Ma femme, Christine, a eu un cancer du sein. Elle vient de publier « Quand le symbole a bouffé la chose », et je partage chaque ligne. Cette semaine à Besançon, notre député a posté la vidéo d'un défilé rose, et notre maire a éclairé la ville en rose. J'ai voulu savoir ce que ces deux élus avaient fait, là où ils ont vraiment la main : le prix des médicaments, ce qu'on autorise dans les champs, l'hôpital. Le résultat tient en une phrase : courir en rose ne fait pas de vous un acteur. Voter, si. Tout ce qui suit est sourcé, et je dis aussi ce que je ne sais pas.

Une semaine en rose

Le 2 octobre 2026, le député Laurent Croizier publie une vidéo du défilé « Tapis Rose » au CHU de Besançon. Vingt patientes y défilent dans le hall, habillées par un couturier, coiffées et maquillées par des écoles. Il « salue leur courage », appelle au dépistage et remercie les partenaires, dont deux laboratoires pharmaceutiques, Novartis et Lilly France. La vidéo dépasse les 365 000 vues.

Le même jour, le maire Ludovic Fagaut met en couverture de sa page Facebook la rue piétonne devant l'hôtel de ville, éclairée en rose : « La ville en 🩷 pour Octobre 🩷 ». Le dimanche 4 octobre, il publie sa vidéo des Boucles Roses au fort de Bregille : 2 500 participants, « beaucoup de sourires ».

Le courage de ces femmes est réel, et les bénévoles qui courent pour la Ligue contre le cancer donnent leur dimanche. Je ne leur reproche rien. Ma question s'adresse aux deux élus : où êtes-vous quand il ne s'agit plus de poser, mais de décider ?

Je l'écris depuis l'autre côté du lit d'hôpital. J'ai accompagné Christine pendant trois opérations, une chimiothérapie qui l'a menée jusqu'à une crise d'épilepsie et deux jours en réanimation, puis trente-trois séances de radiothérapie, terminées le 15 janvier 2024. Dans ces couloirs, je n'ai jamais vu de rose. J'ai vu des soignants épuisés, et ma femme devenir, comme elle l'écrit, « le sein qu'on opère, la tumeur qu'on vérifie, la statistique qu'on baisse ».

Le labo du premier mois rose retire le médicament

Octobre rose a une histoire. En 1985, aux États-Unis, l'American Cancer Society et Imperial Chemical Industries (ICI) lancent la première semaine de sensibilisation au cancer du sein. ICI fabriquait déjà un médicament contre le cancer du sein, le tamoxifène, et c'est aussi ICI qui a inventé le Zoladex. Sa branche pharmaceutique deviendra Zeneca, puis AstraZeneca en 1999. Le ruban rose vient d'ailleurs : en 1992, le magazine Self et la marque de cosmétiques Estée Lauder le distribuent. La campagne arrive en France en 1994 avec Estée Lauder et Marie Claire (Les Surligneurs). AstraZeneca dit ne plus avoir de lien avec Octobre rose, et c'est vrai. Le symbole lui a échappé. Ses médicaments, non.

Le Zoladex (goséréline) est un implant d'hormonothérapie d'AstraZeneca, utilisé contre les cancers du sein et de la prostate. À la demande du laboratoire, il ne sera plus remboursé à partir du 15 décembre 2026. Deux arrêtés du 30 juin 2026 l'ont radié de la liste des médicaments remboursables (Vidal). Le médicament n'a rien perdu de son intérêt : le 4 février 2026, la Haute Autorité de santé ne voyait aucune raison de modifier son évaluation (HAS).

Le motif est écrit en toutes lettres par AstraZeneca : « dans un marché français qui ne s'adapte assez pour rester compétitif et attractif, le prix actuel de ZOLADEX ne permet plus d'assurer sa mise à disposition pérenne » (Vidal). Il ne manque ni de malades ni de clientes. Le prix remboursé, 86,03 € l'implant mensuel, ne lui convient plus.

Or le Zoladex n'a rien d'une nouveauté coûteuse à amortir. Son brevet date de 1976, il est autorisé en France depuis le 26 janvier 1987 et vendu depuis novembre 1988 (base publique du médicament). Ailleurs en Europe, des génériques de la goséréline existent : Reseligo, Goserrelina Teva, Zildalis et d'autres (liste de l'Agence européenne du médicament). En France, aucun : la base publique précise que le Zoladex « n'appartient à aucun groupe générique ». Un médicament de presque quarante ans, sans concurrent en France, qui rapporte encore plus d'un milliard de dollars par an et dont les ventes progressent.

