Il y a quelques jours, j'ai publié la réécriture intégrale de la loi d'urgence agricole, article par article, avec le texte officiel dépliable en dessous, et l'article de vérification qui l'accompagne. C'était un travail de vérification : je m'interdisais d'y mettre mon avis ailleurs que dans des encadrés signalés.
Écrit le 26 juillet 2026. La loi a été adoptée le 20 juillet et déférée au Conseil constitutionnel le 24 ; sa décision, attendue en août, ne change rien à ce qui suit — je parle de ce que cette loi ne fait pas, pas de ce qui pourrait en être censuré.
Cet article-ci est l'inverse. C'est une tribune. Tout ce que j'avance de factuel reste sourcé, mais la conclusion n'engage que moi, et vous pouvez la refuser sans rien perdre de l'analyse.
Cette loi s'appelle « loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles ». Elle a été votée en urgence. Elle contient 78 articles, dont 59 encore debout après la navette. Et elle ne touche aucun des quatre problèmes qui font qu'un paysan français n'arrive plus à vivre de son travail.
Ensuite je propose autre chose : quatre articles, chiffrés, testés sur ma ville.
Ce que la loi ne fait pas
Commençons par ce que je ne dirai pas, parce que ce serait faux et que mon propre travail me contredirait.
Cette loi n'est pas inutile. Son article 2 installe un mécanisme de clause miroir — la suspension d'importation des denrées contenant des résidus de substances retirées chez nous. Ses articles 12 et 13 ferment des trous dans le droit de préemption de la SAFER, ces montages sociétaires qui permettent de contourner le contrôle du foncier agricole. Son titre IV outille la négociation commerciale entre l'amont et l'aval. Ce sont trois choses utiles, et personne ne les a défendues pendant les débats.
Elle fait donc trois choses utiles, presque par accident. Et elle ne touche aucun des quatre verrous.
Pour établir lesquels, je me suis appuyé sur un document que je recommande à quiconque veut discuter d'agriculture sérieusement : le rapport « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère » du Shift Project, publié en novembre 2024 — vingt mois avant le vote. Deux cent trente-cinq pages de modélisation prospective, adossées à une enquête auprès de 7 711 agriculteurs.
Ce n'est ni un tract ni un manifeste décroissant. Le rapport assume le protectionnisme commercial, accepte de nouvelles retenues d'eau sous conditions, et réclame des prix rémunérateurs par contrat. C'est précisément ce qui rend ses constats difficiles à écarter.
| Le verrou | Ce que dit le rapport | Ce que fait la loi |
|---|---|---|
| Le revenu | 81 % des agriculteurs citent le verrou financier comme frein n°1 à l'adoption de pratiques durables | Aucune disposition financière. La seule mesure fiscale, l'article 6 quinquies, supprime une recette |
| La démographie | « Des exploitations toujours moins nombreuses, plus grandes, et un déficit de transmission » | Rien sur l'installation ni la transmission |
| La dépendance | Fossile, phosphore, soja importé, base génétique restreinte | Rien |
| La couverture alimentaire | Fruits 63 %, légumes frais 67 %, pommes de terre 74 %, légumes secs 27 % | Rien |
« Les politiques actuelles de transformation de l'agriculture portent largement sur la production, sans viser à la mettre en adéquation avec la consommation nationale, au risque de priver des filières de débouchés et mettre en péril les exploitations ayant fait le choix d'un modèle plus vertueux. »
Et cette phrase, recueillie auprès d'un agriculteur dans la même enquête :
« 80 % du pas en avant fait par les agriculteurs sera par une incitation financière. J'ai des convictions mais elles ne me feraient pas vivre. »
Une loi d'urgence qui répond à une crise de revenu par une réforme de procédure, c'est un pansement. Un pansement, ça soigne quelque chose. Juste pas ce qui est cassé.
« On ne pouvait pas savoir »
Il y a une phrase qu'on entend à chaque canicule, à chaque récolte perdue, à chaque nappe qui baisse. Je voudrais qu'on arrête de l'accepter.
1990. Le premier rapport du GIEC indique que des vagues de chaleur plus fréquentes pourraient accroître le risque de surmortalité — la citation est reprise par l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique dans son rapport 2023 sur les vagues de chaleur. C'était au conditionnel, assorti d'incertitudes — je ne prétendrai pas qu'on avait prédit l'avenir. Mais le risque était nommé, dans un document remis aux gouvernements.
2003. Canicule européenne. Environ 75 000 morts.
2004. La France répond par la journée de solidarité : sept heures de travail non rémunéré par an, pour financer l'autonomie des personnes âgées et handicapées.
2026. Une loi d'urgence agricole de 78 articles, dont seize consacrés à l'eau. J'y ai compté les mots. « Prélèvement » : trente fois. « Stockage » : vingt-trois fois. « Eaux usées » : une fois. « Infiltration », « eau de pluie », « ruissellement », « recharge » : zéro fois.
Occurrences dans les 16 articles consacrés à l'eau. Comptage effectué sur le texte adopté du 20 juillet 2026.
Ce n'est pas un défaut d'information. C'est un défaut d'arbitrage.
Le rapport du Shift le dit à sa manière : les controverses « résultent de divergences d'intérêts ou d'idées de la part des différents acteurs en présence, qui empêchent d'avancer sur les réponses techniques nuancées ». Sa recommandation tient en quatre mots : « définir et assumer des arbitrages ».
Personne n'a manqué d'information. On a manqué de gens prêts à trancher. Et je m'inclus dans le reproche — j'ai continué à acheter, voter et consommer avec la même information que tout le monde.
Article 1 — Produire ce dont nous avons besoin, et le manger quand ça pousse
Voici le déséquilibre central, et il tient en deux colonnes.
Ce qu'on ne produit pas assez. Fruits : 63 % de notre consommation. Légumes frais : 67 %. Pommes de terre : 74 %. Légumes secs : 27 %. Et la dépendance s'accroît, « du fait de la forte baisse de la production depuis 20 ans ».
Ce qu'on produit en excès. La betterave sucrière occupe environ 397 000 hectares. Un cinquième de la récolte part en alcool et bioéthanol — du carburant. Trente-cinq pour cent du sucre est exporté. La noisette occupe 8 200 hectares, dont 80 % de la production va à l'industrie agroalimentaire ou à la cosmétique.
On est déficitaire sur ce qui nourrit, et excédentaire sur ce qui ne nourrit pas.
Et il y a de la marge
C'est le chiffre qui devrait clore le débat sur « on ne peut pas se passer de telle ou telle culture ».
Le Shift Project modélise le potentiel nourricier : combien de personnes la ferme France peut nourrir. Population projetée en 2050 : environ 70 millions.
| Aujourd'hui | Scénario « conciliation » 2050 | |
|---|---|---|
| Personnes nourries, apports réels | 122 millions | 87 millions |
| Personnes nourries, besoins moyens FAO | 159 millions | 113 millions |
Le scénario « conciliation », c'est 25 % de bio en grandes cultures, moins 35 % de ruminants, de l'agroforesterie, des légumineuses multipliées par quatre, et une perte de rendement assumée. Même là, on nourrit 87 millions de personnes pour 70 millions d'habitants.
Une seule exception dans les quatre scénarios testés : celui qui maximise la production de bioénergie est le seul qui ne couvre plus les besoins réels. La marge existe, mais elle dépend de ce qu'on fait de la biomasse. Ce qui nous ramène au cinquième de betterave qui finit dans un réservoir.
Le levier dont personne ne veut parler
« L'importance du différentiel entre le potentiel nourricier selon les besoins moyens quotidiens et selon les apports réels quotidiens — de l'ordre de 30 % — et l'importance du levier de l'évolution des régimes alimentaires pour la maximisation de ce potentiel. » Les deux indicateurs diffèrent « d'un facteur 2 sur les protéines totales et d'un facteur 3 sur les protéines animales ».
Je ne vais pas vous dire quoi manger. Le rapport lui-même s'y refuse : « nous ne présumons pas à ce stade d'un régime alimentaire optimal ». Si un think tank climat s'abstient, je peux m'abstenir aussi.
Je constate seulement ceci : nous mangeons environ deux fois les protéines dont nous avons besoin, et trois fois les protéines animales. Ce n'est pas un jugement moral, c'est une soustraction. Et ça veut dire qu'on dispose de 30 % de marge avant même de toucher à une seule culture.
La saisonnalité n'est pas une punition, c'est une conséquence
Le scénario « autonomie » du rapport retient une hypothèse simple : doubler les surfaces de fruits et légumes, limiter les importations aux seuls exotiques — riz, café, cacao — et produire sur le territoire tous les fruits et légumes tempérés.
Produire tempéré sur le territoire, c'est mécaniquement la saisonnalité. Sauf à chauffer des serres, que le même rapport range parmi les installations à décarboner en priorité. Et il note que les fruits et légumes sont « par nature très périssables et transportés principalement par la route », à 90 %, pour un quart du trafic total.
On ne peut pas vouloir simultanément la souveraineté alimentaire, la décarbonation et des tomates en février. C'est le seul endroit de cet article où je demande quelque chose au lecteur, alors autant l'assumer : il faut réapprendre à manger de saison, avec ce qu'il y a autour.
Article 2 — Garder l'eau là où elle tombe
Reprenons le comptage : sur seize articles consacrés à l'eau, le mot « infiltration » n'apparaît pas une fois.
Ce n'est pas une lubie de ma part. Voici l'ordre dans lequel le Shift Project traite la question, et l'ordre est le message.
