Le 1er octobre 2026, la Ville de Besançon a décalé l'extinction nocturne de l'éclairage public dans neuf secteurs : elle se fait désormais de 1h à 5h, au lieu de 23h à 5h. Dans une vidéo, le maire Ludovic Fagaut l'explique « pour une simple et bonne raison » : « retrouver vraiment de la sécurité dans ces quartiers ». Le texte qui accompagne la vidéo parle d'« un équilibre entre sobriété énergétique, conditions de déplacement et tranquillité des habitants ». Les arrêtés qui fondent la mesure, eux, ne parlent que de pollution lumineuse et d'économies d'énergie. J'ai voulu savoir sur quoi tout cela repose. J'ai cherché les données de fréquentation, d'accidents et de délinquance, les caméras, le profil des habitants, et ce que font les villes comparables. Ce qui suit dit ce que j'ai trouvé, et surtout ce qui n'existe pas.

Tout ce qui suit est vérifiable. Les jeux de données utilisés sont publics (INSEE, IGN, OpenStreetMap, ministère de l'Intérieur, ONISR, Ginko). Les scripts de calcul et les fichiers intermédiaires sont disponibles sur demande. La carte des rues concernées figure plus bas.


Le message

Le 24 septembre 2026, la page Facebook de Ludovic Fagaut publie une vidéo de 1 min 36 s, accompagnée de ce texte :

À partir du 1er octobre, la Ville de Besançon fait évoluer les horaires d'extinction de l'éclairage public dans les secteurs concernés par une coupure en cœur de nuit. Jusqu'à présent, les lumières étaient éteintes de 23h à 5h. Désormais, l'extinction aura lieu de 1h à 5h du matin. L'objectif : mieux accompagner les déplacements en soirée et répondre aux préoccupations exprimées par les habitants, tout en maintenant une période d'extinction au cœur de la nuit pour poursuivre les efforts de sobriété énergétique. Cette mesure concerne 3 132 luminaires, soit environ 18 % du parc d'éclairage public de Besançon. […] Une évolution qui vise donc à trouver un équilibre entre sobriété énergétique, conditions de déplacement et tranquillité des habitants.

Ce que dit la vidéo. Je l'ai téléchargée et transcrite (Whisper, modèle medium ; j'ai corrigé « Bévenson » et « Mélenchon », mal transcrits, en « Besançon » ; la liste des secteurs, mal transcrite, est coupée). Ludovic Fagaut y parle seul, face caméra, au nom de la municipalité :

00:00 — Cette vidéo pour vous présenter une des mesures que nous avions évoquées dans le cadre de notre campagne et que nous allons mettre en place à partir du 1er octobre prochain, à savoir l'éclairage public. 00:09 — Vous savez qu'aujourd'hui la ville de Besançon, dans certains quartiers, donc trois secteurs différents […], ce sont des secteurs qui aujourd'hui sont éteints de 23h jusqu'à 5h du matin. 00:26 — Nous avons pris la décision de retarder l'extinction de l'éclairage non plus à 23h mais à 1h du matin, et donc d'éteindre ces quartiers de 1h à 5h du matin. 00:36 — Pour une simple et bonne raison, c'est pour retrouver vraiment de la sécurité dans ces quartiers, puisque c'est une volonté aussi des habitants d'avoir ce sentiment de sécurité davantage renforcé. 00:46 — Nous allons dans un second temps travailler sur les éclairages, notamment sur les LED, puisqu'il faut savoir que la ville de Besançon, ce sont 17 500 points lumineux existants. Nous allons tous les passer en LED à l'horizon du mandat […], ce qui nous permettra d'économiser à terme 250 000 € sur cet éclairage. 01:32 — […] pour retrouver vraiment de la sécurité et de la vitalité aussi dans nos quartiers.

"
Pour une simple et bonne raison, c'est pour retrouver vraiment de la sécurité dans ces quartiers.
— Ludovic Fagaut, vidéo du 24 septembre 2026, 00:36

Le texte du post parle de déplacements et de sobriété ; la vidéo parle de sécurité, deux fois, et n'évoque ni les déplacements ni la sobriété pour justifier les deux heures rallumées. Le communiqué repris par macommune.info le 21 septembre combine les deux : « mieux accompagner les déplacements des usagers et contribuer à leur sécurité ». J'ai donc vérifié les deux registres, et je les ai confrontés à ce que disent les actes.

Le contexte

L'extinction de 23h à 5h a été décidée par l'équipe d'Anne Vignot dans le plan de sobriété de l'hiver 2022, et déployée en trois étapes : le 30 novembre 2022 (Velotte, Chaudanne, Chapelle des Buis), le 14 décembre 2022 (Prés de Vaux, Bregille), le 16 janvier 2023 (Point du Jour, Barre aux Chevaux, Montboucons, Tilleroyes). Source : page officielle de la Ville, 25 janvier 2023.

Ludovic Fagaut, alors chef de l'opposition (Besançon Maintenant), s'y était opposé dès novembre 2022 : « plonger la ville dans le noir risque de rendre encore plus difficile l'identification des auteurs » (macommune.info, 28/11/2022). Élu maire en mars 2026, il a fait annuler les neuf arrêtés de 2022. Une adjointe le résume ainsi : « C'est une décision de l'ancienne équipe municipale de 2022 qui vient d'être annulée » (ici Besançon, 16/09/2026).

Le sujet est revenu plusieurs fois en conseil municipal, toujours hors délibération. Les passages ci-dessous sont tirés des séances transcrites sur opendata.alusage.fr ; les orateurs sont identifiés par l'annonce de leur prise de parole, la transcription ne les nomme pas.

  • 8 décembre 2022. Ludovic Fagaut, dans l'opposition, critique « cette idée lumineuse » d'éteindre « quelques jours après plusieurs [violences] qu'ont subi les femmes », et propose détecteurs de mouvement et baisse d'intensité (0h18m55s). Kevin Bertagnolli lui répond, statistiques du ministère à l'appui : « n'ayons pas peur du noir » (0h40m32s).
  • 23 février 2023. Le seul vote où l'extinction apparaît, indirectement : une ligne « Travaux en lien avec l'extinction de l'éclairage public dans les quartiers » dans le programme d'investissement, adopté par 44 voix contre 10, sans débat sur ce point (3h11m00s).
  • 6 novembre 2023. Lors de la présentation d'un audit de la chambre régionale des comptes, Fagaut se dit « mitigé » : des Bisontins lui disent que l'extinction « pose des problèmes de sécurité », notamment pour « des jeunes femmes » (0h35m55s). L'adjoint Anthony Poulin cite la chambre : « aucune collectivité n'a fait état à ce jour d'un accroissement du sentiment d'insécurité […] d'une hausse du nombre de dégradations, de cambriolages » (0h56m10s).
  • 4 avril 2024. Auditionné par le conseil, le directeur interdépartemental de la police nationale déclare : « on n'a pas constaté d'augmentation significative de faits de délinquance de voie publique sur les zones qui ne sont plus éclairées » (1h13m32s).
  • 17 septembre 2026. Devenu maire, Fagaut évoque la mesure en fin de séance, hors ordre du jour : « L'éclairage public fait partie aussi des mesures sécuritaires. […] Une femme, quand elle descend d'un bus dans un quartier complètement éteint, vous croyez qu'elle se sent en sécurité ? » (7h14m41s). Anthony Poulin, désormais dans l'opposition, répond que « toutes les études montrent l'inverse » (7h30m55s). Il n'y a pas de vote.

Je précise ce contexte comme tel, pas comme argument : qu'une mesure tienne une promesse d'opposition ne dit rien de sa justesse. Cela explique seulement pourquoi la question des données se pose.

Ce que disent les arrêtés

La décision ne figure dans aucune délibération du conseil municipal. Elle tient en neuf arrêtés du maire, signés le 10 septembre 2026, transmis en préfecture et publiés le 14 septembre au registre des actes de la Ville. C'est la procédure normale : l'éclairage relève des pouvoirs de police du maire (article L2212-2 du code général des collectivités territoriales), et les arrêtés de 2022 n'étaient pas passés en conseil non plus.

Ce qu'ils contiennent. Chaque arrêté abroge celui de 2022-2023 pour le même secteur, puis liste les rues où « l'éclairage public sera éteint de 1h00 à 5h00 », à compter du 1er octobre 2026, de façon permanente. Les listes de rues sont identiques à celles de 2022-2023, à deux chemins près (Prés de Vaux).