Le médicament reste en vente, mais à la charge des malades : plus de 1 000 € par an au prix actuel. Et rien ne garantit que ce prix restera le même. Selon Vidal, l'alternative la plus citée, le Décapeptyl, n'est pas remboursée dans le cancer du sein, et l'Enantone ne l'est qu'au stade métastatique (Vidal). Pour une femme traitée à un stade précoce, il n'y aurait donc pas d'alternative remboursée. Je l'écris avec prudence : c'est ce que disent les fiches Vidal, et je le fais vérifier par des soignants.

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Qui décide du remboursement et du prix d'un médicament ?
  • Le retrait du remboursement. L'article R.163-7 du code de la sécurité sociale prévoit la radiation d'un médicament « à la demande de l'entreprise » qui l'exploite, après un simple avis consultatif de la HAS. Le texte ne prévoit aucun motif de refus. C'est le laboratoire qui décide de sortir du remboursement.
  • Le prix tant qu'il est remboursé. Il est fixé par convention entre le laboratoire et le Comité économique des produits de santé, le CEPS (article L.162-16-4). Ce comité est placé « auprès des ministres ». Siègent avec voix délibérative : un président et deux vice-présidents nommés par les ministres de la Santé, de la Sécurité sociale et de l'Économie, le directeur de la Sécurité sociale, le directeur général de la Santé, deux directeurs de Bercy (la DGCCRF et la Direction générale des entreprises), trois représentants de l'Assurance maladie et un des mutuelles (article D.162-2-1). Il vote à la majorité, et le président départage les égalités (article D.162-2-5). Aucun élu, aucun patient, aucun soignant n'y vote. Les remises consenties par les laboratoires restent secrètes : plus de 9 milliards d'euros en 2024.
  • Le prix après le déremboursement. Une fois radié, le médicament échappe au CEPS, et son prix devient libre. Après les déremboursements de 2011, les prix ont augmenté de 39 % en moyenne (DREES). L'IRDES notait déjà que « certains laboratoires ont volontairement décidé de retirer leurs médicaments du remboursement » (IRDES).
  • Au-dessus de tout ça, la loi. Le CEPS applique les orientations que lui donnent les ministres, dans l'enveloppe votée chaque année par le Parlement dans la loi de financement de la Sécurité sociale. Le seul levier démocratique, ce sont les députés.

Je ne prétends pas qu'AstraZeneca a planifié depuis le début de faire rembourser le Zoladex pour installer son usage, puis de le retirer pour en fixer librement le prix. Je n'en sais rien. Mais la loi le permet, et les précédents montrent que les prix grimpent après un déremboursement.

Ce que je sais, ce sont les comptes d'AstraZeneca, publiés pour ses actionnaires :

AstraZeneca (comptes publiés) Montant
Ventes de Zoladex en 2025 1,15 milliard de dollars (+5 %)
Bénéfice net du groupe en 2025 10,2 milliards de dollars
Dividendes versés en 2025 4,97 milliards de dollars
Dividendes versés de 2019 à 2025 environ 29,5 milliards de dollars
Dividendes versés au 1er semestre 2026 3,3 milliards de dollars
Rémunération de Pascal Soriot, directeur général, en 2025 17,7 millions de livres

Sources : résultats 2025, rapport annuel 20-F 2025, résultats du 1er semestre 2026. Le coût de production du Zoladex n'est pas publié.

Le dividende augmente chaque année. Ce qui « ne permet plus une mise à disposition pérenne », ce n'est pas la santé financière d'AstraZeneca. C'est la marge qu'il attend de l'Assurance maladie, c'est-à-dire de nos cotisations.

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Le symbole reste. La chose s'en va.
— d'après Christine Jeudy, « Quand le symbole a bouffé la chose »

Le député qui avait le levier

Face à un laboratoire qui préfère sa marge, l'État n'a que deux options : payer plus cher, ou perdre le médicament. Il n'a pas de troisième levier. Il ne peut ni obliger un laboratoire à vendre à un prix donné, ni l'empêcher de verser des dividendes. Rien ne protège le malade face à un laboratoire qui préfère sa marge. Changer cela, c'est le travail de la loi, donc des députés. Le Sénat lui-même l'a écrit en 2023, dans le rapport de sa commission d'enquête sur les pénuries : « les menaces d'arrêt de commercialisation, de déremboursement ou de déni d'accès précoce sont des armes de choix entre les mains des exploitants » (Sénat).

