est net, il est stable, il est visible sur onze images consécutives.
Ce micro est celui d'Anne Vignot. Sa place a été identifiée sur deux angles de caméra différents, son voisin immédiat étant Anthony Poulain.
Et ce n'est pas un détail noyé dans une salle qui scintille : j'ai fait analyser automatiquement l'intégralité de l'image à cet instant, pixel par pixel, à la recherche de toute source verte saturée. Il y en a exactement deux. L'une est un bouchon de bouteille d'eau. L'autre est ce micro. Aucun autre pupitre du conseil n'est allumé.
Que signifie cette couleur ? La séance nous le dit elle-même, par la bouche du maire, à 01:47:27, s'adressant à une autre élue :
« Madame Véziès, alors j'ai un problème parce que je vois que votre micro est vert, mais par contre, ça ne s'affiche pas chez moi. »
Le vert est donc bien, dans cette salle, le signal d'une demande de parole en attente. Le maire le sait : il en commente l'état, en séance, cinq heures plus tôt.
👉 Allez voir vous-même : la vidéo de la Ville, à 00:26:51 — c'est le moment exact où le voyant est allumé. Et pour le contexte complet, la séance entière avec sa transcription horodatée.
Second constat : a-t-elle obtenu la parole ? Non. Entre l'allumage de son micro et la reprise de l'ordre du jour à 00:27:55, Anne Vignot ne prononce pas un mot. La délégation part, le maire remercie, et enchaîne sur le rapport 1. Sa première prise de parole de la soirée interviendra vingt-sept minutes plus tard, dans un tout autre débat.
Le fact-check, affirmation par affirmation
1. « Personne ne l'a demandé. En début de séance, pendant que nous saluions le maire de Charlottesville, aucune demande de parole ne m'a été adressée. » (publication du maire, 19 septembre)
❌ FAUX sur le fait matériel. Une demande de parole a bien été formulée : le micro d'Anne Vignot est allumé en vert de 00:26:51 à 00:27:02, et c'est le seul de la salle dans cet état. Le mécanisme de la demande, c'est précisément l'allumage de ce voyant.
⚠️ Mais attention à ce que cela ne prouve pas — et j'y tiens, parce que c'est la différence entre un fact-check et un réquisitoire : que la demande ait été faite n'établit pas que le maire l'ait vue. Il dit lui-même en séance, à 07:54:37, quelque chose de plus prudent que son message public : « je vous ai même pas vu demander la parole ». Et la séance documente que l'affichage du président peut ne pas refléter l'état des pupitres (01:47:27, cité plus haut). Le fait est établi ; l'intention ne l'est pas.
C'est d'ailleurs tout le problème du démenti : il affirme une absence de demande, là où le maire ne pouvait honnêtement attester que de sa propre absence de perception. Ce n'est pas la même chose, et la nuance était disponible — il l'avait lui-même formulée en séance.
2. « J'apprends dans L'Est Républicain que j'aurais "coupé le micro" à Mme Vignot […] ça n'a jamais eu lieu, et c'est une histoire montée de toute pièce. »
⚠️ PARTIELLEMENT VRAI. Sur la lettre : le corps de l'article n'accuse personne d'avoir coupé un micro — seul le titre emploie la formule, et un titre reste la responsabilité du journal. Sur le fond en revanche, « une histoire montée de toute pièce » ne tient pas : l'élue a bien formulé une demande de parole, elle ne l'a pas obtenue, et elle s'en est plainte au journaliste sur-le-champ. Il y avait matière à un billet.
3. « Ce qui est marqué, c'est que je vous ai coupé la parole. » (en séance, 07:54:46)
❌ FAUX. Ce n'est écrit nulle part dans l'article. Reproche d'autant plus délicat qu'il est adressé, séance tenante et micro ouvert, à un journaliste présent dans la salle et désigné par son nom.