Ce qui les motive. Les arrêtés de 2026 reprennent mot pour mot les deux « considérants » de 2022 :

Considérant la nécessité de lutter contre la pollution lumineuse, les émissions de gaz à effet de serre et de réduire la consommation d'énergie, Considérant qu'à certaines heures l'éclairage public ne constitue pas une nécessité absolue,

C'est tout. Ces motifs justifiaient d'éteindre plus longtemps. Ils sont repris tels quels dans un acte qui réduit la durée d'extinction d'un tiers. La lecture la plus favorable est que ces considérants motivent la partie qui reste éteinte, de 1h à 5h : pour ces quatre heures, ils restent vrais. Mais la décision de rallumer de 23h à 1h, elle, n'a aucun motif écrit : ni les déplacements, ni la sécurité, ni les préoccupations des habitants. Ces arguments n'existent que dans la communication. Le mot « sécurité » n'apparaît dans les arrêtés que dans la citation de l'article du code qui fonde les pouvoirs de police du maire.

Secteur Arrêté 2026 Arrêté abrogé
VelotteDIV.26.00.A36DIV.22.00.A498 (30/11/2022)
ChaudanneDIV.26.00.A30DIV.22.00.A497 (30/11/2022)
Chapelle des BuisDIV.26.00.A41DIV.22.00.A499 (30/11/2022)
BregilleDIV.26.00.A37DIV.23.00.A15 (10/03/2023)
Prés de VauxDIV.26.00.A34DIV.22.00.A501 (13/12/2022)
Point du JourDIV.26.00.A33DIV.23.00.A2 (17/01/2023)
TilleroyesDIV.26.00.A35DIV.23.00.A3 (17/01/2023)
MontbouconsDIV.26.00.A32DIV.23.00.A4 (17/01/2023)
La Barre aux ChevauxDIV.26.00.A31DIV.23.00.A5 (17/01/2023)

La liste complète des 178 rues, secteur par secteur, figure en annexe à la fin de l'article. Les arrêtés citent des noms de rues, sans numéros ni tronçons (une seule exception : « pair et impair » pour le chemin des Vallières à Port-Douvot). Juridiquement, chaque rue est donc éteinte sur toute sa longueur, ce qui n'est sans doute pas le cas sur le terrain, l'extinction se commandant armoire par armoire.

Carte des 178 rues éteintes de 1h à 5h à Besançon, avec le nombre d'habitants et le niveau de vie moyen par secteur, et les caméras recensées à proximité

Les rues des arrêtés de 2026 (en vert), les habitants et le niveau de vie moyen le long de chaque secteur, et les caméras recensées à moins de 100 m. Méthode : voir l'encart plus bas.

Ce que dit le maire, ce que disent les actes

Vidéo du maire (24/09) Texte du post (24/09) Arrêtés (10/09)
Motif principal« Pour une simple et bonne raison, c'est pour retrouver vraiment de la sécurité dans ces quartiers »« Mieux accompagner les déplacements en soirée »Aucun motif propre au rallumage
Habitants« C'est une volonté aussi des habitants »« Répondre aux préoccupations exprimées par les habitants »Rien
SobriétéRenvoyée à un passage futur aux LED (« 250 000 € à terme »)« Poursuivre les efforts de sobriété énergétique »« Lutter contre la pollution lumineuse, les émissions de gaz à effet de serre et réduire la consommation d'énergie »
Origine« Une des mesures que nous avions évoquées dans le cadre de notre campagne »—Abrogation des arrêtés de 2022-2023
Programme de campagne (février 2026)——Promettait « un éclairage à détection de présence ou à intensité variable » à la place de l'extinction

Trois supports, trois justifications. Seule la dernière a une valeur juridique, et c'est celle qui plaide pour éteindre davantage. Rien n'interdit à un maire de communiquer sur d'autres motifs que ceux de ses actes. Mais quand la raison « simple et bonne » de la décision ne figure pas dans la décision, elle échappe à tout contrôle : on ne peut ni la contester devant le juge, ni la mesurer.

Ce que j'ai fait

  • Téléchargé et lu les 20 arrêtés municipaux de 2022, 2023 et 2026 publiés au registre des actes de la Ville.
  • Téléchargé et transcrit la vidéo du maire.
  • Recherché le sujet dans les 53 séances du conseil municipal transcrites depuis 2020.
  • Relu les sources officielles de 2022-2023 et de 2026, et la presse locale (France 3, ici Besançon, macommune.info ; L'Est Républicain est payant et n'a pas pu être lu en entier).
  • Retrouvé les 178 rues des arrêtés dans OpenStreetMap et croisé ce périmètre avec les données de l'INSEE (IRIS et carreaux de 200 m).
  • Interrogé OpenStreetMap pour les caméras et les compteurs de passage (requête Overpass du 4 octobre 2026).
  • Calculé les derniers passages de bus Ginko dans chaque secteur, à partir des horaires officiels (GTFS, septembre-novembre 2026).
  • Filtré les bases nationales d'accidents corporels (BAAC 2020-2024) et de délinquance enregistrée (SSMSI 2016-2025) pour Besançon.
  • Recalculé la part des déplacements entre 23h et 1h dans l'Enquête mobilité des personnes 2019.
  • Recensé ce que font les villes de taille comparable ou plus grandes.

D'abord, c'est quoi un « IRIS » ?

Pour décrire qui habite ces quartiers, il faut des chiffres à l'échelle du quartier. L'INSEE ne les publie pas par « quartier » au sens où l'entendent les habitants, mais par IRIS : « Îlots regroupés pour l'information statistique ». Ce sont des morceaux de ville d'environ 2 000 habitants, découpés selon des limites stables (grandes rues, voies ferrées, rivière). C'est la plus petite maille à laquelle l'INSEE diffuse revenus, âges, professions et logements. Besançon en compte 52.

Un IRIS ne coïncide pas avec un secteur d'extinction. Pour un premier regard, j'ai situé chaque secteur sur la carte, puis retenu l'IRIS qui le contient :

Secteur IRIS INSEE
Bregille, Prés de VauxBrégille
Chapelle des BuisChapelle des Buis
ChaudanneGrette (le flanc de colline, 652 habitants ; pas le quartier prioritaire Grette-Butte)
VelotteVelotte
MontbouconsMontboucons
TilleroyesTilleroyes
Point du Jour, La Barre aux ChevauxTorcols

C'est une approximation, et elle va dans un sens connu : les IRIS débordent des rues réellement éteintes.

Pourquoi passer par là ? Parce qu'il n'existe rien de mieux en accès public. La Ville publie bien la liste des rues dans ses arrêtés, mais ni carte, ni fréquentation nocturne, ni les données de délinquance par quartier, ni ce qui a motivé le choix de ces neuf secteurs plutôt que d'autres. Remonter par les IRIS est un pis-aller de citoyen qui fait avec ce qu'il trouve. Ce n'est pas à lui de reconstituer les raisons d'une décision publique : c'est à la Ville de sourcer ses mesures et d'expliquer pourquoi elle les prend, chiffres à l'appui. Ce travail montre surtout ce qu'elle pourrait publier.

Qui habite ces neuf secteurs

Premier regard, par IRIS. Le tableau ci-dessous donne le profil des sept IRIS qui contiennent les secteurs.

Secteur (IRIS) Habitants Niveau de vie médian Rang sur 46 Pauvreté 15-29 ans Cadres Maisons Propriétaires HLM
Velotte2 51525 980 €2ᵉ11 %17 %17 %53 %63 %12 %
Bregille, Prés de Vaux3 09225 190 €4ᵉ15 %22 %16 %33 %51 %15 %
Tilleroyes3 44222 910 €14ᵉ15 %26 %12 %32 %33 %26 %
Point du Jour, Barre aux Chevaux (Torcols)4 96121 960 €23ᵉ16 %20 %11 %32 %43 %29 %
Montboucons2 70521 150 €29ᵉ22 %39 %12 %23 %25 %20 %
Chapelle des Buis307non diffusé*——17 %16 %77 %79 %0 %
Chaudanne (Grette)652non diffusé*——22 %22 %34 %58 %17 %
Besançon119 19823 240 € (2023)—24 % (2023)29 %11 %13 %36 %22 %

Sources : INSEE, Filosofi 2021 (revenus disponibles par IRIS) et recensement 2021 (population, logement). Le revenu n'est pas diffusé sous un certain effectif (secret statistique). Les chiffres communaux de revenu sont de 2023 : on compare les IRIS par leur rang, pas à ce chiffre.