En novembre 2025, pendant l'examen du budget de la Sécurité sociale pour 2026, l'Assemblée a eu l'occasion de le faire. J'ai lu les amendements.

  • L'amendement n° 925 proposait que la contribution des laboratoires soit « modulé[e] à la hausse selon le total des dividendes versés par l'entreprise ». Son exposé rappelait que les médicaments « ont été développés à grand renfort d'investissements publics » (texte). Il a été rejeté (scrutin n° 3528) : au MoDem, le groupe de Laurent Croizier, 16 voix contre et aucune pour ; chez les Républicains, le parti de Ludovic Fagaut, 14 contre et aucune pour.
  • L'amendement n° 922 portait la contribution de base des laboratoires de 0,20 % à 0,50 % de leur chiffre d'affaires. Son exposé dénonçait un « véritable chantage aux autorités sanitaires, sommées d'arbitrer entre la vie des patients et la soutenabilité de leurs finances » (texte). C'est exactement l'affaire du Zoladex. Rejeté par 136 voix contre 49 (scrutin n° 3525). Tous les députés MoDem présents ont voté contre (14 voix), comme tous les LR présents (11 voix) : aucun n'a voté pour. Les autres membres de ces groupes, dont Laurent Croizier, n'étaient pas là.
  • L'amendement n° 378 obligeait à publier, laboratoire par laboratoire, les remises et les prix réellement payés, parce que « l'argent de la solidarité nationale finance directement les revenus, les profits et les dividendes des entreprises du médicament » (texte). Il a été adopté (scrutin n° 3534), alors que le MoDem et LR votaient contre, à 14 voix chacun. Parmi ses signataires : Dominique Voynet, l'autre députée de Besançon (2e circonscription du Doubs). Puis le Sénat l'a supprimé le 19 novembre 2025, par un amendement de sénateurs LR, avec l'avis favorable du gouvernement (amendement n° 316). Sa réintroduction a été rejetée à l'Assemblée le 3 décembre. La transparence des prix des médicaments n'est pas dans la loi.

Laurent Croizier n'a pris part à aucun de ces trois votes. Ce n'est pas un vote contre, c'est une absence, et je l'écris comme telle. Il a ensuite voté pour l'ensemble du budget de la Sécurité sociale 2026 (scrutin n° 4758). Au 5 octobre 2026, aucune question écrite à l'Assemblée ne mentionne le Zoladex, ni de sa part, ni de celle d'aucun autre député.

Sur la fiscalité des profits, en revanche, il a voté. Contre une contribution sur les superprofits en 2022 (scrutin n° 555) et en 2025 (scrutin n° 3279), contre une taxe de 4 % sur les dividendes (scrutin n° 3176). Pour être juste : en 2022, il a voté pour un amendement de son collègue Jean-Paul Mattei sur les « superdividendes » (scrutin n° 269), quand LR votait contre.

❓
Mes questions à Laurent Croizier
  • Allez-vous déposer une question écrite au gouvernement sur le déremboursement du Zoladex et sur les femmes qui n'auront pas d'alternative remboursée ?
  • Demanderez-vous au CEPS quel prix AstraZeneca a réclamé pour continuer à commercialiser le Zoladex en France ?
  • Au prochain budget de la Sécurité sociale, voterez-vous pour que la contribution des laboratoires tienne compte des dividendes qu'ils versent ?
  • Soutiendrez-vous la publication, entreprise par entreprise, des prix réellement payés pour nos médicaments ?
Je publierai ici toute réponse que vous m'adresserez.

Ce qu'on autorise dans les champs

Le 8 juillet 2025, l'Assemblée adopte la loi Duplomb, qui réintroduit par dérogation l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes interdit en France depuis 2018 (scrutin n° 2957). Laurent Croizier vote pour. Son groupe se divise : 26 pour, 9 contre. Les Républicains votent pour à 47 voix sur 48, et à l'unanimité au Sénat. Deux mois plus tôt, la Ville de Besançon l'avait interpellé par lettre ouverte. Une pétition réunit plus de deux millions de signatures. L'Ordre national des médecins prend position : « Sur le plan médical, le doute n'est pas raisonnable » (franceinfo). Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel censure la réintroduction, au nom du droit de vivre dans un environnement « équilibré et respectueux de la santé » (décision n° 2025-891 DC).