D'abord le sol. La réserve en eau utile d'un sol dépend de sa texture et de sa profondeur, mais « peut être améliorée par l'apport de matière organique ». Les pratiques qui améliorent la structure, limitent le ruissellement et l'évaporation, et les plantes à enracinement profond « permettent d'optimiser l'utilisation de l'eau par les cultures ».
Ensuite le paysage. Haies et alignements d'arbres en agroforesterie créent un microclimat « tout en permettant l'infiltration de l'eau en profondeur ».
« Il est possible aussi de mettre en place des aménagements pour améliorer et/ou orienter la circulation de l'eau, favoriser son infiltration et limiter le ruissellement par application des principes du keyline design, fondant la discipline émergente en France de l'hydrologie régénérative. »
Et seulement ensuite les retenues — conditionnées. Le rapport demande « d'adosser les futurs projets de retenues d'eau à des engagements de transition vers des pratiques économes en eau », et de « conditionner tout développement d'infrastructure d'irrigation lourde à une étude d'impact rigoureuse ».
Conditionner les retenues, c'est encore trop peu
Le débat français s'est réduit à deux camps : doubler le stockage, ou moratoire sur les mégabassines. Le Shift Project propose une troisième voie — conditionner les retenues à des engagements de sobriété. C'est mieux que les deux autres.
Je ne crois pas que ça suffise, et je précise que là je vais plus loin que le rapport : son chapitre technique décrit exactement ce qui suit, mais sa recommandation s'arrête à la conditionnalité. Ce qui suit m'engage, pas lui.
Conditionner, c'est encore raisonner à partir de l'ouvrage. Il faut obliger à changer les pratiques d'abord, et regarder ensuite s'il reste un besoin de retenue. Dans cet ordre, en quatre niveaux.
Niveau 1 — Cesser de drainer, commencer à ralentir
On a passé un siècle à faire partir l'eau le plus vite possible. Drains, fossés rectifiés, cours d'eau redressés, sols tassés et nus l'hiver. Chaque geste a été subventionné, chacun était rationnel isolément, et l'ensemble a transformé nos bassins versants en toboggans.
L'obligation à écrire est simple à formuler et exigeante à tenir : plus aucun aménagement qui accélère l'eau, et une trajectoire mesurée de ralentissement sur chaque exploitation. Concrètement — arrêt du drainage neuf et non-renouvellement de l'existant, sols couverts en permanence, matière organique en progression mesurée, haies sur les courbes de niveau, arbres, mares, noues, et une topographie lue avant d'être labourée. C'est ce qu'on appelle le keyline design, et c'est de l'ingénierie, pas de la poésie : on organise le terrain selon les lignes de niveau pour que l'eau s'étale au lieu de dévaler.
Un sol vivant, riche en matière organique, retient plusieurs fois son poids en eau.
Ce n'est pas une bassine. C'est le sol.
Elle est gratuite, elle ne s'évapore presque pas, elle ne demande aucune autorisation, elle ne fait l'objet d'aucun conflit d'usage, et elle se remplit toute seule chaque fois qu'il pleut — à condition qu'on ait cessé de la vider.
Niveau 2 — En ville, plus une goutte au tuyau
La règle tient en une phrase : une goutte d'eau de pluie doit passer par au moins une plante et un sol avant d'avoir le droit d'entrer dans un tuyau.
Ce n'est pas un slogan, c'est la seule version techniquement correcte. Infiltrer directement le ruissellement de voirie serait une faute : il charrie hydrocarbures, métaux et particules de pneus. Et Besançon est en terrain calcaire karstique — l'eau y rejoint la nappe très vite, par des fissures, sans être filtrée. Injecter du ruissellement brut dans un karst, c'est polluer la ressource au lieu de la recharger.
Le passage par le végétal et le sol n'est donc pas un ornement : c'est le filtre. Noues plantées, jardins de pluie, fosses d'arbres alimentées par la voirie, revêtements poreux, désimperméabilisation des cours d'école et des parkings.
Et là encore, les outils existent et sont facultatifs. Le code général des collectivités permet déjà de délimiter des zones où maîtriser le ruissellement ; des villes appliquent un coefficient de biotope par surface qui impose une part de pleine terre à toute opération. Rien à inventer : rendre obligatoire ce qui est laissé au bon vouloir.
Niveau 3 — Des réserves poreuses, pas des bassins étanches
Quand il faut malgré tout tamponner un volume, l'ouvrage ne doit pas être une piscine bâchée qui s'évapore et qu'on vide dans un tuyau. Il doit relâcher lentement vers le sol. Une réserve poreuse encaisse le pic, puis restitue en profondeur pendant des jours. C'est un ouvrage de recharge, pas un ouvrage de stockage — la différence n'est pas dans sa forme, elle est dans la destination de l'eau.
Niveau 4 — Rendre leur forme aux cours d'eau
Un cours d'eau rectifié évacue. Un cours d'eau qui serpente ralentit, déborde dans son lit majeur, dépose ses limons et recharge la nappe d'accompagnement. Le reméandrage est une technique de restauration éprouvée ; elle coûte, et elle demande de la place.
Et il y a un ingénieur hydraulique qui travaille gratuitement, qui est protégé par la loi, et qui recolonise nos rivières : le castor. Ses barrages étalent l'eau, créent des zones humides, soutiennent les débits d'été et abritent une biodiversité entière. Il inonde aussi parfois un chemin ou un bout de parcelle — et jusqu'ici on a traité ça comme un dégât plutôt que comme le prix d'un service.
Un aménagement de ralentissement qu'on paierait des centaines de milliers d'euros à un bureau d'études, on le subit quand un rongeur le fait pour rien.
Et seulement ensuite, la retenue
Après ces quatre niveaux, il restera des situations où une retenue est nécessaire. Elles seront moins nombreuses, plus petites — et là oui, conditionnées à des engagements de sobriété, territorialisées, précédées d'une étude d'impact sérieuse et d'une gouvernance locale légitime.
La loi, elle, fait l'inverse exact : objectif de doublement du stockage d'ici 2035 sans conditionnalité ni territorialisation, et retrait au schéma d'aménagement local de son pouvoir d'encadrer les retenues collinaires. Elle commence par la fin.
Le détail juridique qui m'a le plus frappé
L'article L. 210-1 du code de l'environnement, hérité de la loi sur l'eau de 1992, ouvre le droit français de l'eau par une phrase : l'eau fait partie du patrimoine commun de la nation.
La loi d'urgence agricole n'y touche pas. Pas une virgule.
Elle travaille exclusivement sur l'article suivant, le L. 211-1 — celui qui définit ce que « gestion équilibrée » veut dire concrètement. Elle y ajoute qu'aucune exigence ne prévaut « par principe » sur les autres, mettant les usages économiques au même plan que la vie biologique du milieu. Elle impose aux études d'anticiper les besoins de stockage. Et un article, finalement supprimé, voulait remplacer un « ou » par un « et » dans la définition des zones humides — exigeant deux critères au lieu d'un, ce qui aurait retiré ce statut à une large part des surfaces protégées.
On n'a pas eu besoin d'abroger le principe. Il a suffi d'en réécrire le mode d'emploi.
L'eau reste, dans la loi française, le patrimoine commun de la nation. C'est l'article d'après — celui qui dit ce que ça signifie — qui a changé de main.
Article 3 — Le foncier, les moyens, et le droit de faire ses conserves
On arrive à la partie que je n'avais pas prévue en commençant, et qui est probablement la plus importante.
Un revenu qui ne dépend pas de la vente
Un maraîcher en petite surface produit, sur un hectare et avec environ trente tonnes de légumes, l'équivalent de ce que consomment trois cents personnes. Au prix de détail, ça représente autour de 90 000 euros par an.
Ces 90 000 euros ne lui arrivent pas. Une partie va à des producteurs étrangers — on importe un tiers de nos légumes. Le reste se partage entre transport, gros et distribution. Et sur ce qui lui revient, les charges — semences, plants, compost, eau, énergie, amortissement, emballage, livraison, assurances, cotisations, foncier — emportent la moitié ou davantage.
C'est pour ça qu'un grand nombre de maraîchers en petite surface vivent sous le SMIC.
Je propose donc de découpler les deux : un revenu universel mensuel pour les paysans nourriciers, indépendant de la vente. La vente cesse alors d'être leur salaire et redevient ce qu'elle devrait être — de l'investissement, de la mesure, de la recherche, de l'amélioration des pratiques.
Deux bases de calcul, parce que je ne veux pas trancher à votre place :
| Base | Par mois | Par an et par personne |
|---|---|---|
| Revenu décent | 1 800 € net | 21 600 € |
| SMIC net | environ 1 430 € | 17 160 € |
Le foncier : la ville elle-même
On imagine toujours ces fermes dans une ceinture périurbaine, sur des terres agricoles rachetées à des céréaliers. C'est une partie de la réponse. Ce n'est pas la plus intéressante.
Besançon est une ville pliée dans une boucle de rivière, adossée à des collines, ceinturée d'ouvrages militaires et couverte de pentes qu'aucun tracteur ne montera jamais. Ce sont exactement les terrains du maraîchage à la main.
Les pentes. Les coteaux bisontins sont impropres à la grande culture mécanisée — c'est précisément pour ça qu'ils ont été couverts de vignes et de jardins pendant des siècles avant d'être abandonnés à la friche. Une planche de maraîchage bio-intensif se travaille au croc et à la grelinette. La pente n'est plus un défaut, elle devient un atout : exposition, drainage, et en keyline design, une topographie qu'on lit pour organiser l'eau.