* Chapelle des Buis et Chaudanne : le revenu existe quand même. L'INSEE ne diffuse pas de médiane pour ces deux IRIS, trop peu peuplés (« nd » et « ns » dans le fichier). Il publie en revanche des revenus par carreaux de 200 m (Filosofi 2019) : une grille régulière de carrés de 200 m de côté, posée sur tout le territoire indépendamment des quartiers. En rattachant chaque carreau à l'IRIS qui contient son centre, on obtient un niveau de vie moyen (pas médian) : 29 700 € à Chapelle des Buis, 2ᵉ des 52 IRIS de la ville (8 % de ménages pauvres), et 27 300 € pour Chaudanne, 5ᵉ. Avec la même mesure, Brégille est 3ᵉ (28 400 €), Velotte 9ᵉ (26 000 €), et Besançon dans son ensemble à 22 300 €. Prudence : à Chapelle des Buis, 28 carreaux sur 30 sont des valeurs estimées par l'INSEE, faute de ménages assez nombreux.

À cette échelle, le tableau semble mélangé : des collines aisées (Velotte, Bregille, Chapelle des Buis, Chaudanne), et des IRIS plus jeunes et plus modestes (Montboucons, 39 % de 15-29 ans et 22 % de pauvreté ; Torcols, 29 % de HLM). Mais l'IRIS est trop large. Celui de Montboucons englobe une partie du campus de la Bouloie et ses résidences étudiantes ; celui de Torcols englobe des immeubles HLM qui ne sont pas dans les rues éteintes.

Deuxième regard, rue par rue. Les arrêtés donnent la liste des 178 rues concernées. J'en ai retrouvé 161 dans OpenStreetMap, soit 107 km de voirie, ce qui est cohérent avec les 3 132 luminaires annoncés (un tous les 34 m). J'ai ensuite estimé qui habite le long de ces rues avec les carreaux de 200 m de l'INSEE (voir l'encart Méthode).

🧭
Méthode : estimer avec des données réelles, mais imprécises

Aucune donnée publique ne dit qui habite le long des rues éteintes. J'ai donc assemblé trois sources réelles, dont aucune n'est taillée pour cette question :

  1. Le périmètre vient des arrêtés : 178 noms de rues, sans numéros. J'en ai retrouvé 161 dans OpenStreetMap ; 17 n'ont pas pu être localisées (orthographe différente ou voie non cartographiée). Chaque rue est prise sur toute sa longueur, comme l'écrit l'arrêté, même si l'extinction réelle peut être plus restreinte.
  2. La population et les revenus viennent de l'INSEE, par carreaux de 200 m de côté (Filosofi 2019, le dernier millésime disponible). Ce sont des moyennes, pas des médianes ; quand un carreau compte moins de 11 ménages, l'INSEE publie une valeur estimée. La population est la population fiscale : elle exclut notamment les étudiants en résidence.
  3. Le croisement : autour de chaque rue, j'ai tracé une bande de 50 m de part et d'autre, la profondeur typique des maisons et immeubles qui y donnent. Chaque carreau compte au prorata de sa surface située dans cette bande : un carreau couvert à 30 % apporte 30 % de ses habitants.

Ce que cela vaut. Le résultat est un ordre de grandeur, pas un recensement. Il dépend surtout de la largeur de la bande : à 30 m, on trouve 8 200 habitants ; à 50 m, 12 200 ; à 80 m, 16 300. Le profil, lui, bouge peu : le niveau de vie moyen reste entre 25 600 et 26 100 €, la pauvreté entre 12 et 13 %. Les chiffres de la Ville (liste des luminaires, nombre de foyers desservis) permettraient de faire beaucoup mieux.

Secteur (bande de 50 m) Habitants Niveau de vie moyen Ménages pauvres Propriétaires Maisons Logements sociaux
Chapelle des Buis13028 900 €8 %76 %69 %0
La Barre aux Chevaux42028 900 €7 %81 %78 %0
Chaudanne30028 600 €7 %72 %35 %0
Prés de Vaux39027 000 €11 %67 %52 %≈ 10
Bregille2 77027 000 €13 %50 %28 %≈ 290
Velotte1 44027 000 €10 %63 %47 %≈ 50
Tilleroyes1 86025 000 €13 %44 %37 %≈ 200
Montboucons1 47024 800 €17 %41 %37 %≈ 200
Point du Jour3 43024 600 €12 %55 %42 %≈ 330
Ensemble≈ 12 20025 900 €12 %53 %39 %≈ 1 070
Besançon102 00022 100 €19 %40 %15 %

Source : INSEE, Filosofi 2019 carroyé à 200 m ; rues des arrêtés ; tracés © contributeurs OpenStreetMap. Valeurs arrondies.

Le constat est net sans être caricatural. L'ensemble des secteurs est plus aisé que la moyenne de la ville : niveau de vie supérieur d'environ 17 %, pauvreté d'un tiers plus faible, deux fois et demie plus de maisons. Les écarts sont forts sur les collines (Chapelle des Buis, Barre aux Chevaux, Chaudanne, Prés de Vaux, Velotte, Bregille). Montboucons, Point du Jour et Tilleroyes sont plus proches de la moyenne. Et les rues éteintes ne sont pas toutes pavillonnaires : la rue Boissy d'Anglas, à Bregille, longe à elle seule un ensemble d'environ 290 logements sociaux ; le chemin des Montarmots ou la rue de l'Épitaphe desservent aussi des immeubles collectifs. Au total, environ un millier de logements sociaux bordent les rues concernées.

Qui vit le long des rues éteintes
Profil des habitants à moins de 50 m des 161 rues des arrêtés, comparé à toute la ville.
+17 %
Niveau de vie
25 900 € par personne en moyenne, contre 22 100 € pour Besançon. Pauvreté : 12 % des ménages, contre 19 %.
≈ 12 %
Des Bisontins
Environ 12 200 habitants (8 à 16 % selon la largeur de bande retenue), pour 18 % des luminaires de la ville.
Pas un bloc homogène : les collines sont nettement plus aisées, Montboucons, Point du Jour et Tilleroyes proches de la moyenne, et environ un millier de logements sociaux bordent ces rues.
Source : INSEE, Filosofi 2019 carroyé à 200 m ; rues des arrêtés du 10/09/2026 ; © contributeurs OpenStreetMap. Estimation, voir l'encart Méthode.

Combien de Bisontins sont concernés ? De l'ordre de 12 % de la population, entre 8 et 16 % selon la largeur de bande retenue. La mesure touche 18 % des luminaires de la ville pour environ un habitant sur huit : des quartiers peu denses, où l'éclairage dessert beaucoup de voirie pour peu d'habitants.

Aucun des neuf secteurs n'est un quartier prioritaire de la politique de la ville (vérifié sur les contours QPV 2024 ; le plus proche, Hauts de Saint-Claude, est à 720 m de Point du Jour).

Pourquoi ces quartiers-là ? La Ville l'écrivait en 2023 : ils ont été « choisis en fonction de la structure du réseau d'éclairage public ». C'était un critère technique, pas social ni sécuritaire. Ce point compte pour une hypothèse qui circule : celle d'un rallumage destiné à « faire plaisir » aux habitants de quartiers favorisés. Les secteurs n'ont pas été choisis par l'équipe actuelle : c'est l'équipe Vignot qui les a désignés en 2022, et la nouvelle municipalité a rallumé exactement la même liste. Le constat factuel est ailleurs : en 2022 comme en 2026, ce sont des quartiers aisés et peu denses qui ont porté l'effort de sobriété, et ce sont eux qui récupèrent la lumière. Rien de ce que j'ai trouvé ne permet d'aller plus loin sur les intentions.

Qui y circule entre 23h et 1h

C'est le cœur de la justification (« mieux accompagner les déplacements en soirée »), et c'est là que les données manquent le plus.

Aucun comptage public. Le portail open data du Grand Besançon (130 jeux de données) ne contient aucun comptage de piétons, de vélos ou de voitures. OpenStreetMap recense cinq compteurs de passage sur la commune, dont un compteur piétons et vélos de Grand Besançon Métropole à la Rivotte. Leurs données ne sont pas publiées, et aucun n'est situé dans un secteur éteint.

Le bus ne passe plus. En 2022, l'horaire de 23h avait été calé sur « les derniers passages de transports en commun et le ramassage des ordures ». J'ai recalculé les derniers passages Ginko d'octobre 2026, un mardi et un vendredi :

Secteur Dernier bus Passages après 23h
Point du Jour18h14aucun
Chapelle des Buis18h50aucun
Prés de Vaux19h31aucun
Montboucons20h23aucun
Tilleroyes21h26aucun
Chaudanne21h37aucun
Velotte21h45aucun
Bregille (ligne L5)23h38 en semaine, vers 1h20 du jeudi au samedi5 en semaine, 15 le vendredi

Source : GTFS officiel Ginko sur transport.data.gouv.fr. Ce sont des horaires théoriques, pas une fréquentation. Les arrêts sont repérés par leur nom ; La Barre aux Chevaux n'a pas d'arrêt identifié.