L'histoire ne s'arrête pas là. Le 20 juillet 2026, l'acétamipride revient par la loi d'urgence agricole, en dérogation pour la noisette, avec un autre insecticide, le flupyradifurone (scrutin n° 8427). Laurent Croizier vote pour à nouveau. Le MoDem se divise encore (19 pour, 11 contre, 6 abstentions), LR vote pour à 48 voix sur 48. Cette fois, le Conseil constitutionnel valide les dérogations, en confiant la décision à l'Anses (décision n° 2026-914 DC du 14 août 2026). Laurent Croizier s'en explique sur son site : la loi « transfère, du champ politique au champ scientifique, la décision ».

Que dit la science sur l'acétamipride et le cancer du sein ? Je veux être précis, parce que c'est ce que je reproche aux autres de ne pas être.

  • En 2022, une équipe publie dans Environment International que l'acétamipride active un récepteur aux œstrogènes dans des cellules de cancer du sein et favorise, chez la souris, la croissance des tumeurs mammaires et leurs métastases, à des doses que les auteurs jugent proches de l'exposition humaine (Li et al., 2022).
  • Des chercheurs québécois de l'INRS ont montré que plusieurs néonicotinoïdes augmentent l'aromatase, l'enzyme qui fabrique les œstrogènes, dans des cellules de cancer du sein (EHP).
  • En 2024, l'Autorité européenne de sécurité des aliments a divisé par cinq la dose journalière admissible d'acétamipride, faute de pouvoir écarter une toxicité pour le cerveau en développement (EFSA, 2024). En 2025, elle a exigé des études sur ses effets de perturbateur endocrinien (EFSA, 2025). Elles ne sont pas encore rendues.
⚖️
Ce que ces études disent, et ce qu'elles ne disent pas Ce ne sont pas des preuves que l'acétamipride donne le cancer du sein aux femmes. Ce sont des travaux sur des cellules et des souris, et aucune étude chez l'humain ne l'établit. L'expertise collective de l'Inserm (2021) établit un lien fort entre pesticides et certains cancers des agriculteurs, mais pas avec le cancer du sein, et elle ne dit rien des néonicotinoïdes (Inserm). Mais c'est un signal sérieux, sur une molécule dont les études de sécurité ne sont pas finies. C'est précisément le cas pour lequel on a écrit le principe de précaution.

Laisser décider la science, c'est bien. Réautoriser une molécule avant que la science ait rendu ses conclusions, ce n'est pas la laisser décider.

Le rose, ses propriétaires et ses angles morts

Le ruban rose a une propriétaire en France : l'association Ruban Rose, fondée en 2003 par Estée Lauder et Marie Claire. Son président, Franck Besnard, est le président d'Estée Lauder France. Sa responsable de la communication est vice-présidente communication du groupe Estée Lauder (gouvernance). En 2024, sur 3,83 M€ de dons, 3,54 M€ venaient d'entreprises. S'y ajoutent 1,54 M€ de publicité offerte par les médias, qui n'apparaissent pas dans les comptes (comptes 2024 au Journal officiel).

Ruban Rose finance réellement la recherche : 3,29 M€ en 2024. Je ne lui reproche pas de détourner de l'argent. Je constate qu'un cosméticien tient le symbole. Les autres marques, elles, en font surtout un argument de vente : la plupart ne publient aucun chiffre de ce qu'elles reversent, selon UFC-Que Choisir.

Le rose sert à promouvoir le dépistage. Celui-ci est payé par l'Assurance maladie, à hauteur d'environ 150 M€ par an selon la Cour des comptes. C'est 29 fois moins que les dividendes versés par AstraZeneca en 2025 (environ 4,4 milliards d'euros) : le laboratoire verse en 12 jours et demi à ses actionnaires ce que coûte en un an le dépistage organisé du cancer du sein pour toutes les femmes de France. Après trente ans de campagnes roses, seules 44 % des femmes concernées l'ont fait en 2024, contre 52 % en 2011 (Santé publique France). Les soins du cancer du sein coûtent, eux, 4,7 milliards d'euros par an à l'Assurance maladie, dont plus de 2 milliards de médicaments, une dépense qui a augmenté de 120 % depuis 2015. Les dividendes versés en une seule année par AstraZeneca (environ 4,4 milliards d'euros) représentent 93 % de ce que l'Assurance maladie dépense pour soigner toutes les femmes atteintes d'un cancer du sein en France (4,7 milliards). Les deux chiffres ne portent pas sur la même année (2025 pour l'un, 2023 pour l'autre), mais l'ordre de grandeur est là.