4. « Le plus simple, c'est de vérifier. […] Trois minutes de visionnage suffisent. »
⚠️ À NUANCER — et c'est involontairement le meilleur conseil de toute l'affaire. Le replay est effectivement public, et c'est la bonne méthode. Mais trois minutes n'y suffisent pas : la réalisation alterne sans cesse gros plans et plans larges, la place de chaque élu n'est visible que par intermittence, et il faut descendre à l'image-par-image pour lire l'état d'un voyant. Ceux qui ont fait l'effort d'aller au bout de l'exercice y ont trouvé l'inverse de ce que l'invitation promettait.
5. « Il vient de refuser de me donner la parole pour saluer le maire de Charlottesville. » (Anne Vignot, citée par L'Est Républicain)
✅ VRAI quant aux faits observables. La demande est visible à l'image, la parole n'a pas été donnée, et la délégation est partie sans qu'elle ait pu s'exprimer. Le mot « refuser », lui, suppose une décision consciente — c'est le seul point qui reste ouvert.
Acte III — « Vérifier la moindre virgule »
Il y a, dans cette même séance, un passage qui prend un relief particulier une fois l'affaire connue. À 03:11:45, un élu de la majorité, le député Laurent Croizier, s'adresse à l'opposition :
« Répétez mille fois un mensonge, je n'en ferai jamais une vérité. […] Et je vous le dis en vous regardant droit dans les yeux, j'appelle les bisontins à vérifier à partir de maintenant la moindre virgule des mots et des discours prononcés par la France Insoumise, le Parti communiste et les écologistes. »
Et à 01:37:42, le maire lui-même, à un élu d'opposition :
« Vous dites tout et n'importe quoi sur les réseaux, vous dites tout et n'importe quoi ici au sein de ce conseil municipal, et je vous le laisserai pas dire, ce n'est pas vrai. »
L'appel à la vérification est donc venu de la majorité, ce soir-là, avant de lui revenir. J'ai pris cet appel au mot — simplement, je l'ai appliqué à tout le monde, ce qui est la moindre des choses quand on invoque la vérification comme principe. Vérifier la moindre virgule, c'est aussi vérifier la sienne : par exemple celle qui sépare « je ne vous ai pas vue demander la parole » de « personne ne l'a demandé ».
Acte IV — « Sur le mandat passé, les coupures de micros… »
Le 17 septembre, en réponse aux reproches sur sa conduite des débats, le maire renvoie l'opposition à son propre bilan (01:50:15) :
« Parce que sur le mandat passé, les coupures de micros, les injonctions, les invectives, le mépris, la condescendance, je crois que vous en aviez un certain rayon. »
Cette affirmation-là est entièrement vérifiable, et je ne vois pas pourquoi on s'en priverait : les séances du mandat précédent sont en ligne, transcrites intégralement. J'ai donc passé au crible les 49 séances de la mandature 2020-2026, à la recherche de toutes les formes de retrait de parole — « je vous coupe la parole », « votre micro est coupé », « vous n'avez pas la parole », « je ne vous redonne pas la parole ».
Résultat : 14 retraits de parole prononcés sur l'ensemble du mandat, dont 3 visent Ludovic Fagaut. Les voici, tous les trois, avec leur lien :
| Date | Ce qui est dit | La vidéo, au bon moment |
|---|---|---|
| 29 février 2024, 01:46:19 | « Je suis désolée, mais je vous coupe la parole, monsieur Fagot. C'est l'exercice. » — il venait d'annoncer « j'en ai pour dix secondes » | ▶ voir à 01:46:19 |
| 7 novembre 2024, 02:49:34 | « M. Fagot, au-delà de ce que vous dites, vous n'avez pas la parole. […] Je vous donnerai la parole si vous souhaitez la reprendre. » | ▶ voir à 02:49:34 |
| 20 février 2025, 02:56:23 | « Excusez-moi, mais là, je vous coupe, M. Fagot, votre micro est coupé. […] Et donc, je ne vous redonne pas la parole dans ces conditions. » — motif invoqué : « vous ne pouvez pas vous permettre d'insulter un élu en plein conseil » | ▶ voir à 02:56:23 |
⚠️ PARTIELLEMENT VRAI — et la nuance n'est pas celle qu'on croit. Le fait est incontestable : le 20 février 2025, le micro de Ludovic Fagaut a bien été coupé, l'expression est prononcée telle quelle par la maire, et la parole lui a été refusée dans la foulée. C'est la seule coupure de micro explicitement annoncée que six ans d'archives contiennent.