Dans sept secteurs sur neuf, le dernier bus passe avant 22h. Le nouvel horaire de 1h correspond à la fin du service du jeudi au samedi, pas aux soirs de semaine. L'image utilisée par le maire au conseil du 17 septembre, « une femme, quand elle descend d'un bus dans un quartier complètement éteint », ne correspond donc à une situation réelle qu'à Bregille : ailleurs, aucun bus ne circule pendant l'extinction, ni avant ni après la réforme. Et aucun de ces quartiers n'était « complètement éteint » avant 23h.

L'ordre de grandeur national. Dans l'Enquête mobilité des personnes 2019 (SDES), que j'ai recalculée à partir du fichier détaillé, les déplacements qui commencent entre 23h et 1h représentent 1,2 % des déplacements locaux (0,9 % pour la marche). C'est 1 % en semaine et 2,4 % le samedi. Environ 84 % de ces déplacements sont des retours au domicile. L'enquête ménages-déplacements du Grand Besançon (AUDAB, 2018) donne un ordre de grandeur cohérent : moins de 1 % des déplacements après minuit, un jour de semaine.

Les compteurs des hypercentres (Paris pour les vélos, Toulouse pour les piétons) donnent 2,5 à 4,5 % du trafic journalier entre 23h et 1h. C'est un plafond très au-dessus de ce qu'on attend dans des collines résidentielles : sur l'avenue la moins centrale de Toulouse, on tombe à 0,8 %.

Le sentiment d'insécurité, lui, est documenté. L'enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du ministère de l'Intérieur (2023) montre que 29 % des femmes renoncent à sortir seules pour des raisons de sécurité, contre 9 % des hommes. Le Cerema relève que les femmes représentent la moitié des personnes qui marchent la nuit. Ces chiffres ne portent ni sur Besançon ni sur l'éclairage, mais ils disent que le sujet n'est pas imaginaire.

Ce qui les filme

OpenStreetMap recense 364 caméras à Besançon, publiques et privées, saisies par des contributeurs bénévoles. Elles sont concentrées au centre : 48 dans l'IRIS Chamars, 31 dans l'IRIS République, 27 dans l'IRIS « Rue Battant », qui couvre le quartier Battant (dont 5 seulement dans la rue Battant elle-même).

Dans les neuf secteurs, presque rien :

  • aucune caméra à moins de 900 m de Point du Jour, de La Barre aux Chevaux ou de Chapelle des Buis ;
  • une caméra de circulation à 450-500 m de Velotte et de Tilleroyes ;
  • autour de Bregille et de Chaudanne, les caméras les plus proches (500 à 900 m) sont celles du centre-ville : Chamars, Battant, Rivotte.

La Ville annonce selon les sources entre 133 et 213 caméras municipales (les chiffres publiés se contredisent). Les 30 nouvelles caméras annoncées en septembre 2026 vont à Planoise, Fontaine-Écu, Époisses, Malcombe, Arènes : aucune dans ces secteurs. Le seul projet repéré est un giratoire Montboucons-Savary (La Presse du Doubs, 15/07/2025).

Et sur les rues mêmes ? En croisant les 161 rues des arrêtés avec OpenStreetMap, on trouve 14 caméras à moins de 100 m d'une rue éteinte. Les plus nettes sont rue de l'Épitaphe, à Montboucons : quatre ou cinq caméras fixées sur des lampadaires, dont deux marquées « publiques », sans opérateur renseigné. Les autres sont surtout privées (façades chemin de Malpas, rue Denis Papin, chemin des Prés de Vaux). La rue de l'Épitaphe descend vers des zones bâties denses : comme les arrêtés citent des rues entières, il est probable que ses tronçons équipés de caméras restent éclairés.

Il y a une raison au vide général, et la Ville l'écrivait elle-même en 2023 : « la présence des caméras de surveillance nécessite ponctuellement le maintien de l'éclairage ». Là où il y a une caméra, on n'éteint pas. Les secteurs éteints sont donc, presque par construction, des secteurs sans caméra.

Limites : OSM n'est pas la liste officielle de la vidéoprotection. Une partie des caméras vient d'un recensement de 2013 et porte la mention « peut-être plus présente ». Aucun arrêté préfectoral listant les périmètres vidéoprotégés n'a été trouvé en ligne.

La sécurité : ce que disent les chiffres

À Besançon. La seule source officielle est la base communale de la délinquance enregistrée du ministère de l'Intérieur (SSMSI). Elle est annuelle et à l'échelle de la commune entière : rien par quartier, rien par heure. Elle ne peut donc pas isoler un effet dans neuf secteurs où vit environ 12 % de la population. Elle dit seulement ce qui s'est passé dans toute la ville :

Année Cambriolages de logement Pour 1 000 logements Médiane des 41 villes de 100 000 à 200 000 hab.
20223094,235,76
2023 (1ʳᵉ année d'extinction)2583,535,93
20242293,135,40
20252072,835,18

Les cambriolages ont baissé après l'extinction, plus vite que dans les villes comparables. Source : base communale de la délinquance enregistrée, SSMSI. Les violences physiques hors cadre familial sont restées stables (5,1 à 5,9 pour 1 000 habitants), au-dessus de la médiane de la strate, mais cet écart existait déjà en 2016. Cela ne prouve pas que l'extinction a fait baisser quoi que ce soit : cela montre seulement qu'aucune hausse n'apparaît.

En octobre 2024, la Ville elle-même faisait le bilan de deux ans d'extinction : 122 000 € économisés par an, « pas de retours négatifs », pas de hausse de la délinquance relevée à Velotte (ici Besançon, 14/10/2024). Je n'ai trouvé, entre 2023 et 2026, ni fait divers attribué à l'obscurité dans ces neuf secteurs, ni pétition, ni intervention en conseil de quartier. Les archives de L'Est Républicain n'ont pas pu être consultées : ce n'est pas une preuve d'absence.

Les accidents. Sur 2021-2024, Besançon a connu 498 accidents corporels, dont 24 entre 23h et 1h et 24 entre 1h et 5h (BAAC). Dans les neuf secteurs, aux heures d'extinction, on en compte de l'ordre d'un ou deux par an, souvent sur des axes (RN 57, boulevard Fleming) qui ne sont probablement pas éteints. Le code « éclairage non allumé » n'apparaît dans aucun accident bisontin de 2020 à 2024. Le champ éclairage de ces fiches est trop peu fiable pour mesurer quoi que ce soit.

La position de l'État. Interrogé en octobre 2022 par le sénateur de Haute-Saône Olivier Rietmann, le ministère de l'Intérieur répondait que « les études sur l'éclairage public n'ont pas permis d'établir une causalité entre son extinction et une progression de la délinquance » (JO Sénat, 04/05/2023, question n° 03124), tout en reconnaissant que l'éclairage compte dans le sentiment de sécurité. Sur la responsabilité du maire, six réponses ministérielles de 2022-2023 disent la même chose : aucune loi n'oblige une commune à éclairer, et l'extinction est légale si elle concilie sécurité, nuisances lumineuses et énergie. Une note de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques (OPECST, n° 37, janvier 2023), rapportée par la sénatrice du Doubs Annick Jacquemet, indique que les services de sécurité ne constatent pas « de tendance particulière d'évolution de la délinquance » là où l'on éteint, tout en s'inquiétant de leur capacité d'intervention.

À quelle heure ont lieu les faits ? Aucune statistique publique ne ventile la délinquance par tranche horaire comme 23h-1h. Les enquêtes de victimation (Cadre de vie et sécurité, INSEE-ONDRP-SSMSI ; rapport ONDRP 2019) ne distinguent que le jour et la nuit. Selon les victimes, 64 à 69 % des vols avec violence et des violences physiques, 73 % des vols sans violence et 72 à 85 % des menaces et injures ont lieu le jour. Ce qui se passe surtout la nuit, ce sont les atteintes aux véhicules : 73 % des vols de voiture, environ 60 % des vols dans les voitures. Le chiffre souvent cité selon lequel « 80 % des vols et agressions ont lieu le jour » est juste en ordre de grandeur, mais je ne l'ai trouvé dans aucune publication de l'ONDRP.