Les mêmes montants, à la même échelle

Budget de l'association Ruban Rose (dons reçus en 2024)3,8 M€
Dépistage organisé du cancer du sein, toute la France (par an)150 M€
Ventes mondiales du Zoladex (2025)≈ 1 Md€
Dividendes versés par AstraZeneca (2025)≈ 4,4 Md€
Soins du cancer du sein payés par l'Assurance maladie (2023)4,7 Md€
Chiffre d'affaires d'AstraZeneca (2025)≈ 51,7 Md€

En vert, l'argent du soin, du dépistage et de l'association ; en or, l'argent d'AstraZeneca. Le budget de Ruban Rose et celui du dépistage sont si petits qu'ils n'apparaissent que comme un trait. Sources : Ruban Rose (comptes 2024), Cour des comptes (2026), AstraZeneca (résultats et rapport annuel 2025, convertis à 1 $ = 0,88 €).

Le rose ne parle jamais de ce qui donne le cancer. Et sur ces sujets, les votes existent.

Facteur de risque Ce qui a été décidé Laurent Croizier MoDem LR
Alcool, à l'origine de 15 % des cancers du sein (Cour des comptes) L'État ne soutient pas le Dry January depuis 2019 (franceinfo) pas de vote — —
Glyphosate La France s'est abstenue lors de sa réautorisation européenne en 2023 pas de vote au Parlement — —
PFAS Les ustensiles de cuisine ont été exemptés de l'interdiction, par 128 voix contre 113 (scrutin n° 3626) absent 12 pour sur 14 présents 8 pour sur 8
Nitrites dans la charcuterie L'interdiction ou la réduction ont été rejetées (scrutins n° 1377 et n° 1380) absent contre contre
Travail de nuit, classé « probablement cancérogène » Aucun tableau de maladie professionnelle en France (cela relève d'un décret) pas de vote — —
Hôpital : 45 500 lits fermés entre 2013 et 2024 La proposition de loi sur les ratios soignants-patients (scrutin n° 600) abstention 1 pour, 6 abstentions 2 présents sur 47

Ici aussi, l'absence n'est pas un vote, et je ne l'écris pas comme tel. Mais quand l'exemption des poêles aux PFAS passe avec 15 voix d'écart, les 12 voix MoDem et les 8 voix LR comptent.

Qui s'enrichit sur la maladie

Faisons une comparaison simple. Ce que Ruban Rose verse à la recherche en un an, AstraZeneca le verse à ses actionnaires en six heures et demie environ (3,29 M€ en 2024, contre 4,97 milliards de dollars de dividendes en 2025, soit environ 567 000 dollars par heure). La rémunération de son seul directeur général en 2025 représente plus de cinq ans de prix Ruban Rose.

Si l'on comptait 1 euro par seconde : 1 000 € font 17 minutes, 1 million 11 jours et demi, 1 milliard 31 ans et 8 mois. Les dividendes d'AstraZeneca en 2025 feraient 139 ans, ce que Ruban Rose a versé à la recherche en 2024, 38 jours.
Pour se représenter ces montants : 1 euro par seconde. Conversion : 1 $ = 0,88 €.

AstraZeneca n'est pas une exception :

  • Pendant la pandémie, de 2020 à 2022, les vingt plus grands laboratoires ont versé 377,6 milliards de dollars à leurs actionnaires et dirigeants, soit 83 % de leurs profits (SOMO / People's Vaccine Alliance).
  • De 1999 à 2017, les grands laboratoires ont reversé à leurs actionnaires 925 des 1 019 milliards d'euros de bénéfices réalisés, soit 90,8 % (Pharma Papers, Basta!).
  • Sanofi touche environ 100 M€ de crédit d'impôt recherche par an, et verse environ 4 milliards d'euros de dividendes par an, selon ses propres dirigeants devant le Sénat (Public Sénat).