Sur le nombre, en revanche, il faut se garder d'un raccourci que j'ai failli commettre. Trois occurrences le visant lui, ce n'est pas la mesure de la pratique : le mandat compte au moins huit retraits de parole prononcés contre des élus d'opposition. On y trouve Laurent Croizier — « M. Croizier, je vous coupe la parole, je prends la parole. Je suis la maire » (19 mai 2022) —, M. Bayy — « je ne vous donnerai pas la parole tant que vous n'arrêterez pas » (23 février 2023) —, un député (20 février 2025), et deux élus que la transcription ne nomme pas. Couper la parole à l'opposition n'était donc ni exceptionnel ni réservé à Ludovic Fagaut. Quand il évoque « les coupures de micros » du mandat passé, il décrit une manière de tenir une séance qui a bel et bien existé.
Et si on retourne le compteur ?
Puisque la comparaison est offerte, faisons-la — avec exactement les mêmes critères de recherche des deux côtés, sans quoi elle ne vaudrait rien.
| séances transcrites | retraits de parole | par séance | coupures de micro | |
|---|---|---|---|---|
| Mandature Vignot (2020 → mars 2026) | 48 | 15 | 0,31 | 2 (dont une réelle) |
| Mandature Fagaut (depuis mars 2026) | 5 | 8 | 1,60 | 0 |
Le rythme actuel est cinq fois supérieur à celui qui est reproché. Et le détail est plus parlant encore : en six ans, Anne Vignot n'a jamais dépassé trois retraits de parole au cours d'une même séance. Le 17 septembre 2026, il y en a eu six — le record absolu du corpus, toutes mandatures confondues. Cette seule soirée pèse 40 % du total des quinze retraits prononcés durant tout le mandat précédent.
Dont quatre fois « vous n'avez pas la parole » adressés à Séverine Véziès en l'espace de neuf secondes (01:11:00).
Une précision que l'honnêteté impose, et qui joue cette fois en sens inverse : sur les coupures de micro à proprement parler, le compteur de Ludovic Fagaut est à zéro. Il refuse la parole, il ne coupe pas les micros — et c'est précisément la distinction que défend tout cet article. Deux réserves encore : cinq séances, c'est un petit échantillon, et le 17 septembre fut une soirée exceptionnellement longue et tendue.
Et mon décompte est un plancher, ce que j'ai pu vérifier. Une transcription ne capte que ce qui est dit : un micro coupé en silence, d'une pression sur la console, ne laisse aucune trace. La preuve en est dans la séance du 23 février 2023, où un élu lance à la maire : « Votre manque de respect à mon égard lors du débat des orientations budgétaires en coupant la parole est totalement inacceptable. » Cette coupure-là n'apparaît nulle part dans mes résultats — elle n'a jamais été annoncée à voix haute. Il y en a donc davantage que ce que je peux compter, et c'est vrai des deux côtés de la salle.
Acte V — Le règlement que l'on invoque est le sien
Un détail que j'ai failli laisser passer, et qui compte : quand le maire coupe un élu au motif qu'il « sort du rapport » — « c'est le règlement intérieur qui le dit, je vous le dis » (02:22:08) —, il ne s'appuie pas sur le vieux règlement de 2020. Il s'appuie sur le sien, adopté trois mois plus tôt.