Les fortifications. Les glacis, les fossés et les terrasses des ouvrages Vauban ont été cultivés pendant tout le temps où ils ont servi — les garnisons y faisaient leurs jardins. Rien que du côté de Battant, il y a de l'ordre de deux hectares immédiatement mobilisables. (Estimation à vérifier au cadastre.) Le classement au patrimoine mondial interdit de construire, il n'interdit pas de cultiver. Et c'est même l'argument décisif : un jardin est réversible, un bâtiment ne l'est pas. Aucun autre usage ne préserve aussi bien un monument que celui qui n'y pose rien.
Les terrasses alluviales du Doubs. Historiquement, les ceintures maraîchères se sont installées sur les alluvions des rivières, pour une raison agronomique simple : sols profonds, nappe accessible, pas de cailloux. C'est vrai à Besançon comme ailleurs.
Les interstices. Talus, délaissés, abords d'équipements, cours d'école, toitures, grands jardins privés sous-utilisés. Pris un par un, c'est anecdotique. Additionnés, personne ne sait ce que ça représente — parce que personne ne l'a jamais compté.
Et les jardins-forêts, que le rapport du Shift range explicitement dans sa liste des systèmes agroforestiers, aux côtés du verger-maraîcher et du parcours arboré pour volailles. Une fois installés, ils demandent peu et produisent longtemps : c'est le format idéal pour du foncier public.
Et l'eau comme surface de production
Trois idées reviennent dès qu'on parle de produire en ville, et je veux les traiter honnêtement — y compris quand ça ne va pas dans le sens que j'aimerais.
Les jardins flottants. L'idée est belle et ancienne : les chinampas mexicaines produisaient énormément. En surface, ce sera marginal, et c'est techniquement exigeant. Je les garde comme démonstrateurs pédagogiques le long du Doubs, pas comme contribution au tonnage.
L'aquaponie et la bioponie. Élever des poissons dont les déjections nourrissent les plantes, qui filtrent l'eau en retour : le cycle est élégant et il fonctionne. Mais il faut dire ce qui coince, parce que ça touche au cœur de cet article. Ces systèmes tournent avec des pompes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, souvent du chauffage et de l'éclairage. Ils remplacent une dépendance au sol par une dépendance à l'électricité — l'inverse exact de ce que je défends depuis le début. Ils excellent sur les feuilles et les aromates, et sont médiocres sur ce qui remplit une assiette : pommes de terre, courges, choux, racines.
La réglementation biologique européenne exclut d'ailleurs le hors-sol : une production en aquaponie ne peut pas être certifiée bio, aussi propre soit-elle. Mais ce n'est pas le bon angle, et j'explique plus loin pourquoi le label ne peut pas servir de porte d'entrée à ce dispositif. La question qui tranche, c'est l'énergie par kilogramme produit — et sur ce terrain, l'aquaponie perd contre une planche de plein champ.
Ce cas précis existe et il est réel : les sols pollués. Sur une friche industrielle urbaine, on ne cultive pas en pleine terre — les métaux lourds ne se négocient pas. C'est là que l'hors-sol a une vraie légitimité : produire sur du foncier que rien d'autre ne peut valoriser, en attendant une dépollution qui prendra des décennies. Besançon a ce type de friches, et l'une d'elles accueille déjà un projet de ferme maraîchère.
Ce qui marche vraiment, c'est la mare. Une ferme conçue en keyline a de toute façon des mares et des retenues — c'est le b.a.-ba de la gestion de l'eau dans le paysage. Il suffit de les empoissonner. La pisciculture extensive en étang est une tradition française — la Dombes, la Brenne — elle ne consomme quasiment pas d'énergie, elle produit de la protéine, elle retient l'eau, et elle abrite une biodiversité entière. Une seule pièce d'eau assure trois fonctions de cet article à la fois : elle retient l'eau, elle nourrit, et elle abrite le vivant.
Ramener les poissons dans le Doubs
C'est le raccourci le plus tentant, et c'est là qu'il faut être net : la vraie réponse est ailleurs, et elle est plus ambitieuse.
On ne repeuple pas une rivière avec des poissons de bassin. Les élevages hors-sol produisent des souches sélectionnées, porteuses de pathogènes et génétiquement inadaptées au milieu — les relâcher fait plus de mal que de bien, et la biologie de la conservation est aujourd'hui très critique du repeuplement comme solution.
Ce qui ramène les poissons, c'est de réparer la rivière. Et ce chapitre est déjà écrit plus haut dans cet article : infiltrer au lieu de ruisseler, c'est un débit d'étiage plus soutenu l'été ; ralentir l'eau dans les sols, c'est moins de crues brutales ; supprimer les pesticides sur les bassins versants, c'est moins de molécules dans l'eau ; replanter les haies et les ripisylves, c'est de l'ombre et une eau plus fraîche.
La pluie qu'on jette
Voici le calcul que je n'attendais pas.
Il tombe sur Besançon 1 115 mm d'eau par an en moyenne sur les dix dernières années complètes — j'ai pris les relevés bruts de la station Météo France de Besançon (poste 25056001), publiés en accès libre sur data.gouv.fr, plutôt que la normale trentenaire de 1 174 mm qui date de la période 1991-2020. La décennie écoulée est donc 5 % en dessous de cette normale.
Et surtout, elle est irrégulière : 868 mm en 2022, 1 459 mm en 2016. L'année la plus arrosée reçoit deux tiers de plus que la plus sèche. On ne construit pas un système alimentaire sur la pluie d'une année donnée — on le construit sur la capacité du sol à reporter l'eau de l'année humide sur l'année sèche.
Sur les 65,05 km² de la commune, ces 1 115 mm représentent 72,5 millions de mètres cubes par an. Sur la seule part imperméabilisée — toitures, voiries, parkings, disons 20 km² —, ce sont 22,3 millions de mètres cubes qu'on collecte, canalise et évacue le plus vite possible vers le Doubs.
Les besoins d'irrigation de 400 hectares de maraîchage ? De l'ordre de 2 500 m³ par hectare et par an, soit un million de mètres cubes.
L'eau de pluie qui tombe sur les surfaces imperméables de Besançon représente plus de vingt fois les besoins d'irrigation du maraîchage qui nourrirait la ville.
On la traite aujourd'hui comme un déchet à évacuer. C'est un intrant agricole gratuit, qui tombe du ciel, sur place, et qu'on paie pour faire partir.
(Superficie INSEE ; pluviométrie calculée sur les relevés mensuels de la station Besançon 25056001, données climatologiques de base publiées par Météo France sur data.gouv.fr. Restent à consolider : la part réellement imperméabilisée, et les besoins d'irrigation sur sol vivant paillé, probablement inférieurs à mon hypothèse.)
L'ordre de priorité, lui, ne change pas. D'abord infiltrer : désimperméabiliser, créer des noues, ralentir, recharger. C'est ce qu'il faudrait faire et ce qui rendrait le reste inutile. Mais je sais bien que ça ne se fera pas d'un coup — alors en attendant, rediriger : brancher ce qui est déjà collecté vers les installations plutôt que vers l'exutoire.
Et ces fermes deviennent elles-mêmes un ouvrage hydrologique. Une exploitation conçue en keyline, avec ses haies, ses mares, ses noues et un sol chargé en matière organique, retient l'eau au lieu de la laisser filer. On ne choisit pas entre produire et gérer l'eau : c'est le même aménagement, payé une fois.
Ce que je n'ai pas encore cherché
Je ne sais pas s'il existe un inventaire des surfaces cultivables de Besançon — pentes, glacis, terrasses, interstices, toitures, terrains publics inutilisés. Je ne l'ai pas cherché, et je ne vais pas prétendre le contraire.
Ce que je constate, c'est qu'on compte les places de parking au mètre près, et que le nombre d'hectares nourriciers dormants n'apparaît nulle part dans le débat public.
C'est la première chose à faire. Ça ne coûte presque rien, c'est réalisable par des citoyens en contribution, et tant que ce chiffre n'existe pas, tout le monde peut affirmer n'importe quoi — y compris moi. Je serais très surpris qu'on soit loin des 400 hectares, mais c'est une intuition, pas une donnée.
À qui appartient la terre, et pourquoi il ne faut pas l'acheter
Reste une question que je me suis posée tard, et qui remet en cause tout ce que je viens d'écrire : pourquoi prévoir un budget pour récupérer des terres ? On parle de nourriture et de climat, pas d'un jeu d'échecs foncier.
Je réponds d'abord sur un point où je ne peux pas suivre : on ne peut pas confisquer sans indemniser. L'article 17 de la Déclaration de 1789 le verrouille, et c'est le Conseil constitutionnel — celui-là même qui examine en ce moment la loi agricole — qui le fait respecter. Écrire une confiscation dans une loi, c'est écrire une censure.
Mais c'est une fausse contrainte, parce que pour cultiver une terre, il n'est pas nécessaire de la posséder. Et les outils existent déjà, dans le code rural, sans budget d'acquisition :
La mise en valeur des terres incultes. C'est le dispositif que personne n'utilise et qui répond exactement au problème. Une terre agricole laissée sans culture depuis plusieurs années peut, après mise en demeure du propriétaire, être attribuée par l'autorité départementale à quelqu'un qui s'engage à l'exploiter. Le propriétaire reste propriétaire. Il perd seulement le droit de laisser une terre nourricière dormir. Ce n'est pas une expropriation, c'est la fin d'un privilège.