Les études. La seule étude causale nationale (Beaudet, AgroParisTech, 2025, toutes les communes de plus de 1 500 habitants, extinctions repérées par satellite, 2016-2023) ne trouve aucun effet de l'extinction sur la plupart des délits. Seule exception : les cambriolages, +3,4 % en moyenne (+0,35 pour 1 000 logements), concentrés dans les communes denses ; aucun effet dans les communes peu denses. Besançon est classée « grand centre urbain », mais l'étude raisonne sur des communes entières : elle ne dit rien d'une extinction limitée à des collines périphériques peu denses. Elle ne distingue pas non plus une extinction à 23h d'une extinction à 1h. Ce travail n'est pas encore publié dans une revue à comité de lecture. Une étude antérieure de la même équipe (Beaudet et al., Ecological Economics, 2022) montre que les opposants à l'extinction le sont fortement pour un créneau 23h-6h, et à peine pour 1h-5h : c'est une préférence déclarée, pas un besoin mesuré. Au Royaume-Uni, l'étude de Steinbach et al. (2015) sur 62 collectivités ne trouve pas non plus de lien entre extinction et criminalité (risque relatif 0,96, intervalle 0,86-1,06 pour l'extinction partielle), ni avec les accidents nocturnes. Une enquête qualitative associée (Green et al., Health & Place, 2015) note que, pour la majorité des habitants, la réduction de l'éclairage est passée inaperçue, mais qu'une minorité exprime une forte anxiété.

Les études qui montrent un effet de la lumière sur la délinquance (New York, Chalfin et al. : −36 % des crimes graves de nuit) portent sur l'ajout d'éclairage intense dans des ensembles très exposés. Ce n'est pas la situation de Velotte à minuit.

Combien ça consomme en plus

Le message parle de « poursuivre les efforts de sobriété », sans dire ce que coûtent les deux heures rallumées. La presse a seulement rapporté un chiffre : 40 000 € par an versés en plus à Grand Besançon Métropole, qui gère l'éclairage. Aucun kWh n'a été annoncé, ni en 2022 ni en 2026. On peut l'estimer.

Le calcul. 3 132 luminaires, allumés 2 heures de plus par nuit, cela fait 730 heures par an et par luminaire. Reste la puissance moyenne d'un point lumineux. La Ville indique que 63 % des luminaires de ces secteurs sont déjà en LED (ici Besançon, 16/09/2026). Un luminaire LED résidentiel consomme typiquement 25 à 60 W, un ancien luminaire au sodium 70 à 150 W avec son ballast.

Hypothèse Puissance moyenne Énergie en plus par an Coût à 0,20 €/kWh
Basse (LED 25 W, ancien 70 W)42 W95 MWh19 000 €
Centrale (LED 40 W, ancien 100 W)62 W142 MWh28 000 €
Haute (LED 60 W, ancien 150 W)93 W213 MWh43 000 €

Prix : tarif EDF « Éclairage public » 2026 (environ 12,6 c€/kWh hors taxes) plus accise et TVA, soit 0,17 à 0,22 €/kWh TTC selon mon estimation. Ce n'est pas un tarif officiel : la métropole achète sans doute son électricité sur marché.

Le recoupement avec les chiffres de la Ville. En 2022, la Ville annonçait 122 000 € d'économies par an pour 6 heures d'extinction ; un tiers, c'est 40 700 €, soit exactement les 40 000 € annoncés en 2026 pour les deux heures rallumées. Le chiffre officiel semble donc être une simple règle de trois sur une économie calculée aux prix de la crise de 2022. Aux prix de 2026, l'hypothèse centrale donne plutôt 28 000 €. Pour que 40 000 € soient exacts aujourd'hui, il faudrait environ 200 MWh, donc une puissance moyenne de près de 90 W par luminaire, ce qui est possible si les anciens luminaires sont puissants.

Ordre de grandeur retenu : 100 à 200 MWh par an, environ 140 MWh, pour 20 000 à 40 000 € par an. Avec le facteur d'émission de l'ADEME pour l'éclairage public (58,7 g de CO₂e par kWh, Base Carbone, « Électricité 2023, usage éclairage public »), cela représente environ 8 tonnes de CO₂e par an (6 à 12 t). C'est peu à l'échelle du climat. C'est en revanche un tiers des économies obtenues en 2022, sur une mesure dont les arrêtés invoquent… la réduction de la consommation d'énergie.

Deux facteurs feront baisser ce chiffre : les régulateurs de puissance déjà installés dans les armoires de commande, et la conversion des 37 % de luminaires restants en LED, annoncée sans budget ni calendrier publics. La Ville, qui connaît la puissance réelle de chaque point lumineux, pourrait publier le chiffre exact.

Et les 250 000 € du passage aux LED ?

Dans la vidéo, le maire renvoie la sobriété à plus tard : « 17 500 points lumineux […], nous allons tous les passer en LED à l'horizon du mandat […], ce qui nous permettra d'économiser à terme 250 000 € ». Il ne dit pas combien cela coûtera.

Ce qui est vrai. Besançon compte bien environ 17 500 points lumineux (magazine municipal, août 2024).

Ce qui est trompeur. Il ne s'agit pas de « tous les passer en LED » : la Ville installe des LED depuis 2011 et annonçait déjà en 2022 aller « vers un éclairage public 100 % LED ». Une carte publiée par la métropole classe Besançon entre 70 et 93 % de LED en octobre 2025 (magazine GBM n° 128, p. 10) ; aucun chiffre exact n'est publié. Il resterait donc entre 1 200 et 5 300 points à convertir, pas 17 500. Et c'est la métropole, compétente pour l'éclairage depuis 2019, qui finance : son programme d'éclairage urbain était de 0,8 à 1,3 M€ par an entre 2022 et 2025 (2023, 2024, 2025). Finir la conversion d'ici 2032 prolonge la tendance ; ce n'est pas une rupture.

Les 250 000 € sont plausibles, mais rien ne les étaye. Je n'ai trouvé ni délibération, ni budget, ni calendrier. En ordre de grandeur, convertir un ancien luminaire économise environ 550 kWh par an selon le guide du programme ACTEE, soit une centaine d'euros. 250 000 € correspondent donc à environ 2 500 points restants, ce qui est compatible avec la fourchette ci-dessus. C'est environ un quart de la facture d'éclairage de la Ville.

Ce que coûte une conversion. Les ratios publics vont de 450 à 1 000 € par point pour le seul luminaire, et de 2 000 à 3 000 € si le mât et le réseau sont à refaire. À Besançon même, la rénovation de l'éclairage le long du tram en 2025 a coûté 200 000 € de matériel pour 280 luminaires, soit environ 710 € par point hors pose, pour plus de 50 % d'économie (Ville, mai 2025). Ailleurs :

Ville Points Investissement Économie Retour
Metz16 5004 à 6 M€/an−60 % par pointn.c.
Mulhouse14 00018,3 M€ sur 15 ans (marché global)plus de 70 %8 ans
Grenoble17 040≈ 1 000 €/point12,4 → 5 GWh (−60 %)n.c.
Nantes Métropole64 72030 M€ (464 €/point)−50 %n.c.
Saint-Malo4 1972,65 M€ (632 €/point)−60 %13 ans au plus
Limoges20 300avance remboursable sur 12 ans≈ 830 k€/an12 ans

Pour Besançon, on peut en déduire un investissement de l'ordre de 1 à 2,5 M€ pour les luminaires restants, plus la télégestion nécessaire à la variation d'intensité promise. Le temps de retour serait de l'ordre de 5 à 10 ans. Des aides existent : 125 € par point du syndicat d'énergie du Doubs, plafonnés à 129 500 € par an pour Besançon, plus les certificats d'économies d'énergie et le Fonds vert.

Ce que la promesse ne dit pas. Les deux économies ne s'excluent pas : la chambre régionale des comptes rappelle que la LED divise la consommation par trois, par quatre avec l'abaissement d'intensité, et que l'extinction en retire encore un tiers à la moitié (audit flash, 2023). Une ville en LED qui éteint à 23h consomme moins qu'une ville en LED qui éteint à 1h. Les 250 000 € promis pour plus tard ne compensent pas les deux heures rallumées dès maintenant : ils s'y ajoutent ou non, selon ce qu'on fera de l'extinction.

L'option que le maire défendait lui-même

Rallumer en plein de 23h à 1h n'était pas la seule façon de rassurer ceux qui rentrent tard. 63 % des luminaires de ces secteurs sont déjà en LED (ici Besançon, 16/09/2026), et une LED se règle en intensité, ce que les anciennes lampes faisaient mal. Besançon dispose déjà de « régulateurs de puissance à l'armoire de commande » et pratique « depuis 2017 la détection de présence sur chemins piétons et sur pistes cyclables » (Ville, 25/01/2023).