Le 18 juin 2026, le conseil a voté un nouveau règlement intérieur (rapport 7), par 42 voix pour et 13 contre, les 11 amendements déposés par l'opposition ayant tous été rejetés. Ses évolutions, telles que le maire les a présentées en séance :
- article 15 — le temps de parole : deux fois cinq minutes par élu sur chaque rapport, et pour le débat d'orientations budgétaires comme pour le budget primitif, dix minutes puis trois ;
- article 16 — le délai du débat d'orientations budgétaires, ramené à dix semaines ;
- article 18 — création d'une sanction pour troubles à la séance : « en cas d'un comportement particulièrement grave lié à l'exercice de ses fonctions, un conseiller municipal pourra se voir attribuer un blâme suite au vote du conseil municipal » ;
- article 20 — le vote unique sur plusieurs délibérations ayant un objet commun ;
- articles 24 et 32 — la visioconférence en commission, et le droit d'expression dans le magazine municipal au prorata des groupes.
Autrement dit : la majorité s'est dotée en juin d'un cadre qui encadre le temps de parole et crée une sanction votable contre un élu, puis l'invoque en septembre pour interrompre l'opposition. C'est parfaitement légal — un conseil municipal fixe son règlement intérieur, c'est sa prérogative. Mais quand on est l'auteur des règles, on est aussi comptable de la façon dont on les applique. Et ce jour-là, l'article 18 rôdait dans la salle.
Ce qu'il aurait suffi de dire
Reprenons le fil. Une demande de parole a été formulée — le voyant l'atteste. Elle n'a pas été satisfaite. Le maire affirme ne pas l'avoir vue, et c'est parfaitement plausible : il a lui-même constaté, cinq heures plus tard dans la même séance, qu'un micro pouvait être vert sans que cela s'affiche sur son pupitre.
Il y avait donc, pour solde de tout compte, deux phrases possibles :
« Je m'excuse, je n'ai pas vu votre demande. »
ou, si l'on veut être tout à fait exact :
« Je m'excuse, mais suite à un incident informatique, votre demande — manifeste — ne m'est pas parvenue sur le pupitre. »
Deux phrases, dix secondes, et l'affaire était close. Personne n'aurait été humilié : ni l'élue, qui avait bien appuyé ; ni le maire, qui n'avait rien vu ; ni le journaliste, qui avait rapporté ce qu'on lui avait dit. À la place, il y a eu un démenti public, une accusation d'« histoire montée de toute pièce », un journaliste mis en cause nommément depuis le fauteuil de la présidence, et deux jours de bruit.
Et une proposition, pour que ça ne recommence pas
Ce système de conférence sait, à la seconde près, qui a demandé la parole et quand. Cette information existe, elle est produite par un équipement public, pendant une séance publique, au sujet d'élus dans l'exercice de leur mandat.
Pourquoi ne pas la publier avec la vidéo ?
Un simple fichier joint à la description du replay — horodatage, siège, demande formulée, parole accordée ou non. Rien de sensible : la séance est déjà filmée et diffusée intégralement. Le coût est nul, l'équipement le produit déjà.
Le bénéfice, lui, est considérable. Cette querelle de trois jours, qui a mobilisé un maire, un journal, plusieurs élus et — accessoirement — un citoyen qui a téléchargé huit heures de vidéo pour compter des pixels verts, aurait été réglée en deux minutes par un Ctrl+F dans un fichier texte. Et la prochaine le serait aussi.
Et il n'est même pas nécessaire d'attendre une décision de publication pour commencer. N'importe quel élu peut demander que ce relevé soit transmis après chaque séance, ou simplement relu en commission, pour s'assurer qu'aucune demande de parole n'est restée sans réponse. C'est une vérification de routine, du même ordre que l'approbation du procès-verbal au premier point de chaque conseil : on relit, on constate, on passe à la suite. Si tout est en ordre, cela ne prend pas trois minutes et personne n'en reparle. Si une demande a été manquée — parce qu'un pupitre n'a pas remonté l'information, ça arrive —, on le voit tout de suite, on le corrige, et l'élu concerné obtient la parole au point suivant plutôt qu'un communiqué trois jours plus tard.
Rien là-dedans n'accuse personne. C'est même l'inverse : un tel relevé protège autant le président de séance, qui peut établir qu'il n'a rien reçu, que l'élu qui affirme avoir demandé la parole. Les deux versions du 17 septembre, celle du maire et celle de l'ancienne maire, peuvent parfaitement être vraies ensemble — et c'est précisément ce qu'un journal d'événements aurait montré.