Le bail rural à clauses environnementales. Il permet d'imposer contractuellement des pratiques — sans pesticide, couverture des sols, haies maintenues — dans un bail de fermage classique. Le fermier n'achète rien, et le statut du fermage le protège solidement.
L'obligation réelle environnementale. Depuis 2016, on peut attacher à un terrain, pour une durée pouvant aller jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf ans, des obligations qui suivent la terre et non le propriétaire. Elle change de mains, les obligations restent.
Les terres communales et les zones agricoles protégées. Beaucoup de communes possèdent déjà des terres agricoles. Et Besançon a inscrit des ZAP dans son plan local d'urbanisme — l'outil est là, il attend une affectation.
Le chiffrage que je fais plus loin pour Besançon — de l'ordre de dix millions d'euros par an — n'inclut aucun achat de terres. C'est du revenu et des paniers. Le foncier entre dans le modèle par le bail, pas par l'acquisition — et pour les friches, il peut y entrer sans rien payer du tout.
Ce qui coûte de l'argent, ce n'est pas la terre. C'est ce qu'on met dessus : l'eau, les bâtiments, les outils, et surtout les gens.
Reste le fond, et sur celui-là je n'ai aucune réserve : une terre nourricière n'est pas un actif comme un autre. Elle produit ce qui nous maintient en vie, elle met des siècles à se construire et une génération à se détruire, et on ne la fabrique pas. La traiter comme un placement, c'est une décision politique — récente, réversible, et il faut la nommer comme telle.
C'est aussi pourquoi tout ce dispositif passe par des coopératives à réserves impartageables : on peut sortir la terre nourricière du marché sans la sortir de la propriété.
Une preuve que ça marche, à quarante kilomètres
Dans les années 1990, Lons-le-Saunier décide de reprendre la main sur son alimentation. La ville soutient les conversions en bio autour d'elle et — c'est le point décisif, celui qui est transposable partout — elle leur garantit un débouché par sa cuisine centrale municipale, en régie. Aujourd'hui : 1,2 million de repas par an, une soixantaine de personnes, du pain, du fromage, de la viande et des légumes bio et locaux dans une soixantaine de cantines, un hôpital, des maisons de retraite. Le cas est documenté en détail par Terre de Liens.
Une collectivité qui décide d'acheter change une filière entière. Pas par la contrainte : par le débouché.
C'est aussi la réponse au verrou que le Shift Project identifie pour les micro-fermes — leur rentabilité est « conditionnée aux débouchés locaux et à une commercialisation efficace ». La cantine municipale est ce débouché.
À quoi s'ajoutent les leviers déjà disponibles : les zones agricoles protégées inscrites au plan local d'urbanisme, le droit de préemption des SAFER — que les articles 12 et 13 de la loi viennent justement de renforcer —, les terres communales, et le portage foncier non spéculatif type Terre de Liens, où la terre est achetée, louée, et jamais revendue avec plus-value.
Et ce qui pousse avec les légumes
Il y a une chose que je n'ai pas mise dans mes tableaux parce qu'elle ne se chiffre pas, et c'est peut-être la plus importante.
Une ferme au bout de la rue, où chaque adulte du quartier passe une journée par an, ce n'est pas seulement de la production alimentaire. C'est un lieu où des gens qui ne se croisent jamais se retrouvent à faire la même chose de leurs mains. C'est de la vie de quartier, et elle a disparu de la plupart de nos villes sans que personne ne l'ait décidé.
Et il faut y emmener les enfants. Pas en visite, en contribution — une classe qui vient repiquer, désherber, récolter et transformer, encadrée par un maraîcher et par des adultes du quartier. On apprend d'où vient ce qu'on mange en le sortant de terre, pas en regardant une affiche.
C'est de la transmission de pair à pair, accessible à tous, gratuite pour tous, et elle marche dans les deux sens : le retraité qui a conduit des engins toute sa vie, l'électricien qui câble la chambre froide, l'ado qui montre l'outil numérique au maraîcher. Personne n'est là comme bénéficiaire d'un dispositif. Tout le monde apporte quelque chose.
Et il va falloir parler du label bio
J'ai écrit plus haut que le dispositif serait réservé aux fermes « bio sans pesticide ». Il faut que j'explique pourquoi je n'ai pas écrit « certifiées AB », parce que ce n'est pas un oubli.
Le label bio européen certifie ce qu'on ne fait pas. Il ne certifie pas ce qu'on fait.
Et il faut le dire d'emblée : le bio n'est pas un critère de qualité, c'est devenu un critère économique. Un segment de marché avec une prime de prix, une barrière à l'entrée, et un cahier des charges qu'on optimise. Trois raisons de ne pas s'en contenter.
Il autorise des pesticides. Le rapport du Shift le rappelle sans détour : il existe des phytosanitaires d'origine naturelle utilisables en bio, comme le spinosad, d'origine microbienne, ou l'azadirachtine, extraite du neem. Ce sont des insecticides. Ils tuent des insectes, y compris ceux qu'on ne visait pas.
Et il y a le cuivre. Autorisé jusqu'à 28 kg par hectare sur sept ans, soit 4 kg par an en moyenne (ministère de l'Agriculture, Produire Bio). Le cuivre est un métal lourd : il ne se dégrade pas, il s'accumule définitivement dans le sol, et il est toxique pour la vie souterraine — les vers de terre en particulier. La limite s'applique au conventionnel comme au bio, mais c'est en bio qu'on s'y appuie structurellement, parce que les alternatives antifongiques y sont exclues. Une vigne bio peut laisser dans son sol une trace plus durable qu'une vigne conventionnelle. C'est inconfortable à écrire et c'est vrai.
Et il ne dit rien du reste. Une tomate bio produite sous serre chauffée en février est bio. Un quinoa bio venu du Pérou est bio. Le label ne dit rien de l'énergie, du transport, de l'eau consommée, du carbone du sol, du linéaire de haies, de la taille de l'exploitation, ni de ce que touchent les gens qui y travaillent.
La certification coûte cher. Beaucoup de très petits maraîchers cultivent mieux que le cahier des charges AB et ne sont pas certifiés — parce qu'ils n'ont ni l'argent ni le temps de la paperasse.
Si je fais du label AB la porte d'entrée du dispositif, j'exclus une partie des meilleures fermes et j'inclus une partie des pires. Un maraîchage industriel certifié passe ; le voisin qui a planté trois kilomètres de haies et n'a jamais rien pulvérisé ne passe pas.
Ce serait un ciblage raté, et il détruirait tout le reste.
Alors sur quoi ouvrir le droit ? Sur des résultats mesurables, pas sur une méthode déclarée :
- aucun pesticide de synthèse, et une trajectoire de sortie du cuivre ;
- un taux de matière organique du sol mesuré, avec une trajectoire de progression ;
- un linéaire de haies et d'infrastructures agroécologiques par hectare ;
- pas une goutte d'eau de pluie qui sort de la parcelle sans avoir eu sa chance de s'infiltrer ;
- une consommation d'énergie par kilogramme produit, et aucune chaleur fossile ;
- une surface maximale par actif ;
- et l'ouverture de la ferme à la présence citoyenne.
Il y a serre et serre, et les confondre serait une erreur qui rendrait mon critère absurde.
La serre de multiplication est indispensable. Quelques dizaines à quelques centaines de mètres carrés, maintenus hors gel en février-mars pour produire ses propres plants. L'énergie par plant y est dérisoire — les semis sont denses et la période est courte. Un maraîcher qui n'en a pas achète ses plants ailleurs, souvent très loin : c'est une dépendance de plus, exactement ce qu'on cherche à supprimer. Sans pépinière, pas d'autonomie.
Les tunnels froids allongent la saison sans consommer un watt. Rien à leur reprocher.
Ce qui pose problème, c'est tout autre chose : chauffer des hectares pour produire des tomates en décembre. Là, l'énergie par kilo explose et on fabrique de la saisonnalité artificielle avec du gaz.
D'où le critère retenu : non pas l'absence de serre, mais l'énergie par kilogramme produit et l'origine de la chaleur. Là où il en faut, elle doit être solaire thermique, géothermique de surface, ou récupérée sur une chaleur fatale existante. Ces techniques sont éprouvées et déjà utilisées sous serre.
Qui va vérifier tout ça ? Je refusais de créer une couche administrative de plus — c'est exactement ce qui a pourri le marché de la formation.
La réponse est dans le dispositif lui-même. Une ferme où deux cents citoyens formés passent chaque année n'a pas besoin d'auditeur. Ils mesurent, ils voient, ils reviennent. La mesure du sol, l'analyse, le suivi, c'est déjà une des fonctions que j'ai confiées à la contribution.
Le contrôle, c'est la présence. Une ferme opaque est une ferme où personne ne va.
Ce n'est pas une idée neuve : les systèmes participatifs de garantie existent, ils sont reconnus à l'international, et la mention Nature & Progrès fonctionne comme ça en France depuis des décennies — auditée par ses pairs et ses consommateurs, pour une fraction du coût d'une certification.
Un mot pour être juste, parce que je ne veux pas fournir des munitions à ceux qui répètent que le bio est une arnaque. Le label AB reste le seul dispositif à avoir une force juridique, un contrôle public et une reconnaissance européenne. Il vaut infiniment mieux que rien, et un champ certifié AB est un champ sans glyphosate. C'est un plancher. Mon reproche n'est pas qu'il soit trop exigeant, c'est qu'il soit devenu un plafond.
Mais la vraie question n'est pas là
Tout ce que je viens d'écrire est technique, et je crois qu'il y a plus simple.