C'est même ce que promettait son programme de campagne, en toutes lettres (page 6) :

« Remplacer l'extinction totale par un éclairage à détection de présence ou à intensité variable pour sécuriser l'espace public. »

C'est aussi ce que Ludovic Fagaut proposait dans l'opposition : « détecteurs de mouvement […] baisse d'intensité plutôt que le tout punitif » (conseil du 8 décembre 2022), puis des candélabres qui s'allument au passage des piétons et des cyclistes (conseil du 6 novembre 2023). Dans sa vidéo, il promet encore « des variations d'éclairage de nos quartiers en fonction des horaires du soir et de la nuit », mais pour plus tard, avec le plan LED.

Une lumière à 30 ou 50 % entre 23h et 1h, ou qui s'allume au passage, répond au même objectif affiché pour une fraction de la consommation. Sur la même base que mon estimation du rallumage :

Deux heures de lumière, quatre façons de les donner
Consommation estimée par an pour la tranche 23h-1h, sur les 3 132 luminaires (base 100 = rallumage plein).
Rallumage pleinle choix retenu
≈ 140 MWh · 28 000 €
100 %
Intensité à 50 %
≈ 70 MWh · 14 000 €
50 %
Intensité à 30 %
≈ 45 MWh · 8 500 €
30 %
Lumière au passagedétection de présence, veille à 10 %
≈ 15-25 MWh · 3-5 000 €
14 %
Estimation Nicolas Jeudy, prix 0,20 €/kWh. La détection de présence et l'intensité variable sont la promesse du programme de campagne (p. 6).

Ordres de grandeur : la consommation d'une LED baisse à peu près comme son intensité ; la détection suppose que la lumière ne monte qu'au passage des rares piétons de cette tranche (environ 1 % des déplacements). Les anciennes lampes, environ un tiers du parc de ces secteurs, se gradent mal : le gain réel serait moindre tant qu'elles ne sont pas remplacées.

Autrement dit, la lumière au passage aurait coûté cinq à huit fois moins que le rallumage, en apportant la même chose à la personne qui rentre à minuit : une rue éclairée au moment où elle y marche. Ailleurs, c'est la règle plutôt que l'exception : Dijon, Reims ou Caen n'éteignent pas, ils abaissent. La question reste de savoir combien de ces luminaires sont réellement pilotables un par un, ce qui dépend de leur télégestion : elle fait partie de la demande d'accès aux documents adressée à la Ville. En l'état, la municipalité a retenu la solution la plus coûteuse parmi celles qu'elle connaissait, et pas celle qu'elle avait promise.

Ce que font les autres villes

Avec une extinction à 23h, Besançon était l'une des grandes villes françaises qui éteignaient le plus tôt. En passant à 1h, elle rejoint ce qui est devenu la norme :

Ville Horaires Périmètre
Rouen (~115 000 hab.)1h-5h depuis 202111 quartiers, hors hypercentre et quartiers prioritaires
Tours (~137 000)1h-5h en semaine, 2h-5h le week-endune dizaine de quartiers
Poitiers (~90 000)1h toute l'année depuis mai 2026 (avant : minuit)800 points rallumés
Rennes (~225 000)minuit-5h en semainesecteurs résidentiels
Metz (~120 000)minuit-5h depuis 2022 (statut 2026 non vérifié)quartiers périphériques
Annecy (~130 000)2h-5h depuis juin 2026, rien le week-endquartiers denses
Bordeaux, Clermont-Ferrandrallumage complet en avril 2026toute la ville
Dijon, Reims, Caenpas d'extinction, puissance réduite—

Sources détaillées en fin d'article. Populations arrondies.

Le mouvement est général depuis les municipales de mars 2026 : Bordeaux, Clermont-Ferrand, Poitiers, Strasbourg, Annecy ont rallumé ou retardé l'extinction, presque toujours au nom du « sentiment d'insécurité ». Le Cerema compte 160 communes revenues en arrière ; 62 % des communes françaises pratiquent toujours une extinction en cœur de nuit, mais seulement 23 % des villes de plus de 40 000 habitants.

Aucune de ces villes n'a publié de bilan chiffré sérieux, ni après avoir éteint, ni après avoir rallumé. À Tours, la police n'a relevé « aucun changement notable » ; Rouen dit n'avoir constaté aucun effet négatif ; Bordeaux a avancé des baisses de délits sans méthode, avant que son adjoint à la sécurité reconnaisse en 2026 qu'aucune donnée ne relie extinction et délinquance. Les rallumages de 2026 (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Cherbourg) n'ont encore donné lieu à aucune évaluation.

Et l'opinion ? Le seul sondage récent et documenté (Ipsos pour Enedis, septembre 2023, 5 001 personnes) trouve 71 % des Français concernés favorables à l'extinction nocturne, 61 % dans les villes de plus de 10 000 habitants. Les femmes, les personnes âgées et les piétons sont moins favorables, et l'opposition porte surtout sur les extinctions précoces.

Les verdicts

Les verdicts en un coup d'œil
Chaque affirmation du maire, de son post et de sa vidéo, confrontée aux actes et aux données.
✓Vrai3
Extinction 23h-5h, désormais 1h-5h
Arrêtés de 2022-2023 abrogés le 10/09/2026.
3 132 luminaires, 18 % du parc
Chiffre de la Ville, cohérent avec les 107 km de rues.
Les neuf secteurs
Mêmes 178 rues qu'en 2022-2023.
≈Partiel, non étayé ou à vérifier4
« Mieux accompagner les déplacements »
Aucun comptage ; ≈ 1 % des déplacements ; dernier bus avant 22h dans 7 secteurs sur 9.
« Préoccupations des habitants »
Ni consultation ni pétition publiques.
« Contribuer à leur sécurité »
Aucun chiffre ; cambriolages en baisse depuis l'extinction.
« 17 500 points en LED, 250 000 € »
70 à 93 % déjà en LED ; montant plausible, ni budget ni calendrier.
✕Faux ou trompeur3
« Retrouver vraiment de la sécurité »
Aucune perte de sécurité mesurée ; motif absent des arrêtés.
« Une mesure de notre campagne »
Le programme promettait détection de présence ou intensité variable.
« Poursuivre les efforts de sobriété »
Un tiers d'extinction en moins ; ≈ 100 à 200 MWh par an en plus.
Détail et sources de chaque verdict ci-dessous.

« Jusqu'à présent, les lumières étaient éteintes de 23h à 5h. Désormais, l'extinction aura lieu de 1h à 5h. » ✅ VRAI. Plan de sobriété de 2022, confirmé par la Ville en 2023 ; neuf arrêtés de 2022 annulés en 2026.

« Cette mesure concerne 3 132 luminaires, soit environ 18 % du parc. » ✅ VRAI, avec une réserve. Le chiffre est repris par toute la presse, mais il a une seule origine : la Ville. Il est cohérent avec ce qu'on sait du parc. En population, la mesure touche environ 12 % des Bisontins (8 à 16 % selon la méthode).

« Les neuf secteurs concernés sont… » ✅ VRAI. Ce sont exactement les neuf secteurs éteints en 2022-2023, avec les mêmes 178 rues, listées dans les arrêtés.

« L'objectif : mieux accompagner les déplacements en soirée. » ⚠️ PARTIELLEMENT VRAI. Rallumer deux heures facilite forcément les rares déplacements de cette tranche. Mais aucune donnée de fréquentation n'est citée, et aucune n'est publique. À l'échelle nationale, la tranche 23h-1h pèse environ 1 % des déplacements. Dans sept secteurs sur neuf, le dernier bus passe avant 22h : l'argument des « derniers passages » qui fondait l'horaire de 23h ne colle plus qu'à Bregille.

Vidéo, 00:36 : « Pour une simple et bonne raison, c'est pour retrouver vraiment de la sécurité dans ces quartiers. » ❌ NON ÉTAYÉ, ET ABSENT DES ACTES. « Retrouver » la sécurité suppose qu'elle a été perdue. Aucune donnée ne le montre : les cambriolages ont baissé à Besançon depuis l'extinction, le directeur de la police nationale a déclaré au conseil en 2024 n'avoir « pas constaté d'augmentation significative » de la délinquance de voie publique dans les zones éteintes, et l'État juge qu'aucune causalité n'est établie. Surtout, ce motif ne figure pas dans les arrêtés, dont la seule justification écrite est la lutte contre la pollution lumineuse et la consommation d'énergie. Le sentiment d'insécurité, lui, est réel ; mais la vidéo parle de sécurité, pas de sentiment.