C'est d'ailleurs le sens de ce que réclame la majorité elle-même quand elle appelle à « vérifier la moindre virgule » : on ne peut vérifier que ce qui est publié. Rendre vérifiable une information que l'on détient déjà, c'est moins coûteux que de se disputer sur ce que chacun croit avoir vu.
Ce que je ne peux pas établir, et comment on pourrait
Par honnêteté, voici les limites de ce travail :
- L'attribution des propos repose sur le contexte : la transcription est automatique et ne distingue pas les locuteurs. Les citations ci-dessus sont reproduites telles que l'outil les a transcrites ; sur des propos sensibles, écoutez le passage au timecode indiqué.
- L'intention du maire n'est pas démontrable par l'image. Un voyant allumé prouve une demande, pas un refus délibéré.
- Le corps de l'article du 17 est derrière un abonnement payant ; je l'ai lu intégralement pour écrire ces lignes, mais je ne le reproduis pas ici — allez le lire chez son éditeur, c'est son travail et il en vit.
Ce qui trancherait définitivement : ces systèmes de conférence journalisent les demandes de parole, horodatées, poste par poste. Cette trace existe probablement en régie. Elle est communicable : c'est un document administratif. Un conseil municipal qui s'écharpe pendant deux jours sur « qui a appuyé sur quel bouton » gagnerait beaucoup à la publier — et cela clorait le débat en une ligne, ce que ni un billet, ni un démenti, ni même cet article ne feront.
Ce que je retiens
Une séance de huit heures, cinquante-quatre rapports, un budget modifié, l'armement de la police municipale, l'extension de la vidéoprotection. Et une polémique de deux jours sur un voyant vert de onze secondes.
Le plus frappant n'est pas le voyant. C'est que trois acteurs — un maire, un journal, une élue — se soient accusés mutuellement d'inexactitude en s'appuyant chacun sur un texte qu'il n'avait pas lu jusqu'au bout, alors que la réponse était disponible depuis le début, gratuitement, dans une vidéo publique que tout le monde citait sans la regarder.
Vérifier, c'est un travail. Il est faisable. Il prend plus de trois minutes.
Sources
Source primaire - Replay intégral et transcription horodatée de la séance du 17 septembre 2026 — formats ouverts téléchargeables (SRT, VTT, TXT, TSV, JSON) - Les moments clés, directement dans la vidéo : 00:26:51 — le micro vert · 01:47:27 — « je vois que votre micro est vert » · 01:50:15 — « sur le mandat passé, les coupures de micros » · 03:11:45 — « vérifier la moindre virgule » · 07:54:18 — l'échange sur l'article - Vidéo intégrale de la séance, diffusée par la Ville de Besançon - Ordre du jour officiel du 17 septembre 2026 (PDF)
Presse - L'Est Républicain, « Micro coupé pour Anne Vignot », A.G., 17/09/2026 — lien (réservé aux abonnés) - L'Est Républicain, « Conseil municipal : les difficultés de lecture du maire Ludovic Fagaut », Willy Graff, 19/09/2026 — lien
Prises de position publiques - Publication de Ludovic Fagaut, 19/09/2026 - Publication de Séverine Véziès, 19/09/2026, relayant le billet du 19
Cadre juridique - CGCT, art. L2121-17 — tenue des séances du conseil municipal - Délibération du 18 juin 2026 adoptant le nouveau règlement intérieur — celui qui s'applique aujourd'hui - Règlement intérieur précédent, adopté en 2020 — en vigueur jusqu'en juin 2026
Article rédigé le 19 septembre 2026 par un citoyen bisontin, à partir du replay public de la séance. Méthode : téléchargement de l'audio et de la vidéo depuis la diffusion officielle, transcription automatique intégrale (faster-whisper), analyse image par image de la séquence contestée, lecture des deux articles de presse et de la publication du maire. Une erreur ? Écrivez-moi, je corrigerai — avec le timecode, de préférence.