Un label est un instrument de distance. Il n'existe que pour créer de la confiance entre des gens qui ne se rencontreront jamais. La tomate que je cultive à côté de chez moi n'a besoin d'aucun logo pour être bonne — je sais ce qu'il y a dans le sol, j'ai vu ce qui a été mis dessus, et si je me trompe, c'est sur moi. Celle du maraîcher au bout de la rue non plus : j'y suis allé.
Ce n'est pas de la naïveté. Personne ne cherche à m'arnaquer, et ce n'est pas parce que mon voisin serait plus honnête qu'un autre — c'est parce qu'à cette échelle et à cette distance, tricher n'est structurellement pas rentable. Il vendrait trente kilos, il serait démasqué le lendemain, et il perdrait tout. La proximité n'est pas une qualité morale, c'est un mécanisme de contrôle.
Ce qui change, c'est le volume. Quand la même production devient une activité lucrative à haute dose, vendue à des inconnus qui ne verront jamais le champ, alors il faut un document — et à partir de là tout se déforme. Le label a un coût fixe, donc il avantage mécaniquement les gros. Il crée un segment de marché avec une prime de prix, donc il attire ceux qui savent optimiser contre une règle. Et il devient ce qu'il est aujourd'hui sur un emballage de supermarché : un actif marketing avant d'être un instrument agronomique, qui permet à un distributeur de vendre de la confiance sans avoir jamais eu de relation avec personne.
Ce qui rend un label nécessaire, c'est la distance. Supprimez la distance, le label devient inutile.
Et c'est exactement ce que fait tout ce que je propose depuis le début : des fermes dans la ville, une par quartier, un jour par an pour chacun, des enfants qui viennent récolter, des contributeurs qui mesurent le sol et qui reviennent l'année suivante.
La contribution citoyenne n'est pas seulement de la main-d'œuvre et de la vérification. C'est la suppression du besoin de certifier. Deux cents personnes qui ont eu les mains dans cette terre n'ont pas besoin d'un logo pour savoir ce qu'elles mangent.
Le label est ce qui reste quand la relation a été détruite. C'est une prothèse. Je préfère qu'on répare la jambe.
La carotte doit être droite
Il y a un second étage à cette histoire, et il dit tout.
Un label certifie un procédé : ce que le producteur a le droit de mettre ou pas. Une norme de commercialisation spécifie un produit : le calibre, la couleur, la rectitude, l'uniformité. Ce sont deux instruments différents et ils ont un point commun — ni l'un ni l'autre ne dit ce qu'il y a dans le légume. Aucun des deux ne mesure le goût, la densité nutritionnelle, ni l'état du sol qui l'a produit.
On raconte souvent que Bruxelles interdit les concombres tordus. C'est daté, et vérifiable : le règlement (CE) n° 1221/2008 de la Commission, du 5 décembre 2008, applicable au 1ᵉʳ juillet 2009, a supprimé les normes de commercialisation spécifiques de vingt-six produits — dont le concombre, la carotte, la cerise, l'abricot et la courgette.
Dix seulement conservent une norme spécifique : pommes, agrumes, kiwis, laitues, pêches et nectarines, poires, fraises, poivrons, raisins de table, tomates.
Et voici la précision qui compte, parce qu'elle est presque toujours omise : les vingt-six ne sont pas sortis de toute règle. Ils relèvent depuis d'une norme générale de commercialisation — être « sain, loyal et marchand » : entier, propre, pratiquement exempt de parasites, sans humidité extérieure anormale, sans odeur étrangère, suffisamment mûr. Rien sur la forme. Rien sur le calibre. Rien sur la couleur.
Sauf que rien n'a changé dans les rayons. Parce que la distribution les a immédiatement réimposées par ses propres cahiers des charges d'achat — calibre, coloration, absence de défaut, uniformité du lot, pour des raisons de logistique et de présentation.
La norme est passée du droit au contrat. Elle est sortie du domaine public, où on pouvait la discuter et la changer par un vote, pour entrer dans des documents privés qu'on ne peut même pas lire.
On a cru gagner en supprimant la règle. On l'a rendue inattaquable.
Et cette norme-là a un coût qui n'apparaît nulle part : le tri au champ. Des légumes parfaitement comestibles laissés sur place ou déclassés parce qu'ils sont trop petits, trop gros, fourchus ou irréguliers. C'est du travail, de l'eau, du sol et du carbone dépensés pour rien.
Quant à la terre sur les légumes, ce n'est pas de la nostalgie — c'est techniquement le meilleur choix. Une carotte non lavée se conserve des mois en cave. Lavée, quelques jours : le lavage abîme l'épiderme, retire la protection, et accélère la dégradation. Il consomme en plus de l'eau et de l'énergie. On lave pour vendre, pas pour conserver. La terre sur une carotte est une information — elle dit d'où elle vient — et un emballage gratuit.
Pour obtenir un calibre uniforme, il faut des variétés uniformes, des apports uniformes, une irrigation uniforme. La diversité des formes est la signature visible de la diversité des variétés et de la vie du sol.
Normaliser le légume, c'est normaliser le champ. On croit standardiser un produit ; on standardise une agriculture entière, et on élimine au passage les variétés qui ne rentrent pas dans le calibre — celles-là mêmes dont on aura besoin quand le climat aura changé.
Il faut qu'on parle du Comté
J'écris depuis la Franche-Comté, et je ne peux pas parler d'occupation du sol sans parler de ce qui l'occupe ici. C'est le passage le plus impopulaire de cet article dans ma région, alors autant le faire proprement.
Commençons par ce qui est vrai et qu'il faut dire d'abord. La filière Comté est probablement la mieux construite de France. Herbe et foin, pas d'ensilage, pas d'OGM, un rendement laitier plafonné par vache, au moins un hectare de prairie par animal, et une transformation dans environ cent quarante fruitières coopératives qui appartiennent aux producteurs. Le lait y est payé nettement au-dessus du prix national. C'est exactement l'inverse du modèle laitier industriel, et c'est un contre-exemple précieux à tout ce que je critique par ailleurs.
Et une précision qui compte : l'essentiel du Comté est consommé en France. Le comité interprofessionnel de gestion du Comté fait état de 6 500 tonnes exportées en 2024 — vers l'Allemagne, la Belgique, les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni — soit environ 10 % des ventes, part stable depuis 2018 (rapport d'activité du CIGC 2024, relayé par Hebdo 39). Le grief ne tient donc pas si on l'appuie sur l'export.
Le problème est ailleurs, et il est plus intéressant.
Le Comté marche. Il marche très bien, et il grandit : de l'ordre de 53 800 tonnes en 2009 à 67 900 tonnes en 2019, soit un quart de plus en dix ans — une croissance que la filière pilote elle-même, en attribuant tous les trois ans des références de production à ses ateliers (CIGC, les règles de régulation de l'offre). Or dans l'aire d'appellation, un hectare rapporte beaucoup plus en prairie à Comté qu'en n'importe quoi d'autre. Le foncier y est parmi les plus chers de France pour de la prairie, et il est mécaniquement inaccessible à qui voudrait s'installer autrement — en maraîchage, par exemple.
Même la filière la mieux conçue du pays, quand elle réussit, produit le même effet : elle occupe tout.
Ce n'est pas un défaut moral, c'est ce que la réussite économique fait à l'usage des sols. Et il faut être précis, parce que la filière fait mieux que la plupart : le comité interprofessionnel régule bel et bien les volumes, en attribuant tous les trois ans des références de production aux ateliers. Mais il les régule au regard du marché du fromage — jamais au regard de ce que le territoire a besoin de manger.
Résultat : une région qui produit du fromage pour la France entière et qui importe la moitié de ses légumes.
C'est exactement la difficulté de ma proposition, et je préfère la nommer que la contourner : les 400 hectares dont j'ai besoin autour de Besançon sont en concurrence avec cette réussite-là. Ce n'est pas un affrontement entre des vertueux et des cyniques. C'est un arbitrage entre deux bons usages du sol, et personne ne l'a jamais posé.
C'est aussi pour ça que je demande que la loi fixe un nombre d'hectares nourriciers par habitant. Tant que ce sera au marché d'arbitrer, ce sera toujours la production la plus rentable qui gagnera — même quand elle est excellente, et surtout quand elle est excellente.
On l'entend surtout comme une privation : moins de chauffage, moins d'avion, moins de viande.
Je la comprends autrement, et je crois que c'est le fil de tout cet article. Sobriété, c'est des critères humains plutôt que des critères de volume : petite surface, vivant, à hauteur d'homme, humble. Une ferme qu'on peut traverser à pied. Un légume qu'on peut aller voir pousser. Une filière qu'on peut comprendre en entier.
Ce n'est pas produire moins. C'est produire à une échelle où l'on reste capable de savoir ce qu'on fait.
Reprendre la main sur sa nourriture
Dernier point de cet article, et il touche à quelque chose qui m'agace profondément.
Quand vous faites vos conserves pour vous, la réglementation européenne d'hygiène ne s'applique déjà pas : le règlement de 2004 exclut explicitement la production et la préparation domestiques destinées à la consommation privée. Vous avez le droit. Ce n'est pas là qu'est le problème.
Le problème est dans la zone intermédiaire : le petit atelier de transformation, la conserverie collective, la vente de dix bocaux sur un marché. Là, les exigences sont calibrées pour une chaîne industrielle anonyme, et elles écrasent celui qui transforme trente kilos de tomates.