L'argent public est souvent à l'origine des médicaments que ces laboratoires vendent. La recherche qui a mené au vaccin Oxford-AstraZeneca a été financée à 97-99 % par des fonds publics ou caritatifs (BMJ Global Health). Aux États-Unis, les financements publics de la recherche (NIH) ont contribué à chacun des 210 médicaments approuvés entre 2010 et 2016 (Cleary et al., PNAS 2018). En France, le crédit d'impôt recherche coûte près de 8 milliards d'euros par an, mais le montant touché par chaque entreprise est couvert par le secret fiscal. On ne sait donc pas ce qu'AstraZeneca en reçoit.

Certains s'enrichissent sur la maladie des gens. Ce n'est pas un slogan, ce sont leurs comptes.

Ce que serait un vrai acte politique

Le circuit est connu. La recherche publique, financée par nos impôts, découvre. Ses résultats sont brevetés et cédés sous licence à des laboratoires privés. Ceux-ci fixent le prix, négocient en secret, et retirent le médicament quand la marge ne leur convient plus. Le malade paie deux fois : par l'impôt qui a financé la recherche, puis au comptoir.

D'autres voies existent, et elles ne sont pas utopiques :

  • Une recherche publique qui reste publique. À Barcelone, l'hôpital Clínic produit lui-même une thérapie CAR-T contre certains cancers du sang, pour 89 270 €, contre environ 300 000 € pour les versions industrielles (OCU).
  • Une licence d'office, qui permet à l'État de faire produire un médicament breveté. Elle existe dans la loi française depuis 1959, et n'a jamais été utilisée (Légifrance).
  • La transparence des prix réellement payés, que le MoDem et LR ont refusée à l'Assemblée, et que les sénateurs LR et le gouvernement ont fait retirer de la loi.
  • Des aides conditionnées : pas de crédit d'impôt recherche pour une entreprise qui supprime ses chercheurs et augmente ses dividendes. Les amendements en ce sens ont été rejetés, et Laurent Croizier était absent.
  • Encadrer les dividendes des entreprises qui vivent de l'Assurance maladie, ou faire produire les médicaments essentiels par des structures non lucratives : un pôle public du médicament, ou des acteurs de l'économie sociale et solidaire.

Le gouvernement, lui, n'a conditionné ni le crédit d'impôt recherche ni les 211 milliards d'euros d'aides publiques annuelles aux entreprises (Sénat). Il laisse un laboratoire retirer un médicament contre le cancer en plein mois d'octobre.

Voilà le vrai travail d'un député : pas défiler, voter. Pas remercier les labos sous une vidéo, leur demander des comptes.

Ce qu'on aurait aimé entendre

Le 30 septembre, Laurent Croizier publiait un extrait du conseil communautaire où il lançait : « On s'en fout de votre politique nationale ». J'ai vérifié cette vidéo. Voici, sur le même ton et dans le même décor, le discours que j'aurais aimé entendre d'un député.


🎭
C'est une parodie, générée par IA L'orateur a été remplacé par PAO, un panda steampunk qui est un personnage fictif. Il ne représente aucun élu. Les lèvres sont recalées sur ma propre voix, convertie en voix de PAO. Aucun visage ni aucune voix d'élu n'a été imité, et la mention « parodie » est incrustée dans l'image du début à la fin.

Dans les coulisses : PAO, mon assistant

PAO, ce n'est pas seulement le panda de la vidéo. C'est l'assistant que je me suis construit pour mes recherches et mes vérifications, et cet article est le fruit de notre travail à deux.

Concrètement, pour « Rose de rage », PAO a :

  • cherché en parallèle sur six fronts : le déremboursement du Zoladex, les comptes des laboratoires, la loi Duplomb, Octobre rose, les votes, les points restés ouverts ;
  • lu les sources primaires plutôt que des résumés : les comptes de Ruban Rose publiés au Journal officiel, les rapports annuels d'AstraZeneca déposés à la SEC, le code de la sécurité sociale, les textes des amendements ;
  • lu les votes un par un dans les données ouvertes de l'Assemblée nationale, député par député, au lieu de se fier aux positions de groupe affichées, qui sont parfois fausses ;
  • transcrit la vidéo du député et ma propre voix pour caler la parodie à la seconde près ;
  • produit l'infographie, le graphique et la vidéo.

Ce que PAO ne fait pas : décider à ma place. Chaque affirmation de cet article renvoie à sa source, et quand une information n'était pas vérifiable, PAO me l'a signalé, comme vous le voyez dans le tableau final. Il m'a aussi corrigé plusieurs fois : non, AstraZeneca n'a pas « inventé le ruban rose » ; non, le maire ne commande pas la police nationale ; non, un député absent n'a pas « voté contre ». Ce que vous lisez, je l'ai relu, et j'en assume chaque ligne.