Vidéo, 00:00 : « Une des mesures que nous avions évoquées dans le cadre de notre campagne. » ❌ CONTREDIT PAR LE PROGRAMME. Le sujet figurait bien dans la campagne, mais pas cette mesure. Le programme « Ensemble, Besançon avance » (Calaméo, 14 février 2026, page 6) promettait, au chapitre « Prévention » : « Remplacer l'extinction totale par un éclairage à détection de présence ou à intensité variable pour sécuriser l'espace public. » La mesure appliquée est l'inverse de cette solution : un rallumage complet, sans détection ni variation d'intensité. Et l'extinction n'était pas « totale » : elle durait de 23h à 5h, dans 9 secteurs. Les fiches par quartier du même programme (page 24) ne parlent d'éclairage que pour l'accès à l'école maternelle et le terrain de football des Prés-de-Vaux.

Vidéo, 00:46 : « 17 500 points lumineux […] tous en LED à l'horizon du mandat […] économiser à terme 250 000 €. » ⚠️ TROMPEUR SUR LE PÉRIMÈTRE, NON ÉTAYÉ SUR LE MONTANT. Les 17 500 points sont exacts, mais la majorité est déjà en LED (70 à 93 % selon la métropole) : il en reste quelques milliers à convertir, pas 17 500. Les 250 000 € sont plausibles en ordre de grandeur pour ce reste, mais aucun budget, aucune délibération ni aucun calendrier ne les fonde, et le coût d'investissement (de l'ordre de 1 à 2,5 M€, payé par la métropole) n'est pas mentionné. Surtout, ces économies futures ne compensent pas le rallumage : LED et extinction se cumulent.

« Répondre aux préoccupations exprimées par les habitants » (post) ; « une volonté aussi des habitants » (vidéo). 🔍 À VÉRIFIER. Je n'ai trouvé ni consultation, ni pétition. En conseil municipal, Ludovic Fagaut a rapporté en 2023 que des Bisontins lui disaient que l'extinction « pose des problèmes de sécurité ». En 2024, la Ville faisait état de « pas de retours négatifs », tout en rapportant le sentiment d'insécurité de certaines habitantes. Si des préoccupations ont été exprimées (courriers, réunions de quartier, campagne), elles ne sont pas publiques. La Ville peut les publier.

« Contribuer à leur sécurité » (communiqué du 21 septembre). ⚠️ NON ÉTAYÉ. Aucun chiffre de délinquance n'est avancé. Les seules données disponibles montrent une baisse des cambriolages dans la ville depuis l'extinction, et la principale étude nationale ne trouve pas d'effet de l'extinction sur la délinquance, sauf une légère hausse des cambriolages dans les communes denses. Le sentiment d'insécurité, en revanche, est réel et documenté. La mesure y répond peut-être ; elle ne répond pas à une hausse mesurée de l'insécurité.

« Tout en maintenant une période d'extinction au cœur de la nuit pour poursuivre les efforts de sobriété énergétique. » ❌ TROMPEUR. Éteindre à 23h est plus sobre qu'éteindre à 1h : c'est de l'arithmétique. Les arrêtés réduisent d'un tiers la durée d'extinction (de 6 à 4 heures par nuit) sans en donner la raison ; la raison donnée publiquement, la sécurité, n'est ni écrite dans l'acte ni étayée par les données ; et la communication présente comme la poursuite de la sobriété une mesure qui en retire. Il reste une extinction de 1h à 5h, ce qui est vrai ; mais c'est moins de sobriété qu'avant, pas autant. Cela représente de l'ordre de 140 MWh (100 à 200) et 20 000 à 40 000 € par an de plus, selon mon estimation. La Ville annonce 40 000 €, ce qui ressemble à un tiers des économies de 2022 aux prix de la crise ; aucun chiffre en kWh n'a été communiqué. Ce que le message ne dit pas : la tranche 23h-1h est la plus utile à la biodiversité, parce que l'activité des chauves-souris culmine en début de nuit (MNHN, Azam et al., 2015). Or plusieurs secteurs rallumés bordent des espaces protégés : les côtes du Doubs autour de Bregille et de Chaudanne sont classées en ZNIEFF de type I, et concernées par trois arrêtés préfectoraux de protection de biotope, dont deux pour des chauves-souris (grand et petit rhinolophes), selon une délibération du bureau de Grand Besançon Métropole du 11 septembre 2025 (voir aussi la fiche ZNIEFF « Désert et coteaux de Bregille »). Garder 1h-5h conserve la plus grande part des économies, mais pas celle des bénéfices écologiques.

« Un équilibre entre sobriété énergétique, conditions de déplacement et tranquillité des habitants. » C'est un jugement politique, pas un fait vérifiable. On peut seulement constater que les trois plateaux de la balance ne sont pas mesurés de la même façon : la sobriété est chiffrée en euros (40 000 €/an, sans les kWh), les déplacements et la tranquillité ne le sont pas du tout.

Le même instrument, dans l'autre sens

Ce test vaut pour les deux camps. En 2022, l'équipe Vignot affirmait que « les cambriolages ou les agressions se font le plus souvent en centre-ville en plein éclairage », sans chiffre à l'appui. Elle n'a jamais publié de bilan chiffré par quartier ; ses meilleurs arguments sont oraux : une citation de la chambre régionale des comptes en 2023, la déclaration du directeur de la police en 2024. Les arrêtés de 2022 n'étaient pas mieux motivés que ceux de 2026 : ce sont les mêmes considérants. Le choix des secteurs reposait sur la structure du réseau électrique, et l'horaire de 23h sur des passages de bus qui, aujourd'hui, ont lieu avant 22h dans la plupart de ces quartiers.

Ni la décision de 2022 ni celle de 2026 ne s'appuient sur une mesure publiée de la fréquentation ou de la délinquance dans les quartiers concernés. La différence n'est pas entre une décision fondée et une décision infondée. Les deux reposent sur des arguments plausibles, et sur des données qu'aucune des deux équipes n'a rendues publiques.

Ce qui reste ouvert, et ce que la Ville pourrait publier

Ce fact-check bute sur la même limite à chaque étape : les données qui permettraient de trancher existent sans doute, mais elles ne sont pas publiques.

Ce travail n'aurait pas dû revenir à un citoyen. Mesurer qui circule la nuit dans ces rues, ce qui s'y passe et ce que coûte chaque heure d'éclairage relève des services : la direction de l'éclairage de la métropole, la police municipale et son centre de supervision, Ginko. C'est la condition d'une décision éclairée, dans les deux sens du terme. Si cette analyse existe, il suffisait de la publier avec l'annonce. Si elle n'existe pas, la décision a été prise sans elle.

Elle est d'ailleurs demandable. Un document qui a préparé une décision devient communicable à toute personne qui en fait la demande dès que la décision est prise (article L311-2 du code des relations entre le public et l'administration). Les arrêtés étant signés, toute note d'analyse ayant fondé le rallumage peut être demandée à la Ville, avec un recours possible devant la commission d'accès aux documents administratifs en cas de refus. J'ai adressé cette demande à la Ville le 4 octobre 2026. Elle a un mois pour répondre ; je publierai sa réponse, ou son silence, ici même.

Objet : Demande de communication de documents administratifs — arrêtés DIV.26.00.A30 à A37 et A41 du 10 septembre 2026 (horaires d'éclairage public)

Monsieur le Maire,

Par neuf arrêtés du 10 septembre 2026 (DIV.26.00.A30, A31, A32, A33, A34, A35, A36, A37 et A41), publiés le 14 septembre 2026, vous avez modifié les horaires d'éclairage public dans les secteurs de Bregille, Chapelle des Buis, Chaudanne, La Barre aux Chevaux, Montboucons, Point du Jour, Prés-de-Vaux, Tilleroyes et Velotte, l'extinction passant de 23h-5h à 1h-5h à compter du 1er octobre 2026.

Ces arrêtés étant signés, je vous prie de bien vouloir me communiquer, en application des articles L300-1, L311-1 et L311-2 du code des relations entre le public et l'administration, les documents ayant préparé ou fondé cette décision, et notamment :

  1. toute note, étude, analyse ou rapport des services de la Ville ou de Grand Besançon Métropole relatif à cette modification d'horaires ;
  2. les données de fréquentation (piétons, cycles, véhicules, transports en commun) des secteurs concernés entre 23h et 1h, si elles ont été recueillies ;
  3. les données relatives à la sécurité et à la tranquillité publique dans ces secteurs (interventions, signalements, faits constatés) ayant servi à apprécier la mesure, sous une forme agrégée ne permettant d'identifier aucune personne ;
  4. le chiffrage du coût de la mesure, en consommation d'énergie (kWh) et en euros, ainsi que le nombre de luminaires concernés par rue ;
  5. les demandes, courriers ou pétitions d'habitants relatifs à l'extinction de l'éclairage dans ces secteurs, le cas échéant occultés des mentions protégées (nom, adresse, coordonnées) ;
  6. la carte ou la liste des tronçons effectivement éteints, si elle diffère de la liste des rues figurant dans les arrêtés.