Je propose donc deux choses. Des ateliers de transformation collectifs, financés et animés en partie par la contribution citoyenne dont je parle plus bas — parce que transformer, stériliser, étiqueter et stocker, c'est du travail humain qu'on peut apprendre en une journée. Et des normes proportionnées à l'échelle et à la distance, plus légères pour ce qui reste local et traçable de bout en bout.
Alléger les normes ne veut pas dire alléger la vigilance. Le botulisme est une réalité, et il tue. Il vient presque toujours de conserves de légumes peu acides mal stérilisées — haricots, asperges, maïs — faites à la maison avec de bonnes intentions.
C'est exactement pour ça que la formation n'est pas un supplément dans ce que je propose : c'est la contrepartie de l'allègement. On ne demande pas moins de sécurité, on demande que la sécurité passe par des gens formés plutôt que par de la paperasse. Et la contribution citoyenne est précisément le vecteur de cette formation.
Article 4 — Une contribution en temps
Voici le chiffre qui a changé ma façon de voir tout le reste.
L'agriculture française mobilise environ 750 000 équivalents temps plein, soit de l'ordre de 1,2 milliard d'heures de travail par an, toutes productions confondues. Rapporté aux quarante millions d'adultes du pays, ça fait environ trente heures par personne et par an.
Tout le travail agricole français, réparti sur tous les adultes, représente quatre jours par personne et par an.
Un paysan en travaille deux mille cinq cents pour que quarante millions de gens n'en travaillent aucune. Le déséquilibre n'est pas dans la quantité de travail. Il est dans sa concentration sur 1 % de la population — à qui on explique ensuite qu'elle coûte cher.
Je propose donc un impôt payé en heures.
Une journée par an, pour tout le monde. Pas une personne sur quatre, pas un tirage au sort : chaque adulte, chaque année. Députés, ministres, élus, patrons, sans exception.
Passée sur une ferme nourricière en petite ou moyenne surface, ou dans un atelier de transformation collectif. En contrepartie, des produits de la structure qui vous accueille — des légumes chez un maraîcher, du pain chez un boulanger coopératif — achetés à la ferme par la collectivité.
C'est le maillon minimum. Une journée sur trois cent soixante-cinq, pour ce qui nous maintient en vie.
Pourquoi des paniers, et pas de l'argent
Parce que j'ai regardé ce qu'est devenue la journée de solidarité de 2004, et la leçon est nette.
Ce dispositif a deux jambes. Côté salarié, sept heures de travail non rémunéré — et l'application de la journée est facultative, laissée aux accords d'entreprise. Côté employeur, une contribution de 0,30 % des salaires bruts, obligatoire, prélevée automatiquement, invisible sur votre bulletin de paie où elle disparaît dans la ligne « autres contributions dues par l'employeur ». Elle rapporte plus de trois milliards d'euros par an.
Vingt-deux ans plus tard : le temps a disparu, l'argent est resté.
Un impôt temps ne survit que si le temps est la seule modalité. Dès qu'on ouvre une porte de sortie monétaire, tout le monde la prend, et on a réinventé l'impôt qu'on voulait remplacer.
Donc : pas d'équivalent en euros, pas de rachat, pas de conversion. Un panier est périssable, non stockable, non revendable à l'échelle. Il ne s'arbitre pas.
Et pour la même raison : des heures de présence, sur place. Pas de télétravail. Ce n'est pas une préférence esthétique — c'est le seul critère vérifiable sans bureaucratie. Une heure à distance est indémontrable, et deviendrait immédiatement la nouvelle porte de sortie.
Le panier a une autre qualité : l'alimentation pèse environ 15 % du budget d'un ménage modeste contre 5 % d'un ménage aisé. Le même panier, pour le même effort, produit un effet trois fois plus grand là où c'est nécessaire — sans désigner personne, sans exclure personne.
Ce que les citoyens peuvent réellement faire
J'ai d'abord cru qu'une grande partie du travail agricole n'était pas partageable. En regardant de plus près, c'est faux sur presque toute la ligne.
Les machines : beaucoup de gens ont un CACES, ont conduit des engins, ou sont des agriculteurs retraités — le gisement le plus précieux et le plus ignoré du pays. La barrière est assurantielle et réglementaire, pas humaine.
Les animaux : le soin quotidien est déjà transmis tous les jours en France, par les services de remplacement agricole, qui permettent à un éleveur de partir en vacances. Le rapport du Shift demande d'ailleurs explicitement de « libérer du temps des agriculteurs et faciliter leur remplacement ».
Tout le reste de la ferme : la vente et les marchés, la livraison à vélo ou en véhicule électrique, la comptabilité, le numérique, la mesure et l'analyse de sol, la transformation. Et les métiers du bâtiment — un électricien qui câble une chambre froide, un menuisier qui monte une serre, un plombier qui installe l'irrigation. Ces heures-là ne remplacent aucun salarié : elles créent une capacité qu'une petite ferme n'a jamais eue et n'aurait jamais eue.
Ce qui ne se partage pas, c'est le jugement : quand semer, quand irriguer, distinguer une carence d'une maladie, sentir que le sol n'est pas ressuyé. Ça se construit sur des années au même endroit.
Ce qui se partage, c'est l'effort. Ce qui ne se partage pas, c'est le jugement. C'est aussi la définition exacte du métier que ce dispositif crée : le maraîcher coordinateur, formé et payé pour encadrer, apparier et transmettre — pas une association de plus, pas un service administratif, l'exploitant lui-même comme chef d'orchestre, avec un outil numérique pour publier les besoins et les créneaux.
Le troisième terme d'un dilemme
Le rapport du Shift pose une question qu'il laisse ouverte :
« Comment arbitrer entre la réduction de consommation de carburants, et donc des émissions énergétiques, via des techniques culturales simplifiées, et l'utilisation d'herbicides, à productivité constante et en contexte météorologique incertain ? (désherbage mécanique contre désherbage chimique) »
Deux termes : le gasoil, ou l'herbicide. Le troisième — la main — n'est pas envisagé, parce que dans le cadre économique actuel c'est l'option la plus chère, donc celle qui n'existe pas.
Le désherbage manuel représente de l'ordre de cent à cinq cents heures par hectare et par passage. C'est la contrainte numéro un du maraîchage biologique. C'est aussi du travail sans compétence préalable, encadrable, faisable en groupe, concentré sur quelques semaines de l'année.
On nous présente un dilemme entre le gasoil et le glyphosate parce qu'on a rendu la troisième option économiquement impossible.
Et la forme juridique compte
Pas d'enrichissement privé sur ce qui nous nourrit et sur l'eau. Je ne dis pas que les paysans ne doivent pas gagner d'argent — je dis exactement le contraire depuis le début de cet article. Je dis : pas de plus-value, pas de rente, mais un vrai salaire.
La forme existe depuis 2001. La société coopérative d'intérêt collectif impose un sociétariat multiple, des réserves impartageables, et des parts remboursées à leur valeur nominale — donc aucune plus-value sur le capital. Et elle permet de créer des collèges.
J'en ajoute un : le collège des citoyens contributeurs. Celui qui donne sa journée ne repart pas seulement avec des paniers, il devient sociétaire, avec voix délibérative.
Une corvée, c'est du travail imposé qui ne donne aucun droit. Ici, l'heure donnée donne un siège.
Le contributeur n'est pas de la main-d'œuvre gratuite : c'est un associé de l'outil qui le nourrit.
Est-ce que ça tient ? Le test sur Besançon
Une proposition qu'on ne chiffre pas n'est pas une proposition. J'ai donc pris ma ville : 120 000 habitants.
Les hypothèses, que vous pouvez contester une par une : 100 kg de légumes consommés par habitant et par an ; 30 tonnes par hectare en maraîchage biologique diversifié ; un actif par hectare ; un panier à 20 euros.
Le résultat : 12 000 tonnes de légumes par an, soit 400 hectares et 400 maraîchers, répartis en 80 fermes de cinq personnes sur cinq hectares. Un maraîcher pour trois cents habitants.
Un carré de deux kilomètres de côté. Vingt-cinq minutes à pied pour le traverser. Six pour cent de la superficie communale.
Ce ne serait évidemment pas un carré : des dizaines de parcelles dispersées dans les pentes, les glacis, les délaissés et la ceinture périurbaine. Mais l'ordre de grandeur cesse d'être abstrait.
Pour comparaison, les 195,6 hectares de zones commerciales de la commune tiennent dans un carré de 1,4 km de côté. Et les 80 000 hectares de zones commerciales de toute la France tiennent dans un carré de 28 kilomètres de côté — un tiers de quoi nourrir le pays en légumes, sur une surface dont on ferait le tour à vélo dans la journée.
(Test de cohérence : extrapolé à la France entière, ça donne 227 000 hectares, un ordre de grandeur compatible avec la surface légumière française actuelle. Les hypothèses tiennent.)
Le coût public annuel :
| Base 1 800 € net | Base SMIC net | |
|---|---|---|
| Revenu universel, 400 actifs | 8,64 M€ | 6,86 M€ |
| Contrepartie en produits, 95 000 journées citoyennes | 3,80 M€ | 3,80 M€ |
| Total | 12,44 M€ | 10,66 M€ |
| Par habitant et par an | 104 € | 89 € |
| Par habitant et par mois | 8,65 € | 7,40 € |
Est-ce que la ville peut se le permettre ?
C'est la seule question qui compte, alors posons-la avec les vrais chiffres.