PAO tourne sur Claude, le modèle d'IA d'Anthropic. Ce travail a un coût, et je le publie. Le volume vient des journaux réels de la session et de ses six agents de recherche : 2,8 millions de tokens lus pour la première fois, environ 509 000 tokens écrits et 266 recherches web. Pour les agents, les journaux ne gardent que le début de chaque réponse : j'ai reconstitué leur part (environ 252 000 tokens) à partir de ce qu'ils ont réellement produit, avec le rapport caractères/tokens mesuré sur la session principale.

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L'empreinte de cet article Pour les 509 000 tokens écrits par l'IA, EcoLogits estime entre 1,6 et 3,1 kWh d'électricité, entre 0,66 et 1,23 kg de CO2 équivalent et entre 5 et 12 litres d'eau de refroidissement. Ce sont des fourchettes, pas des mesures. Le calcul suppose le mix électrique américain, où tourne le modèle, et prend comme modèle de référence Claude Opus 4.8, faute de données publiées pour la version utilisée. Il ne couvre pas la relecture du contexte ni la fabrication du matériel. La vidéo a été générée par d'autres services (kie.ai et ElevenLabs), qui ne publient pas leur empreinte. Ce qui a tourné sur mon ordinateur, en revanche, je l'ai mesuré avec CodeCarbon : 1,15 Wh pour une transcription, 0,24 Wh et 0,45 Wh pour les deux montages, soit moins d'un dixième de gramme de CO2 avec le mix électrique français. C'est négligeable à côté de l'IA. Méthode et sources ci-dessous.

Conclusion : belle parce qu'elle est en vie

J'ai écrit cet article avec des chiffres, des votes et des sources, parce que c'est comme ça qu'on se fait entendre. Mais je ne l'ai pas écrit pour les chiffres. Je l'ai écrit pour Christine. Et je veux raconter le moment qui m'a le plus marqué.

Après la troisième chimio, Christine fait une réaction. Le lendemain matin, elle fait des crises d'épilepsie. Elle va mal. J'appelle les pompiers, je gère nos deux enfants. Le brancard ne passe pas par la porte : elle sort par la fenêtre, sur la grande échelle. Aux urgences, elle fait ce qui ressemble à un arrêt cardiaque.

Ensuite, plus rien. À midi, j'appelle : on me dit de rappeler à partir de 16 h 30. À 16 h 30, le standard est fermé. Jusqu'à 22 heures, je ne sais pas si ma femme est vivante ou morte. Les seules nouvelles, je les ai eues par un infirmier qui connaissait un urgentiste. Pourtant, je suis sa personne de confiance : c'est moi qui, le jour venu, devrai dire si l'on arrête les machines. Le lendemain, j'ai débarqué à l'hôpital pour la voir et lui apporter ses affaires. Il a fallu tenir tête, alors que c'était mon droit.

Elle est rentrée le dimanche. J'avais prévu une semaine de calme. Elle était un peu dans la lune, et sur le moment ça ne m'a pas alerté. Le lundi, elle tenait encore des propos bizarres, comme dans le brouillard. Elle n'était plus celle avec qui je pouvais parler, et j'ai eu peur de l'avoir perdue pour toujours. Elle était toujours sous antiépileptique, après un seul épisode, sans aucun antécédent. J'ai pris une décision : je lui ai demandé d'arrêter ce traitement, en lui disant que je préférais passer ma vie à veiller sur elle plutôt que de la voir dans cet état. Le lendemain, son cerveau s'était désembué. Elle était revenue.

Cette fois, c'était la bonne décision. Mais elle aurait pu être la mauvaise. Personne ne m'avait expliqué ce que fait un antiépileptique, ni ce qu'on gagne et ce qu'on risque à le prendre ou à l'arrêter. J'ai décidé seul, faute d'explications. Je ne le recommande à personne : on n'arrête pas un traitement sans en parler à un médecin. C'est justement pour ça qu'il faut que quelqu'un vous parle.