Si certains de ces documents n'existent pas, je vous remercie de bien vouloir me l'indiquer. S'ils sont détenus par Grand Besançon Métropole, compétente en matière d'éclairage public, je vous remercie de transmettre ma demande à cette autorité, conformément à l'article L311-2 du même code.

Je souhaite recevoir ces documents sous forme électronique, à l'adresse de réponse de ce message, dans un format ouvert lorsque c'est possible (article L311-9).

Conformément à l'article L112-11 du code des relations entre le public et l'administration, je vous remercie de bien vouloir m'adresser un accusé de réception de la présente demande.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes salutations distinguées.

Nicolas Jeudy

N'importe quel habitant peut faire la même demande : le texte ci-dessus est libre de réutilisation.

  • La délinquance par quartier. Le ministère ne publie rien en dessous de la commune. La police municipale et le centre de supervision urbain disposent pourtant d'interventions géolocalisées et horodatées. Une publication agrégée par secteur et par tranche horaire, avant et après octobre 2026, permettrait enfin de mesurer l'effet de la mesure, dans un sens ou dans l'autre.
  • La carte. Les rues sont listées dans les arrêtés, mais aucune carte n'est publiée, ni le nombre de luminaires par rue.
  • Les comptages. Les données des compteurs de Grand Besançon Métropole (au moins celui de la Rivotte) et la fréquentation Ginko en soirée. Et un comptage simple, qui ne demande d'identifier personne : combien de piétons et de cyclistes passent dans ces rues entre 23h et 1h. La Ville peut le produire avec ses propres caméras (un script qui compte les passages et ne garde que des chiffres) ou avec des compteurs comme celui de la Rivotte. À défaut, des habitants peuvent le faire depuis une fenêtre, avec le même principe : un comptage local, aucune image enregistrée. Ironie du calendrier, c'est désormais possible : la tranche qui compte est éclairée.
  • Les motifs de la décision. Les arrêtés ne motivent pas le rallumage. Si la sécurité est la « simple et bonne raison », sur quels faits repose-t-elle ?
  • Les « préoccupations exprimées ». Leur nombre, leur forme, leur date.
  • La consommation. Les kWh réellement économisés depuis 2022, et ce que coûtera le rallumage une fois le parc passé en LED (63 % des luminaires des secteurs le sont déjà).

Je publierai toute donnée que la Ville voudra bien communiquer, et je corrigerai cet article si elle contredit ce qui précède.


Annexe : les 178 rues éteintes de 1h à 5h

Orthographe des arrêtés (sans accents, en majuscules dans l'original). La Barre aux Chevaux cite deux fois le chemin des Quatrouillots.

Velotte (29) : Rue Fertet, Rue du Passeur, Rue Docteur Colard, Chemin des Journaux, Chemin des Champs Nardin, Chemin de la Vosselle, Rue de Velotte, Rue du Pont, Chemin des Echenoz de Velotte, Rue des Champs de Pierre, Chemin des Deux Lys, Impasse Malherbe, Chemin du Chalot, Chemin des Truleres, Rue Radieuse, Chemin de l'Œillet, Chemin des Vignes sous Rognons, Chemin du Fort de Rosemont, Rue de la Grette, Chemin de Cras Rougeot, Chemin de la Roche d'Or, Chemin d'Avanne à Velotte, Chemin des Vallieres O Port Douvot, Chemin du Champs Melin, Chemin du Fort de Planoise, Chemin de Montoille, Chemin de Gissey, Chemin de Chamuse, Chemin de Chevanney.

Chaudanne (8) : Chemin de Chaudanne, Rue de Chaudanne, Rue du Petit Chaudanne, Rue Pointelin, Montee Jean de Gribaldy, Chemin des Germinettes, Rue de Coligny, Rue Estignard.

Chapelle des Buis (10) : Belvedere de la Chapelle des Buis, Chemin de la Chapelle des Buis, Chemin de la Bro, Chemin de Mialotte, Chemin de la Jourande, Chemin de Clair Combe, Chemin des Trois Chatels, Chemin de Malpas, Chemin de la Petite Creuse, Chemin de la Grande Creuse.

Bregille (29) : Rue Fabre, Chemin du Croto, Chemin de la Fontaine, Chemin du Fort de Bregille, Chemin des Monts de Bregille, Rue du Docteur Heitz, Chemin des Vareilles, Chemin des Verjoulots, Rue Marnotte, Rue Jenny d'Hericourt, Rue des Freres Chaffanjon, Rue Felix Gaiffe, Rue Emile Picard, Rue Boudot, Rue Mathey-Doret, Rue Zephirin Jeannot, Rue du Funiculaire, Rue Capitaine Arrachard, Rue Baron Daclin, Rue Jerome Brochet, Rue de l'Avenir, Sentier de l'Aiguille, Chemin des Aiguillettes, Rue de Bellevue, Rue Amedee Ponceau, Rue du Chanoine Mourot, Chemin des Remontants, Rue Boissy d'Anglas, Rue des Fontenottes.

Prés de Vaux (6) : Chemin de Plainechaux, Chemin des Echenoz Saint-Paul, Chemin du Vallon, Chemin des Ragots, Chemin de Charmarin, Chemin des Pres de Vaux.

Point du Jour (37) : Chemin du Point du Jour, Chemin de la Grange Boree, Allee du Souvenir Français, Chemin des Relancons, Chemin du Preventorium, Chemin de Bonnay, Chemin de l'Oree du Bois, Rue des Dolines, Route de Tallenay, Chemin des Montarmots, Chemin de la Croix, Rue du Souvenir Français, Rue Julien Sorel, Chemin de la Selle, Rue Walter Gropius, Impasse Gustave Eiffel, Rue Violet le Duc, Impasse Auguste Perret, Chemin des Grands Bas, Place du Souvenir Français, Chemin de l'Esperance, Rue Berger, Rue des Jardins de Cythere, Rue des Grands Cypres, Rue de la Retraite Sentimentale, Rue des Feuilles d'Automne, Rue du Bouquet de Soleil, Rue de l'Herbe d'Avril, Rue du Zephir, Rue du Champ de Ble, Chemin des Planches, Chemin de Vieilley, Rue Olivier de Serres, Impasse le Corbusier, Rue Briot, Rue Hector Guimard, Rue Henri Labrouste.

Tilleroyes (27) : Chemin des Ecoles des Tilleroyes, Rue Jean-Luc Largarce, Rue Sarah Bernhardt, Chemin Marguerite Marchand, Chemin de Serre, Rue Simone Signoret, Rue Louise Blazer, Rue Madeleine Bres, Rue Denis Papin, Rue Sœur Marcelle Baverez, Chemin du Chateau de Vregille, Rue Gaspard Gresly, Rue Jeanne-Antide Thouret, Rue Suzanne Valadon, Rue Berthe Morisot, Chemin de la Chaille, Chemin du Sanatorium, Rue Pierre de Fermat, Rue Professeur Barnard, Rue Louis Bachelier, Chemin Joseph de Courvoisier, Rue Joseph Kosma, Rue Abraham Louis Breguet, Chemin des Tremblots, Rue Thomas Edison, Rue Fresnel, Rue Jean Perrin.

Montboucons (19) : Chemin des Graviers Blancs, Rue Urbain Leverrier, Rue du Clos Neptune, Rue Auguste Lucien Verite, Rue Camille Flammarion, Rue du Clos Celeste, Chemin de l'Escale, Rue Mercator, Rue Jean Simon Berthelemy, Chemin des Montboucons, Chemin de la Providence, Rue Erik Satie, Rue General Charles Delestraint, Rue de l'Epitaphe, Rue Georges Monneur, Rue Mathias Ullman, Rue Francois Arago, Chemin du Fort des Montboucons, Chemin de la Naitoure.

La Barre aux Chevaux (13) : Chemin de la Barre aux Chevaux, Chemin des Dessus de Chailluz, Chemin de la Combe Macon, Chemin des Quatrouillots, Chemin des Essarts, Chemin du Bas des Carriers, Rue Lucien Pillot, Chemin de Valentin, Chemin des Champs, Chemin du Clos Paillard, Chemin du Lievre, Chemin de Defruit, Chemin des Quatrouillots.