Le budget primitif 2026 de la Ville de Besançon est de 229 millions d'euros, dont 162 de fonctionnement. Celui de Grand Besançon Métropole est de 388 millions.
| Montant | Part du budget de la ville | Part du budget de l'agglo | |
|---|---|---|---|
| Mon chiffrage, base 1 800 € net | 12,44 M€ | 5,4 % | 3,2 % |
| Mon chiffrage, base SMIC net | 10,66 M€ | 4,7 % | 2,7 % |
| Budget actuel du projet alimentaire territorial | 0,17 M€ | 0,07 % | 0,04 % |
C'est la part du budget municipal aujourd'hui consacrée à l'autonomie alimentaire du territoire.
Nourrir une ville coûterait entre quatre et cinq pour cent de ce qu'elle dépense déjà. On y consacre actuellement soixante-dix fois moins.
Et je prends volontairement l'hypothèse la plus défavorable, celle où la ville paierait seule. En réalité une politique alimentaire relève de plusieurs financeurs — la commune, l'agglomération, la région, l'État, et la politique agricole commune, qui verse plus de dix milliards d'euros par an en France sans jamais avoir comblé les 33 % de légumes qui nous manquent.
Rapporté à l'habitant, le budget de la ville représente environ 1 900 € par personne et par an. Ma proposition en représente 104.
Restent les 95 000 journées citoyennes — une par adulte bisontin. Et là, il faut être honnête sur un point que mon propre calcul met en évidence.
Les 80 fermes maraîchères ne peuvent pas absorber ces 95 000 journées. Elles en absorbent de l'ordre de 25 000, soit un quart. Le maraîchage ne suffit pas à occuper une ville entière une journée par an.
C'est pour moi un argument en faveur de la journée universelle, pas contre elle. Les trois quarts restants ont où aller : les céréales et le pain, la transformation, les cantines, la plantation de haies, le glanage, la distribution en circuit court. Le maraîchage est la porte d'entrée, pas le périmètre. C'est aussi ce qui me convainc que le prochain article doit porter sur le blé — parce que c'est là qu'est le volume, en surface comme en bras.
Rendre Besançon autonome en légumes, avec des maraîchers payés décemment et une journée par an pour chaque adulte : entre 7,40 € et 8,65 € par habitant et par mois.
Moins qu'un abonnement téléphonique.
Ce que fait Besançon aujourd'hui
Ma ville n'est pas inactive, et je ne vais pas faire semblant du contraire. Grand Besançon Métropole a un projet alimentaire territorial labellisé depuis 2021, quatorze partenaires, des zones agricoles protégées inscrites au plan local d'urbanisme, et un espace-test agricole à Chalezeule — « Graines de maraîchers » — qui permet depuis 2014 de se lancer pendant un à trois ans avec du foncier et du matériel.
Voici ses chiffres. Autonomie alimentaire actuelle du territoire : 2 %. Objectif affiché : 8 % en 2030. Surfaces maraîchères à libérer d'ici là : 55 hectares. Budget du projet alimentaire territorial : 650 000 euros de fonctionnement et 200 000 d'investissement sur cinq ans — soit 170 000 euros par an.
Mon calcul dit 400 hectares et 9,6 millions par an.
Mes calculs pour l'autonomie en légumes, comparés aux objectifs du projet alimentaire territorial de Grand Besançon Métropole.
Je ne reproche pas à Besançon de ne rien faire. Je constate que la direction est bonne et que l'ordre de grandeur est absent — exactement comme pour la loi.
Cinquante-cinq hectares quand il en faut quatre cents. Cent soixante-dix mille euros par an quand il en faut dix millions. Un facteur sept sur la terre, un facteur cinquante-six sur l'argent.
Ce n'est pas un problème d'intention. C'est un problème d'échelle, et il est le même à tous les étages.
Et je vais dire ce que je pense de la raison, en le signalant clairement comme une opinion : un projet alimentaire territorial est un outil de développement de filière. Il travaille avec les acteurs en place, il cherche des débouchés, il structure une offre. Ce qu'il ne fait pas, c'est décider qu'un nombre d'hectares est soustrait à l'arbitrage économique — parce que ce n'est pas dans ses pouvoirs, et parce que les intérêts qu'il coordonne n'y ont aucune raison de le vouloir.
C'est exactement pour ça que ça relève de la loi et pas d'un projet de territoire. Une collectivité ne peut pas retirer 400 hectares du marché sur sa seule bonne volonté. Un législateur, si.
Que la loi fixe, pour chaque agglomération, un nombre d'hectares affectés à la production alimentaire nourricière, calculé sur sa population — et non un pourcentage d'autonomie à atteindre « à terme », qui n'engage personne.
Pour Besançon : 400 hectares. Pour la France : de l'ordre de 227 000.
Et qu'on ne me dise pas qu'on n'a pas 400 hectares cultivables autour de Besançon. Personne n'a jamais compté. C'est bien le problème.
Cultiver local au lieu de livrer mondial
Parce qu'il y a une chose qu'on n'a jamais eu de mal à trouver, autour de Besançon comme ailleurs : des hectares pour des zones commerciales.
Le plan national de transformation des entrées de ville, lancé en 2023, a recensé 3 838 zones commerciales de plus d'un hectare en France, représentant un potentiel de transformation de 80 000 hectares. Dont 10 000 hectares déjà identifiés comme candidats à la désimperméabilisation et à la renaturation. Et une vacance commerciale qui pourrait atteindre 60 % dans dix ans, soit quinze millions de mètres carrés vides.
Mettons ces chiffres en face des miens.
| Surface | |
|---|---|
| Pour nourrir la France en légumes | ≈ 227 000 ha |
| Zones commerciales d'entrée de ville | 80 000 ha |
| Dont déjà identifiées pour désimperméabilisation | 10 000 ha |
| Pour nourrir Besançon en légumes | 400 ha |
Les zones commerciales d'entrée de ville couvrent l'équivalent d'un tiers de la surface qu'il faudrait pour nourrir la France entière en légumes.
Et les 10 000 hectares que l'État a lui-même désignés comme désimperméabilisables représentent vingt-cinq fois ce dont Besançon aurait besoin.
Et à Besançon même
J'ai voulu le chiffre local, alors je l'ai mesuré plutôt que de le chercher. Les emprises commerciales sont cartographiées dans OpenStreetMap ; j'ai extrait celles de la commune et calculé leurs surfaces.
71 emprises, 195,6 hectares. Dont la seule ZAC de Châteaufarine : 70,2 hectares.
| Surface | |
|---|---|
| Zones commerciales dans la commune de Besançon | 195,6 ha |
| Dont ZAC de Châteaufarine | 70,2 ha |
| Nécessaire pour nourrir Besançon en légumes | 400 ha |
Les zones commerciales de la commune couvrent la moitié de la surface qu'il faudrait pour nourrir la ville en légumes. Et ce n'est que la commune : les grandes zones périphériques d'École-Valentin, de Chalezeule ou de Thise sont dans les communes voisines et ne sont pas comptées ici.
C'est une mesure sur données ouvertes, pas un relevé cadastral. OpenStreetMap est alimenté par des contributeurs : le tracé d'une zone peut être approximatif, et il en manque probablement. Le chiffre donne un ordre de grandeur solide, pas une valeur juridique.
Il est en revanche reproductible : n'importe qui peut refaire l'extraction et me contredire. C'est tout ce que je demande.
On a trouvé la terre pour les parkings. On a trouvé la terre pour les hangars. On a trouvé la terre pour les ronds-points qui les desservent. À chaque fois, c'était de la terre agricole périurbaine — la meilleure, la plus plate, la plus proche de la ville, celle qu'un maraîcher aurait choisie en premier.
Et aujourd'hui on nous explique qu'il n'y a pas de foncier disponible pour produire ce qu'on y vend.
Cultiver local au lieu de livrer mondial. Ce n'est pas un slogan contre le commerce, c'est une question d'ordre : avant de bétonner un hectare pour y vendre des tomates venues d'ailleurs, on peut se demander si le même hectare n'aurait pas pu les produire.
Ce qu'on va me répondre
Je préfère traiter les objections moi-même plutôt que de les découvrir dans les commentaires.
« C'est une corvée. » Une corvée était un travail gratuit imposé à une classe au profit d'une autre. Ici c'est imposé à tous au profit de ce qui nous nourrit tous, et ça donne un siège au conseil d'administration. Par ailleurs la journée de solidarité existe depuis 2004 et personne ne l'appelle une corvée.
« Un amateur, c'est une charge, pas une aide. » C'est l'objection la plus sérieuse, et c'est pourquoi le coordinateur est un métier formé et rémunéré, pas une charge bénévole ajoutée à l'exploitant. C'est aussi pourquoi les fermes doivent compter trois à sept personnes, pas une.
« Et les accidents ? » Vraie question. Il faut un statut légal du contributeur, sur le modèle du service civique, qui porte la couverture accident et la responsabilité civile. Sans ça, le premier accident tue le dispositif et ruine un exploitant.
« C'est du travail gratuit qui casse l'emploi agricole. » Il faut un plafond d'heures par ferme et l'interdiction de remplacer un salarié existant. Le dispositif vise les fermes qui ne peuvent pas embaucher. Et pour les artisans : celui qui vient câbler une chambre froide accomplit sa journée d'obligation citoyenne, comme tout le monde. Le volume est plafonné par l'obligation, pas par l'appétit du marché.
« Les gens n'ont pas le temps. » Une journée par an.
« Ça ne remplacera jamais les agriculteurs. » Non, et ce n'est pas le but. J'ai fait le calcul : une heure de revenu universel coûte 9,82 euros, une heure citoyenne payée en paniers coûte 10 euros. Substituer l'une à l'autre ne rapporte rien. La contribution n'a d'intérêt que si elle est additive — et elle l'est.