Car c'est ça que j'ai appris. On ne vous explique vraiment les choses que si vous insistez pour les demander et les comprendre. Les proches ne sont pas invités aux réunions où l'on parle de vous, de vos risques et des choix qu'on fait pour vous. Je ne mets pas en cause les médecins ni les soignants que nous avons croisés : ils ont été présents, solides. Ce que je crains, c'est une médecine qui devienne une suite de numéros de dossier, alors qu'un être humain est un sujet, et non un objet. C'est exactement ce que Christine écrit dans « Quand le symbole a bouffé la chose », et je signe chaque ligne de son texte.

En octobre, on nous montre des femmes maquillées, coiffées, habillées en rose, et on salue leur courage. Je n'ai rien contre ces femmes. Mais je refuse qu'on fasse de la beauté une épreuve de plus à réussir quand on est malade. Christine n'a jamais eu besoin d'un défilé pour être belle. Elle est belle parce qu'elle est en vie. Parce qu'elle est là, le matin, avec ses cicatrices, sa fatigue, sa colère et son humour.

Ce que je demande aux élus qui posent en rose, c'est qu'ils fassent leur travail : qu'ils protègent ce qui soigne, qu'ils retirent ce qui rend malade, qu'ils donnent à l'hôpital les moyens de répondre au téléphone après 16 h 30 et de parler aux proches, et qu'ils empêchent un laboratoire de choisir ses actionnaires plutôt que les malades. Le reste, la photo, le ruban, la vidéo, ne soigne personne.

Alors cette année, je suis rose. Rose de rage. Et je suis aux côtés de Christine.

Comment l'empreinte est calculée

  • EcoLogits (GenAI Impact / Data For Good) : estimation de l'empreinte des requêtes à un modèle d'IA, en énergie, carbone, eau (phase d'usage uniquement), énergie primaire et ressources abiotiques.
  • Boavizta / BoaviztAPI et Hubblo : impact de la fabrication des serveurs et des processeurs graphiques.
  • ADEME Base Empreinte® et Our World in Data : intensité carbone de l'électricité selon les pays.
  • AFNOR SPEC 2314 : « Référentiel général pour l'IA frugale », Ecolab (CGDD) et AFNOR, juin 2024.
  • CodeCarbon : mesure réelle de l'énergie consommée par le processeur, la carte graphique et la mémoire pendant les traitements faits sur mon ordinateur (transcription, montage), convertie en carbone avec le mix électrique français.

Périmètre de l'estimation EcoLogits : tokens de sortie, mix électrique des États-Unis. Ne sont pas couverts : les tokens d'entrée, la fabrication du terminal, l'eau de fabrication du matériel, l'entraînement du modèle, et la génération de la vidéo par kie.ai et ElevenLabs.

Ce que je vérifie, ce que je ne sais pas

Affirmation Statut Source
Le Zoladex est radié du remboursement à la demande d'AstraZeneca, sans remise en cause de son efficacité ✅ Vérifié Vidal, HAS
La loi permet au laboratoire de demander la radiation, sans motif de refus prévu ✅ Texte lu Code de la sécurité sociale, R.163-7
Aucun élu ni patient ne vote au CEPS ✅ Texte lu Code de la sécurité sociale, D.162-2-1
Pas d'alternative remboursée pour une femme traitée à un stade précoce ⚠️ D'après les fiches Vidal, à confirmer par des soignants Vidal
AstraZeneca a versé 4,97 Md$ de dividendes en 2025 ✅ Vérifié Rapport annuel 20-F
Le coût de production du Zoladex 🔍 Non publié —
D'autres anticancéreux déremboursés à la demande du laboratoire 🔍 Aucun autre trouvé pour 2024-2026 Vidal, ANSM
Croizier n'a pas pris part aux votes sur les amendements 925, 922 et 378 ✅ Vérifié Fiches de scrutin
La transparence des prix (amendement 378) a été retirée de la loi par le Sénat ✅ Vérifié Sénat, amendement n° 316 ; loi n° 2025-1403
Il n'existe aucun générique du Zoladex en France, alors qu'il en existe ailleurs en Europe ✅ Vérifié Base publique du médicament, EMA
Croizier a voté les lois Duplomb (2025) et d'urgence agricole (2026) ✅ Vérifié Scrutins n° 2957 et 8427
L'acétamipride cause le cancer du sein ⚠️ Signal en laboratoire, aucune preuve chez l'humain Li 2022, INRS, EFSA, Inserm
Ce que touche AstraZeneca au titre du crédit d'impôt recherche 🔍 Secret fiscal —
Ludovic Fagaut a voté sur ces sujets ❌ Il n'est pas parlementaire : seuls les votes de son parti sont cités —