Les quatre articles
Voilà. Cette loi compte 78 articles. En voici quatre.
L'État se fixe pour objectif de couvrir par la production nationale la totalité de la consommation française en fruits et légumes tempérés et en légumes secs à l'horizon 2040. Il assortit cet objectif de jalons quinquennaux chiffrés et publics, déclinés par région. Aucune aide publique ne peut être attribuée à une production dont plus de la moitié est destinée à un usage non alimentaire, tant que l'objectif du premier alinéa n'est pas atteint.
Aucun aménagement ayant pour effet d'accélérer l'écoulement des eaux ne peut être autorisé ni renouvelé. Le drainage agricole nouveau est interdit ; l'existant n'est pas renouvelé. Chaque exploitation établit une trajectoire mesurée de ralentissement et d'infiltration — couverture permanente des sols, progression du taux de matière organique, haies sur courbes de niveau, arbres, mares et noues — dont l'atteinte conditionne l'accès aux soutiens publics. En zone urbanisée, les eaux pluviales transitent par un couvert végétal et un sol avant tout rejet en réseau. Les ouvrages de tamponnement restituent à l'infiltration et non au réseau. Les opérations de renaturation des cours d'eau, notamment de reméandrage, sont d'intérêt général. Les ouvrages édifiés par les castors sont réputés d'utilité hydrologique ; les dommages qu'ils occasionnent sont indemnisés. Un ouvrage de stockage d'eau à usage agricole ne peut être autorisé qu'après démonstration que les obligations ci-dessus sont satisfaites et qu'un besoin subsiste. L'article L. 210-1 du code de l'environnement est applicable de plein droit aux décisions prises au titre de l'article L. 211-1.
Chaque établissement public de coopération intercommunale établit sous deux ans l'inventaire de ses surfaces cultivables, y compris en milieu urbain, sur ses ouvrages fortifiés, ses coteaux, ses délaissés et ses toitures. Il affecte à la production alimentaire nourricière une surface calculée à raison de trois hectares et demi pour mille habitants. Cette affectation est inscrite au plan local d'urbanisme et n'est pas révisable à la baisse. Les procédures de mise en valeur des terres incultes sont engagées de plein droit sur toute parcelle agricole laissée sans culture depuis trois ans dans le périmètre ainsi défini. Les eaux pluviales collectées sur le domaine public sont prioritairement dirigées vers l'infiltration, puis vers ces surfaces, avant tout rejet au milieu.
Il est institué un revenu universel mensuel pour les exploitants et salariés des fermes nourricières de petite et moyenne surface, indépendant du produit de leurs ventes. Le bénéfice de ce revenu, de la contribution citoyenne et de l'accès au foncier public est réservé aux sociétés coopératives dont les réserves sont impartageables et les parts non spéculatives. L'éligibilité est établie sur des critères de résultat mesurés et publiés — absence de produit de synthèse et trajectoire de sortie du cuivre, matière organique du sol, infrastructures agroécologiques, rétention des eaux pluviales, énergie par kilogramme produit, surface maximale par actif — et non sur la détention d'un label. Elle est vérifiée par les contributeurs eux-mêmes selon un système participatif de garantie. Les exigences applicables à la transformation alimentaire sont proportionnées au volume produit et à la distance de commercialisation, et assorties d'une obligation de formation des personnes intervenantes. Les collectivités assurant une restauration collective en régie contractualisent prioritairement avec ces structures.
Il est institué une contribution annuelle d'une journée de travail effectif, due par toute personne majeure, accomplie sur le site d'une ferme nourricière ou d'un atelier de transformation collectif. Cette contribution ne peut donner lieu à aucune conversion, rachat ou équivalent monétaire, ni être accomplie à distance. Elle ouvre droit à la remise de produits alimentaires issus de la structure d'accueil et à la qualité de sociétaire du collège des contributeurs. Les membres du Gouvernement, les parlementaires et les titulaires d'un mandat électif y sont assujettis dans les mêmes conditions que tout citoyen.
Ce texte n'est pas fini, et c'est volontaire
Quatre articles de loi, ça se rédige en une soirée. Ce qui manque, c'est ce qui vient après : combien d'hectares exactement, où, avec qui, pour combien.
Je vais donc reprendre chacun de ces quatre articles dans un article à part, avec des mesures et des propositions d'installation. Pas des idées : des parcelles, des surfaces relevées, des propriétaires identifiés, des chiffres obtenus auprès de gens qui font le métier.
- Article 1 — l'inventaire réel des surfaces cultivables de Besançon et de son agglomération, et les rendements que des maraîchers installés obtiennent vraiment, pas ceux que j'ai estimés.
- Article 2 — les volumes d'eau de pluie effectivement collectés sur le domaine public, les surfaces imperméabilisées, et ce qu'un hydrologue régénératif ferait de cette topographie.
- Article 3 — le foncier disponible parcelle par parcelle : friches de plus de trois ans, terres communales, glacis de Battant au cadastre, et ce que coûte réellement une installation.
- Article 4 — ce que des maraîchers en activité feraient concrètement d'une journée de contribution citoyenne, et ce dont ils n'ont surtout pas besoin.
Si vous êtes maraîcher, hydrologue, élu, agent d'une collectivité, propriétaire d'une parcelle en friche, ou simplement quelqu'un qui sait compter mieux que moi : je prends. Tout ce que j'avance ici est reconstituable pas à pas, et je préfère être corrigé avant d'avoir tort longtemps.
Aucun de ces quatre articles n'invente quoi que ce soit.
Le premier est chiffré par un think tank fondé par un ingénieur. Le deuxième est écrit en tête du code de l'environnement depuis 1992 — cette loi n'a même pas eu besoin d'y toucher, elle a réécrit l'article d'après. Le troisième est appliqué depuis trente ans à Lons-le-Saunier, à quarante kilomètres de chez moi, et la coopérative d'intérêt collectif existe depuis 2001. Le quatrième existe dans le droit français depuis 2004 — mal fait, mal payé, jamais tourné vers les champs.
Ce qui me reste en tête
Cet article s'arrête aux légumes, à l'eau et au temps. Il laisse de côté la moitié de l'assiette, et je préfère poser les questions plutôt que faire semblant d'avoir fini.
Le blé. Combien en faut-il, exactement, pour le pain des Français ? Pas pour le marché mondial, pas pour l'amidonnerie, pas pour l'alimentation animale — pour le pain. Personne ne m'a jamais donné ce chiffre, et je soupçonne qu'il est très inférieur à ce qu'on cultive. Même question pour le maïs, dont une part considérable ne nourrit aucun humain.
Les produits transformés incontournables. Le pain, l'huile, les pâtes, le sucre, le lait. Quelle surface faut-il vraiment pour couvrir ce que nous mangeons, et que fait-on du reste ? Et peut-on organiser une contribution citoyenne sur des céréales, qui sont bien plus mécanisées que le maraîchage — moisson, tri, stockage, meunerie, boulange collective ?
L'élevage, et c'est le plus gros trou de cet article. Je n'ai regardé que les légumes, c'est-à-dire la plus petite surface de toutes. Le lait, les œufs, la viande demandent des prairies, des fourrages et des céréales — et ce bloc-là pèse largement plus de la moitié de la surface agricole française. Tant que je ne l'ai pas chiffré, mes 400 hectares bisontins ne décrivent qu'un coin de l'assiette.
Le rapport du Shift Project y consacre une part considérable, et trois choses en ressortent que je veux creuser.
D'abord une dépendance que je ne soupçonnais pas à ce niveau : la France ne produit que 13 % du tourteau de soja qu'elle consomme. Nos animaux mangent importé, et cette importation occupe des hectares ailleurs — souvent au prix de forêts.
Ensuite une question de méthode que je trouve juste : toute l'alimentation animale ne concurrence pas l'alimentation humaine. Un ruminant à l'herbe valorise des surfaces qu'aucun humain ne mangerait, et des coproduits que personne ne veut. Un monogastrique nourri au grain, lui, consomme directement ce qu'on aurait pu manger. Le rapport propose de mesurer ça par l'efficience nette protéique — et c'est la seule façon honnête de poser le débat, plutôt que de traiter « l'élevage » comme un bloc.
Enfin une direction : reconnecter les productions végétales et animales sur les mêmes territoires, sortir de la spécialisation régionale, revenir à de la polyculture-élevage. Dans ses scénarios, ça passe par une multiplication par quatre des surfaces en protéagineux et une baisse des cheptels de ruminants de l'ordre d'un tiers.
Je n'ai ni fait ces calculs ni tranché ces arbitrages. Ils doivent entrer dans la réflexion, et je ne vais pas prétendre que quatre articles suffisent à traiter ce que le pays met dans son assiette.
Le vin. La question est plus tranchante encore, parce qu'elle ne se cache derrière aucune nécessité alimentaire. Produire ce qu'on boit, et arrêter là. Ce qui reste — le luxe, l'export, la spéculation sur les grands crus — occupe des hectares, de l'eau et du travail, et ne nourrit personne. Je ne sais pas encore comment on formule ça sans que ce soit reçu comme une attaque contre une fierté française. Mais la question tient debout.
C'est l'article suivant. Si vous avez les chiffres avant moi, je suis preneur.
Commençons par du raisonné et de l'utile. Une fois que ça tient debout, on regardera plus loin.
On avait tout. Il ne manquait que la décision.